Le printemps des barbares

Le printemps des barbares

Quatrième de couverture

«Il y avait eu des signes avant-coureurs la veille au soir, mais durant la nuit la situation s'était encore aggravée. Pendant que Preising dormait, l'Angleterre sombrait.»

Amateur de pantalons en velours et de mocassins rutilants, Preising n'a guère l'âme d'un aventurier. Dans un luxueux club au coeur du désert tunisien, le voici contraint de côtoyer une horde de traders londoniens venus célébrer un mariage dans une débauche d'alcool et d'argent. Au lendemain d'une nuit de fête, la panique se propage à la vitesse de l'éclair : la Grande-Bretagne aurait fait faillite. Soudain ruinés, les golden boys perdent toute retenue. Du maître-nageur aux dromadaires, nul n'échappe à leur folie destructrice.
Conte philosophique, roman de la crise économique, comédie de moeurs, Le Printemps des barbares est avant tout une formidable satire de notre époque.

«Remarquable.» The New York Times

Jonas Lüscher est né en Suisse en 1976. Diplômé de l'École Supérieure de philosophie de Munich, il se consacre aujourd'hui à l'écriture. Le Printemps des barbares, son premier roman, a reçu le prix Franz-Hessel en 2014.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Nicolas Weill - Le Monde du 24 septembre 2015
Didier Jacob - L'Obs du 3 septembre 2015

Extrait de Le printemps des barbares

«Non, s'exclama Preising, tu ne poses pas les bonnes questions», et pour donner plus de poids à son objection, il s'arrêta au beau milieu de l'allée gravillonnée. Une manie qui m'insupportait, car elle nous donnait l'allure poussive de deux vieux bassets obèses. Et pourtant je me promenais avec Preising tous les jours, car, en dépit de ses nombreuses et agaçantes marottes, il restait en ce lieu mon compagnon favori. «Non, répéta-t-il en se remettant enfin en marche, tu ne poses pas les bonnes questions.»
Bien que Preising parlât beaucoup, il prenait étrangement très au sérieux la portée de ses mots et savait toujours très précisément quelle question il souhaitait qu'on lui posât, pour que le flux de ses paroles puisse emprunter le cours qu'il avait prévu. Et moi qui étais là comme un prisonnier en quelque sorte, je n'avais pas d'autre choix que de le suivre sur ses sentiers.
«Écoute, dit-il, je vais te le prouver et, à cette fin, te narrer une histoire.» C'était là un autre de ses penchants : recourir à des mots dont il pouvait être certain qu'il était le seul encore à les employer. À dire vrai, cette manie avait, je le crains, déteint sur moi au fil des dernières semaines. On pouvait parfois se demander sérieusement si l'influence que nous exercions l'un sur l'autre, Preising et moi, était vraiment bénéfique.
«Une histoire, me promit-il, dont on peut tirer quelques enseignements. Une histoire pleine de rebondissements incroyables, de périlleuses aventures et de tentations exotiques.»
Ceux qui s'attendent ici à une histoire grivoise en seront pour leurs frais. Preising ne parlait jamais de sa vie intime. Je le connaissais trop bien pour avoir des craintes à ce sujet. En avait-il seulement une ? Je ne pouvais qu'émettre des suppositions sur ce point. C'était difficile à concevoir. Mais je me trompais peut-être. Parfois, planté devant un miroir, j'en arrive moi-même à me demander comment j'ai fait pour engendrer la vie en ayant si peu de vitalité en moi.
Avant même de commencer à raconter son histoire, Preising interrompit une nouvelle fois notre marche, comme s'il scrutait le passé qu'il semblait distinguer à l'horizon - qui, dans notre cas, était très proche, puisqu'il s'agissait du bord supérieur du grand mur jaune. Il plissa les yeux, fronça le nez, avança les lèvres. «Peut-être, dit-il en commençant enfin son récit, que tout cela ne se serait pas produit si Prodanovic ne m'avait pas envoyé en vacances.»