Ils ont changé le monde : 10 grandes biographies de l'après-guerre : 1945-1975

Ils ont changé le monde : 10 grandes biographies de l'après-guerre : 1945-1975

Quatrième de couverture

Hommes d'état, hommes de pensée et d'action, ils ont façonné le monde dans lequel nous vivons. Leur héritage se lit sur les cartes qu'ils ont redessinées, dans les régimes qu'ils ont mis en place, dans les valeurs ou les doctrines qu'ils continuent d'incarner.

Ce recueil de biographies montre comment se forgent les grands destins. Comment, à certains moments charnières, l'histoire s'incarne dans une vision et une volonté. Cet ouvrage s'adresse aux amateurs d'histoire qui y trouveront un portrait vivant et nuancé de grands acteurs aux prises avec les bouleversements du XXe siècle, mais aussi aux étudiants et aux enseignants à qui ils fourniront de précieuses synthèses sur la période contemporaine, ainsi que de nombreux articles et documents issus des archives du Monde.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
- Le Monde du 10 décembre 2015

Extrait de Ils ont changé le monde : 10 grandes biographies de l'après-guerre : 1945-1975

CHURCHILL
L'Anglais indomptable

L'ULTIME REMPART

Nommé premier ministre britannique le 10 mai 1940, jour de l'offensive allemande vers la France, Winston Churchill sera l'adversaire le plus résolu des nazis. Les démocraties occidentales doivent leur victoire finale à l'esprit de résistance acharnée qu'il sut transmettre à son peuple. Si la Grande-Bretagne avait, comme la France, cédé face à Hitler, le sort de la guerre - et du monde - eut été tout différent. La victoire acquise, Churchill invoquera cette même foi dans les valeurs de la démocratie parlementaire pour alerter l'Europe sur les dangers du stalinisme, l'autre barbarie du XXe siècle.

Au coeur de Londres, l'oeil de Churchill scrute un bout de ciel sur lequel se dessine la silhouette de Big Ben, l'horloge du Parlement. Dans son pardessus de bronze, légèrement appuyé sur sa canne légendaire, épaule et jambe en avant, le vieux lutteur semble encore défier un invisible ennemi. Trapu, puissant, énergique, avec cet air de bouledogue belliqueux qui fut le sien à l'heure du plus grand péril. «Ma statue sera ici !», avait-il lancé, péremptoire, dans les années 1950, à l'un de ses ministres. Comme s'il avait voulu, à l'avance, régler la mise en scène de cet hommage posthume à sa gloire impérissable. Lui, déjà statufié pourtant de son vivant, et en partie, par ses soins.
Dès l'adolescence, Churchill se croit voué à un grand destin, au point de confier à un ami qu'il sera, un jour, premier ministre. Mais que valent les plus beaux exploits s'ils ne sont ensuite exaltés ? Churchill ne cessera de manier le verbe et la plume pour accompagner et magnifier ses actions. Il fait l'histoire et la raconte. A chaud : jeune soldat de l'empire et correspondant de guerre, en Inde, au Soudan, en Afrique du Sud, il relate ses faits d'armes, peaufine déjà son image, forge son mythe. A froid : des décennies plus tard, lorsqu'il s'agit, après l'épreuve, de s'ériger un mausolée avec les six volumes de ses Mémoires de guerre. «L'Histoire me traitera bien, avait-il prévenu, car je l'écrirai moi-même.» Entre-temps, il a accompli son destin, trop longtemps inachevé.
On a posé mille fois cette question, mais il faut la répéter : que serait le monde d'aujourd'hui sans le Churchill de 1940 ? Que seraient l'Angleterre, la France, l'Europe, sans cet homme qui attendait son grand rendez-vous avec l'Histoire et que l'Histoire, elle-même, semblait attendre pour lui permettre de donner sa pleine mesure ? Imaginer la réponse, un seul instant, suffit à justifier que le principal artisan de la victoire sur l'Allemagne nazie occupe le premier rang au Panthéon des hommes d'État du XXe siècle. Dans notre mémoire collective, Churchill reste à jamais le personnage providentiel qui, pendant plusieurs mois, tint, seul, la liberté de l'Europe à bout de bras et sauva l'honneur des démocraties. Un homme d'exception, et d'excès. Un chef de guerre implacable incarnant, aux heures les plus sombres, la résistance et l'espérance. Une figure déraisonnable au diapason d'une époque qui ne l'était pas moins. Sans Churchill, le nazisme aurait dominé l'Europe. Sans cet amoureux de «la France éternelle», il n'y aurait pas eu de gouvernement et de soldats français aux côtés des Alliés le jour de la victoire et notre pays n'aurait obtenu ni zone d'occupation en Allemagne, ni siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. La France, plus que d'autres, a une dette historique envers Churchill.