A qui appartient ce long cortège de nuages blancs ?

A qui appartient ce long cortège de nuages blancs ?

Quatrième de couverture

«Celui qui aurait oublié ce qu'est la poésie l'apprendra de nouveau avec lui.» C'est par ces mots que le poète Reiner Kunze a salué naguère l'importance et l'originalité de l'oeuvre de Johannes Kühn. On sort, on se promène, on ne voit plus les phénomènes naturels de la même façon quand on a lu les poèmes de Johannes Kühn. Dans une vision intuitive des choses, ils nous mettent face à une évidence : celle de leur clarté, fluidité et simplicité. Si la nature occupe une place centrale dans l'oeuvre de ce poète, ce n'est ni par engouement passéiste ni par nostalgie bucolique. Sa présence répond à une profonde nécessité intérieure, celle d'«une expérience conduite jusqu'au bout» comme l'entendait Rilke.

Fils d'un mineur sarrois, Johannes Kühn a grandi parmi les paysans et partagé les souffrances et la vie des ouvriers; mais son monde est aussi celui de la poésie. Et la poésie lui aura longtemps valu d'être moqué, considéré comme un bon à rien par certains, un vagabond même. Après l'épreuve d'un long mutisme, la voix incomparable de Johannes Kühn en vint de nouveau à s'épanouir et ce poète hors du commun est aujourd'hui considéré en Allemagne comme l'un des plus grands.

Je n'ai pas de chevalière,
et pas plus d'estampille,
homme de rien, voilà mon titre de noblesse.
J'entre dans les jours d'hiver en ronchonnant,
j'aide les vents à se rétablir...

Johannes KÜHN :
Johannes Kühn est né dans une famille de mineurs en 1934. Il a travaillé pendant dix ans dans une entreprise de bâtiment et vit à Hasborn, un village de la Sarre où il a grandi. Poète solitaire, plusieurs fois tenté par un profond mutisme, tardivement reconnu comme l'une des voix majeures de la poésie allemande, il a reçu pour son oeuvre de nombreux prix, parmi lesquels le prix Lenz et le prix Hölderlin.

Joël Vincent :
Né en 1944 à Château-Thierry, Joël Vincent, seul ou en collaboration avec Françoise David Schaumann, traduit depuis près de trente ans des poètes allemands, parmi lesquels Peter Nim, Durs Grünbein, Joachim Sartorius, Lilian Faschinger, Johannes Kühn et Alfred Kolleritsch.

Extrait de A qui appartient ce long cortège de nuages blancs ?

Le jardin

À présent flamboie
le tournesol, drapeau de l'été, avant les autres.
Celui qui est là, condamné à la tristesse,
qu'il vienne pressentir le monde céleste grâce aux fleurs.

D'arbre
en arbre perle, des gorges d'oiseaux,
une goutte dorée qui tombe pleine de ferveur et de rêve,
qui veut nous insuffler, à tous deux, de nouvelles forces.

Le bleu
du jour fait chavirer les sentes clairement disposées,
et j'atteins ta main avec la mienne parfaitement
sans demander conseil sur la façon de m'y prendre.

Un signe
des papillons qui nous frôlent, velours blanc d'été.
Et vifs comme des écureuils nos coeurs fulgurent.
Nous savons de nouveau que les êtres humains
proviennent du jardin d'Éden.