L'adulte surdoué à la conquête du bonheur ; rompre avec la souffrance

L'adulte surdoué à la conquête du bonheur ; rompre avec la souffrance

Quatrième de couverture

Depuis des années, Monique de Kermadec est à l'écoute de la solitude et de l'extrême difficulté à s'intégrer des adultes surdoués. Elle explore ici la souffrance particulière de ces personnalités à part et ses conséquences sur la famille, le travail ou l'amour. Et propose d'y remédier par un exercice de reconnaissance et d'acceptation de la souffrance, par un travail de résilience.
Il est possible de sortir de situations d'échec en créant un lien nouveau avec le monde... à condition de s'en donner les moyens. Mais les outils thérapeutiques à disposition aujourd'hui ne conviennent pas tous aux adultes surdoués. Ce livre en propose une évaluation critique afin de les orienter vers les outils qui leur seront d'une aide efficace. Forte de son expérience de thérapeute, Monique de Kermadec apporte ainsi un démenti lumineux à l'idée que souffrir serait une fatalité.

Monique de Kermadec, psychologue clinicienne, psychothérapeute, a publié notamment L'adulte surdoué, apprendre à faire simple quand on est compliqué.

Extrait de L'adulte surdoué à la conquête du bonheur ; rompre avec la souffrance

Extrait de l'introduction

Dans Le Livre à venir, le célèbre écrivain Maurice Blanchot questionnait les étranges rapports entre la pensée et la souffrance : «Est-ce que l'extrême pensée et l'extrême souffrance ouvriraient le même horizon ? Est-ce que souffrir serait finalement penser ?» s'interrogea-t-il. Des personnalités telles que Pascal ou Ray Bradbury, James Joyce ou Léon Tolstoï ont chacune à leur tour et à leur époque anticipé cette interrogation. Pour moi, clinicienne, ce sont les dizaines d'adultes diagnostiqués à «haut potentiel» par le test de «douance» auquel ils se sont soumis qui remettent cette question au coeur de l'actualité de mon cabinet, et des centaines de lettres, toutes aussi bouleversantes que celle de cette femme, continuent de me la poser avec les mêmes accents désespérés.
En effet, si ces personnes viennent me voir aujourd'hui - et je me garderai d'évoquer le nombre d'adultes en proie à une souffrance dont ils ne comprennent pas la raison, qu'ils taisent à leur entourage, et qui n'osent pas franchir le pas de la consultation -, c'est que cette question ne cesse de se poser d'abord à eux, et, dès lors, ils ne cessent de me la poser dans l'espoir de trouver, à défaut d'une solution à leur souffrance, au moins une explication.
J'ai déjà évoqué, dans mon livre précédent1, l'histoire d'Hélène Grimaud, adulte surdouée, pianiste et écrivain remarquable, parce qu'elle a su mettre des mots sur sa souffrance dans son autobiographie si singulière, Variations sauvages2, où elle a décrit à quel point elle a dû lutter pour imposer sa différence, et l'assumer dans le choix d'une vie atypique, entre son piano et ses loups. Jodie Foster, comédienne et réalisatrice américaine, a été elle aussi diagnostiquée à «haut potentiel» au terme des tests d'intelligence qu'elle a passés. Elle a raconté dans son film Le Petit Homme ses «ruminations obsessionnelles», sa souffrance et ses difficultés à s'intégrer dans n'importe quelle communauté - famille, amis ou relations professionnelles.
C'est en effet parce qu'ils pensent trop, trop vite, et selon des clés qui ne sont pas les nôtres, avec une intensité et une célérité trop fortes pour le commun des mortels, que ces patients souffrent. Tous les jours, je reçois des lettres qui expriment cette difficulté, qui épousent tout le nuancier de ce sentiment, du simple chagrin à la plus violente douleur :

«Le sentiment d'incapacité est très fort chez moi. Je sens bien que mes pensées, mes idées paraissent bizarres à beaucoup de personnes alors je m'abstiens d'en faire part. Que ce soit en réunion ou en famille je reste à l'écart. Je pourrais hurler, parfois, alors mieux vaut que je me taise.»

«Aujourd'hui, je n'ai quasiment pas de proches, les personnes que j'aime ne me supportent pas, s'en vont. Je suis un handicapé social. Je m'isole et j'ai du mal à supporter le poids de cette armure astucieuse que je me fabrique. Je me dévalorise, je suis passé par l'alcoolisme et les faillites successives même si ma position sociale est aujourd'hui en apparence enviable. Lorsque le masque tombe, je suis abominablement seul.»