Revue française de yoga, n° 53. Autorité, responsabilité, autonomie

Revue française de yoga, n° 53. Autorité, responsabilité, autonomie

Quatrième de couverture

L'autorité, la responsabilité et l'autonomie sont des thèmes récurrents dès qu'il s'agit d'enseignement et, bien plus largement, dès que nous nous plaçons comme sujet dans le monde. Nous ne nous en sommes donc pas tenus à la seule transmission du yoga mais, sans prétendre à être exhaustifs, notre propos s'est élargi grâce à l'apport de plusieurs disciplines : la philosophie, l'anthropologie, la psychologie, la biologie... C'est en s'ouvrant à d'autres domaines de compétences que nous pourrons prendre encore davantage la mesure de notre responsabilité en tant qu'enseignants de yoga.

Extrait de Revue française de yoga, n° 53. Autorité, responsabilité, autonomie

Genèse des mots et des concepts

Jacques Audinet

Les trois termes proposés «Autorité, autonomie, responsabilité» rejoignent les situations de nos vies quotidiennes. De là, ces quelques remarques en guise d'introduction.

Chacune et chacun d'entre nous, selon les moments, est en situation d'autorité (parents, enseignants, animateur ou directeur...) autant qu'en situation de dépendance (fils, citoyen, employé...) ou en revendication d'autonomie, ou en interrogation sur son autorité ou celle des autres. Dans notre imaginaire et dans nos attitudes, cela se traduit, la plupart du temps inconsciemment, par des postures de domination ou de soumission, et se transcrit imperceptiblement dans notre corps, par le ton de notre voix ou nos gestes... Constamment, nous passons de l'un à l'autre registre selon nos interlocuteurs, nos peurs ou nos désirs.

Selon nos idées aussi. C'est la deuxième remarque. Chacune et chacun d'entre nous, à propos de chacun de ces mots, cultive des certitudes bien précises. Et, plus largement, des représentations, des images, des émotions, fruits de l'expérience, de l'éducation qui induisent des comportements et des réflexes et nous situent par rapport aux autres et, ceci, pas nécessairement de manière paisible. Ces mots sont, en effet, des mots qui discriminent et qui clivent dans le champ social. Il suffit d'amorcer, dans n'importe quelle assemblée, voire familiale ou amicale, une discussion sur l'autorité pour s'en apercevoir. Il est rare que la passion, voire la violence, ne viennent brouiller les cartes.

C'est dire, troisième remarque, que ces trois mots gouvernent le domaine des relations interhumaines. Nous nous représentons parfois ce domaine comme un lac immense et paisible. Il n'en est rien. Mieux vaudrait l'image d'un océan agité, sur lequel, tel un esquif léger, nous ne cessons d'être ballottés du creux de la vague au sommet ou l'inverse, entre dépendance et autorité, peinant à nous assurer de nous-mêmes et de notre position d'autonomie, et luttant sans cesse pour nous ressaisir de notre autorité.

Nous allons donc tenter d'aborder la réflexion concernant ces trois mots à partir de notre situation d'êtres en relations. Ces trois mots se tiennent, ils ont trait aux relations entre les humains. C'est de là qu'il nous faut partir pour tenter de saisir tout ce qu'ils impliquent et comment ils peuvent s'articuler et de là, peut-être, éclairer nos propres situations, amplifier nos idées et circonscrire nos responsabilités.

La situation d'autorité

Quand y a-t-il autorité ? Ou quels sont les éléments qui permettent de dire : ici, il y a autorité ? Ou encore que suppose la situation d'autorité ? L'autorité n'est pas quelque chose que l'on possède comme un objet, un vêtement, de l'argent ou une voiture. Même si le langage nous trompe. Ne dit-on pas «Il a de l'autorité» ou «Il n'en a pas», comme s'il s'agissait de quelque chose que l'on puisse obtenir, voire acheter ? Ce n'est pas le cas. L'autorité n'est pas de l'ordre de l'avoir mais de l'ordre de l'être en relation. De là, quatre traits caractérisent la situation d'autorité.

C'est une situation relationnelle. Qui dit relation suppose deux ou plusieurs personnes ou groupes, souvent une personne, qui a/ont l'autorité, et un groupe qui en est dépendant. C'est dire que l'on n'exerce pas l'autorité seul mais qu'évoquer l'autorité est immédiatement évoquer une pluralité d'êtres humains. Du reste, le vocabulaire de l'autorité est un vocabulaire qui va toujours par binôme : commander/obéir, supérieur/subordonné, maître/élève, etc. Même si aujourd'hui l'on tend à atténuer ces oppositions, l'un des termes ne se définit pas sans l'autre.

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