L'incroyable histoire de l'éléphant Hans : des forêts du Sri Lanka au Muséum d'histoire naturelle

L'incroyable histoire de l'éléphant Hans : des forêts du Sri Lanka au Muséum d'histoire naturelle

Quatrième de couverture

«As-tu vu, au Jardin des plantes, l'éléphant ?», écrit Napoléon à Marie-Louise en 1813. Au beau milieu des négociations de paix avec l'Autriche, l'Empereur lui-même a vent du phénomène : depuis 1798, une foule immense se presse chaque jour pour observer de près les deux coqueluches de la ménagerie parisienne ouverte en 1793, Hans et Parkie. Il faut dire que le spectacle est de taille - un couple de pachydermes, en France ? Et qui plus est, amoureux, dit-on ?
Les éléphants, eux, n'en sont pas à leurs premiers succès : capturés en 1785 dans les forêts de Negombo, sur la côte ouest du Sri Lanka, pour être offerts au stathouder des Pays-Bas Guillaume V, puis confisqués par la Révolution française, ils sont depuis longtemps des vedettes. Et ils le resteront, par-delà la mort : disséqués par Cuvier lui-même, en 1802 pour Hans puis en 1817 pour Parkie, ils apporteront, chacun à leur manière, leur pierre au grand édifice de la science.
Cette histoire sera longtemps demeurée un mystère, jusqu'à ce qu'une équipe de zoologues, parmi lesquels Philippe Candegabe, la retrace : c'est toute la passion d'un chercheur pour son objet d'étude, à la fois mort et éternellement vivant, qui tisse la trame de cette étonnante biographie.

Philippe Candegabe a été responsable, de 1994 à 2004, des collections du Muséum d'Histoire naturelle de Bourges : dix ans en compagnie de Hans. Depuis 2004, il est assistant de conservation au Muséum de Grenoble pour les collections de vertébrés.

Extrait de L'incroyable histoire de l'éléphant Hans : des forêts du Sri Lanka au Muséum d'histoire naturelle

Pachyderme-sur-Auron

Tout au sommet de la butte, la cathédrale gothique domine la ville. De là, les rues descendent en pente douce jusqu'à la couronne d'eau qui enserre la cité : au nord-est, l'Yèvre et la Voiselle forment de vastes marais dont les parcelles sont louées à des maraîchers amateurs ; l'Auron, arrivant du sud, rejoint l'Yèvre au nord-ouest de l'agglomération. Un système de défenses naturelles qui justifia l'occupation du site dès l'époque gauloise.
Bourges a connu un passé prestigieux. C'est la ville de Jacques Coeur et de Charles VII. Pendant la guerre de Cent Ans, alors que la monarchie capétienne est au bord du gouffre, ce dernier en fait son lieu de résidence et lui donne un lustre et un rayonnement qu'elle ne retrouvera plus jamais par la suite. Elle en garde un riche patrimoine architectural, et une sorte de pincement au coeur...
Située à l'extrémité sud du Bassin parisien, en pleine Champagne berrichonne, la ville n'est qu'à quelques kilomètres du centre géographique de la France. Une situation privilégiée : blottie dans l'angle que forme le cours de la Loire, elle occupe une position stratégique. Les militaires de l'époque moderne connaissent les possibilités de repli qu'elle offre. Dans cette ville de garnison, on développe, dès le milieu du XIXe siècle, une industrie de l'armement qui perdure peu ou prou jusqu'à aujourd'hui; le paysage urbain en est marqué. La métallurgie, avec des entreprises emblématiques comme Mazières, en est le complément indispensable. C'est à Bourges qu'est inventé en 1864 le four Martin, utilisé pour la fusion de l'acier. La population ouvrière y est ancienne et forte d'influences blanquistes. Bien qu'elle dépasse à peine les 44000 habitants en 1926, et malgré le tempérament réputé placide du berrichon, ce serait donc céder à la facilité que de dépeindre Bourges comme une petite cité endormie de province.
Au début du XXe siècle, pour en arriver à ce qui nous intéresse, le paysage muséal de la ville est simple au possible : le Musée du Berry présente à lui seul toutes les collections publiques berruyères - beaux-arts, archéologie, arts, traditions populaires... Il conserve même de petites collections de sciences naturelles, des coquillages, des fossiles et des herbiers principalement. Mais, entre 1927 et 1932, la fondation, d'un muséum à Bourges, va tout changer. Il aura fallu, pour cela, l'activisme infatigable du chanoine Foucher.

Un musée d'histoire naturelle en Berry
Le portrait le plus connu de Gabriel Foucher le représente la poitrine bardée d'une double rangée de décorations. Le front est dégagé par la calvitie; son visage anguleux affiche une expression un peu triste. Sans être austère ou antipathique, le personnage a le sérieux et la stature d'un notable.
Né le 21 juillet 1865 à Henrichemont, dans le Cher, ordonné prêtre en 1889, Foucher commence sa carrière ecclésiastique dans le Berry, avant de monter à la capitale. Ce passionné d'entomologie devient, en 1907, le conservateur du musée de l'Institut catholique de Paris où il poursuit ses études sur les phasmes et les phyllies. Ces insectes qui se camouflent en adoptant des formes de brindilles pour les premiers, de feuilles pour les seconds, comptent depuis longtemps parmi ses principaux centres d'intérêt. Ce qui ne l'empêche pas d'acquérir des individus représentatifs de tous les groupes d'insectes. Profitant de sa position au sein du clergé et de ses contacts avec les missions catholiques dans le monde entier, il se constitue une collection personnelle d'une très grande richesse. Mais il ne se contente pas d'étaler et de piquer les spécimens : les vivariums qu'il entretient lui permettent d'entrer à la Société nationale d'Acclimatation, où il prend diverses responsabilités administratives.