Mala vida

Mala vida

Quatrième de couverture

De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco. Au milieu de ce renversement, une série de meurtres est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence. Un homme politique, un médecin, une religieuse... rien ne semble apparemment lier les victimes.Diego Martin, journaliste de radio spécialisé en affaires criminelles, tente de garder la tête hors de l'eau malgré la purge médiatique. Lorsqu'il s'intéresse au premier assassinat, il ne se doute pas que son enquête va le mener au-delà du simple fait divers, au plus près d'un scandale national qui perdure depuis des années, celui des «bébés volés» de la dictature franquiste.
Un récit sombre et haletant qui nous dévoile les secrets les plus honteux de l'ère Franco, dans une Espagne toujours hantée par son histoire récente.

Cofondateur et rédacteur en chef de la revue Alibi, consacrée au polar, Marc Fernandez est journaliste depuis plus de quinze ans. Il a longtemps été chargé de suivre l'Espagne et l'Amérique latine pour Courrier international. Mala Vida est son premier roman en solo.

Les coups de coeur de la presse

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- Libération du 8 octobre 2015

Extrait de Mala vida

Extrait du prologue

Franco est mort, pas les franquistes. Les électeurs ont la mémoire courte et quarante-cinq ans de dictature n'ont pas suffi. Le peuple a choisi de donner le bâton pour se faire battre de nouveau. Même les anciens, ceux qui ont connu les années de privation, de faim, de soumission, ont voté massivement pour l'Alliance pour la majorité populaire, l'AMP. La mine défaite, le ministre de l'Intérieur socialiste confirme ce que tous les sondages prédisaient. Une victoire sans concession des amis de Franco. Diego n'est pas dupe. Sur le devant de la scène installée face au siège du parti de droite, les adhérents de l'AMP font la fête. Ils sont jeunes et propres sur eux, aucun n'est en âge d'avoir côtoyé de près ou de loin les gouvernements franquistes. Dans l'ombre pourtant, les vieux caciques de l'époque sont encore là. Ils tirent les ficelles en coulisses, font habilement croire à ceux qui sont sous les feux des projecteurs que ce sont eux qui décident.
Diego est allé voter sans se faire trop d'illusions en toute fin d'après-midi, presque à l'heure de la fermeture des bureaux de vote. Un devoir, même si, comme une majorité de ses compatriotes, il ne fait plus aucune confiance aux politiques. Jamais il n'a dérogé à sa règle : toujours voter, et pourtant, cette fois, il est passé tout près d'y renoncer. Des hommes et des femmes se sont battus pour qu'il puisse mettre un bulletin dans l'urne. Puis il est rentré dans son appartement de Malasana, le Montmartre de Madrid. Téléphone éteint. Pas d'humeur à analyser la victoire certaine des fachos avec ses confrères qui ne manqueront pas de l'appeler pour lui soutirer une pseudo-analyse post-électorale. Il a téléchargé les derniers épisodes de True Détective, la série de Nie Pizzolatto. L'ordinateur sur les genoux, la bouteille de vodka et le Schweppes lemon à portée de main, il a rapidement sombré dans un sommeil agité. Réveil en sursaut. Puis la curiosité a repris le dessus.
Il allume la télé pour suivre en direct la catastrophe annoncée. Sur toutes les chaînes, la même scène se déroule sous ses yeux. Des présentateurs à la mine grave, qui savent qu'ils vivent leurs dernières heures d'antenne avant le grand ménage médiatique. Des responsables de l'AMP tout sourire qui font les beaux sur les plateaux et, déjà, se comportent avec arrogance face aux perdants.
La nuit vient de tomber. Une nuit qui va durer quatre ans, le temps de cette législature, se dit Diego. La connexion avec la place de Cibeles, là où le Real Madrid vient fêter ses titres (même si l'équipe n'a pas eu l'occasion de venir par ici depuis longtemps tant la domination du FC Barcelone l'a reléguée à une seconde place qui semble éternelle), le sort de sa torpeur. Sur l'écran plat, la foule habituelle des vainqueurs attend l'arrivée du leader de l'AMP. L'hymne espagnol beuglé par des dizaines, des centaines de personnes qui agitent des drapeaux rouge et jaune. Un détail le frappe. Sur bon nombre de ces bannières s'étalent les armoiries franquistes. Interdites depuis la mort du Caudillo, voilà qu'elles refont leur apparition alors que les résultats officiels des élections n'ont pas encore été prononcés. Un retour en enfer annoncé.
Au fond de la place, loin des axes des caméras, des groupes de crânes rasés brandissent les écharpes du Real Madrid, paradent en faisant le salut franquiste. Les Ultra Sur, les hooligans du Real, sont comme à la maison. Non loin d'eux, des soutanes noires regardent la scène, le sourire au coin des lèvres. L'Église, bien sûr, a appelé à voter AMP. Un cocktail explosif se prépare : nostalgiques de Franco, ultras fascistes, Opus Dei... L'Espagne moderne, active, celle du mariage gay et de la tolérance disparaît en direct à la télévision.