Cocteau

Cocteau

Quatrième de couverture

Jean Cocteau (1889-1963) fait partie des figures majeures de la vie artistique de la première moitié du XXe siècle. Poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste, il est notamment l'auteur de La Machine infernale ou des Enfants terribles et le réalisateur de La Belle et la Bête et Orphée.

Extrait de Cocteau

Cocteau singulier et pluriel

Serge Linarès

Chaque anniversaire de la mort de Jean Cocteau est l'occasion de vérifier l'actualité de son épitaphe : «Je reste avec vous.» En 2003, la revue Europe avait consacré un numéro à ce Protée de la modernité, le Centre Georges Pompidou une rétrospective et un colloque. Dix ans plus tard, la Cinémathèque française célébrait son oeuvre filmique à travers un cycle et une exposition. L'oeuvre de Cocteau n'oppose pas seulement une étonnante force de résistance au passage du temps. Largement dépouillée des préjugés et des mythes qui l'ont environnée du vivant de l'auteur, elle atteint aujourd'hui la plénitude d'exercice de ses facultés créatrices. Le présent Cahier de L'Herne Cocteau entend donner lieu à un nouveau bilan d'étape de sa postérité. Car, d'une décennie à la suivante, la connaissance de l'oeuvre et de l'homme n'a cessé de se développer et de gagner en complexité. La publication échelonnée de la production poétique, théâtrale et romanesque dans la «Bibliothèque de la Pléiade» en 1999, 2003 et 2006, a permis d'en mesurer l'étendue et la profondeur. Jointes à de nombreuses expositions internationales, les ouvertures successives de la Maison de Milly-la-Forêt et du Musée de Menton en 2010 et 2011 ont notamment aidé à la réévaluation positive de l'oeuvre plastique. Quant aux films, ont-ils jamais cessé de féconder la cinématographie mondiale ?
Reste que la somme de ces (re)découvertes a suivi un rythme si dense qu'il apparaît aujourd'hui nécessaire de prendre du champ pour avoir une vue d'ensemble, informée des derniers acquis de la recherche. Certes, colloques ou encore périodiques (la Série Cocteau de la Revue des lettres modernes et les Cahiers Jean Cocteau) prospectent, depuis des années, la variété de l'oeuvre. Mais l'extrême spécialisation des sujets tour à tour traités (les collaborations musicales, les adaptations, les usages de la radio, le journalisme...), si elle favorise les études ponctuelles de fond, fait obstacle à toute saisie globale hors du cercle des connaisseurs. Dans cette phase si riche de la réception du poète, le Cahier de L'Herne Cocteau entend donner au public cultivé les moyens actuels d'envisager la totalité de sa création polymorphe. Écriture et dessin, danse, cinéma et musique, autant de domaines qui se trouveront ici considérés à la pointe de l'investigation.
Pour autant, cet ouvrage n'est pas réductible à une suite de synthèses sur tous les aspects de l'oeuvre. Article après article, il entend poser de nouveaux jalons pour leur pleine compréhension. Dans un souci de progression et de clarté, il s'ouvre sur une section biographique («Éclats de vie»), organisée autour d'épisodes marquants de l'existence de Cocteau, que suivent plusieurs divisions relatives aux configurations changeantes de son univers. Après une approche globale de ses héritages et de ses filiations, l'oeuvre littéraire fait l'objet d'examens génériques : poésies, proses d'idées, narrations, écritures de soi et théâtre sont autant d'escales dans l'exploration au long cours d'une littérature délibérément hostile aux frontières et aux confinements. L'ouvrage entend ensuite s'élever par séquences à la mesure du foisonnement intermédial de Cocteau : musique et danse, cinéma et dessin motivent la constitution de groupements de textes dont la nature ou littéraire, ou scientifique convie au dialogue les champs de spécialité. Enfin, la conclusion élargit la focale en observant en grand angle les postures de Cocteau de son vivant et quelques-unes des premières évaluations posthumes de son parcours poétique.
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