Hôtel Mahrajane

Hôtel Mahrajane

Quatrième de couverture

L'hôtel Mahrajane est l'un des joyaux de Nari, un petit port arabe de la Méditerranée. Dans cette ville cosmopolite, séparée de la capitale par un désert, chacun - musulman, chrétien ou juif - trouve sa place. On n'y vit pas vraiment ensemble, mais en voisins. Les amours entre personnes de communautés différentes ne vont pas jusqu'au mariage, sauf à provoquer des drames.
Depuis la mort du fondateur, c'est son gendre, Haïm Lévy-Hannour, qui dirige l'hôtel, aux côtés de sa séduisante épouse, Nissa. Le Mahrajane fait office de club pour la bonne société locale. La famille du narrateur en est exclue, mais l'oncle Louca y a ses entrées, par la porte de service. Au cours des déjeuners dominicaux, ce personnage fantasque, adoré des enfants, révèle une partie de ses secrets.
Le narrateur découvrira à son tour les coulisses du Mahrajane. Mais cet hôtel de charme peut-il résister aux bouleversements politiques et religieux qui affectent la région ? Il connaîtra des transformations successives, jusqu'au feu d'artifice final...

Robert Solé est journaliste, romancier et essayiste, né au Caire en 1946. Il est l'auteur notamment de L'Égypte, passion française (Seuil, 1997 et " Points " n° P638), du Dictionnaire amoureux de l'Égypte (Plon, 2001), et de Bonaparte à la conquête de l'Égypte (Seuil, 2006).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Eglal Errera - Le Monde du 3 décembre 2015

Extrait de Hôtel Mahrajane

Vers quatre heures de l'après-midi, une brise légère, venue de la mer, se faufilait entre les palmiers et caressait les murs blancs du Mahrajane. C'était la fin de la torpeur méridienne. Le chat à trois pattes quittait son abri et claudiquait à l'air libre sans se presser. Une pompe gémissait au fond du parc, mais ce pouvait être aussi bien le petit drapeau métallique qui, là-haut sur la terrasse, se faisait balader à gauche et à droite par des bouffées d'air tiède. Un jardinier pieds nus, la calotte enfoncée sur le crâne, déroulait son tuyau d'arrosage et aspergeait les dalles pour effacer l'incendie de la mi-journée. Dans les chambres, un volet s'entrouvrait, puis un autre, et un autre encore. On percevait des voix, des rires, des bruits de canalisations. L'hôtel Mahrajane ressuscitait à tous les étages avec de joyeux gargouillements.
La bonne société de Nari en avait fait une sorte de club. Elle y déjeunait, dînait ou prenait le thé, profitant de sa piscine, de sa plage privée et de ses deux courts de tennis. Les bridgeurs disposaient de quelques tables dans l'aile la plus calme du bâtiment. L'hôtel accueillait en été des bourgeois de la capitale, qui venaient se réfugier au bord de la mer pour fuir la canicule. Le reste de l'année, les chambres étaient surtout occupées par des touristes étrangers qui faisaient généralement deux stations à Nari : la première, à leur descente de bateau, avant de visiter les sites archéologiques du pays ; la seconde, plus longue, à la fin de leur séjour, pour se reposer les jambes et les yeux avant de regagner l'Europe ou l'Amérique.
En ville et aux alentours, il n'y avait pas grand-chose à voir, à part le fortin arabe et le petit temple grec aux trois quarts détruit, dont le succès tenait surtout à l'absence d'autres vestiges antiques. Les touristes y passaient un temps excessif, s'ingéniant à lui trouver mille mérites, comme pour justifier leur séjour à Nari.
- Ces Occidentaux m'étonneront toujours, marmonnait notre oncle Habib en hochant la tête.
À défaut de monuments, Nari bénéficiait d'une alchimie particulière que les visiteurs percevaient sans pouvoir la définir.
- C'est l'air que l'on respire, avait déclaré un Hollandais de passage, incapable de préciser davantage sa pensée.
Faute de mieux, la ville était qualifiée de «petit Paris». Pour rire, on inversait la proposition, disant que «si Paris avait la mer, ce serait un petit Nari».

L'heure du thé approchait. Les serveurs surgissaient de l'entresol, l'un après l'autre, faisant valser un rideau de perles. Leurs robes vert jade, dont les boutons de fil tressé s'égrenaient verticalement du col jusqu'à terre, naviguaient entre les tables. On aurait dit une chorégraphie minutieusement réglée. Chaque table avait droit à une rose, plantée dans un vase en forme de flûte. Le soir, les flûtes étaient remplacées par de petites lampes aux abat-jour percés d'étoiles qui formaient une vraie constellation.