Autismes, transferts et langage

Autismes, transferts et langage

Quatrième de couverture

Faire connaître et partager la très longue expérience de psychanalystes au travail avec des personnes présentant différentes formes d'autisme, tel est l'enjeu de cet ouvrage collectif.
Dans le contexte polémique actuel, qui provoque un brouillage de la pensée et révèle une grande méconnaissance des pratiques et des recherches contemporaines, les auteurs, tous psychanalystes exerçant avec des sujets autistes, font part de leur clinique. Ils exposent les outils théoriques de leurs cures ; ils présentent leurs recherches centrées sur le transfert et l'émergence du langage ; ils ouvrent un débat où nul ne peut faire état de certitudes définitives.
Par la qualité des auteurs reconnus pour leur grande expérience clinique, et par l'intérêt majeur des travaux présentés dans ce livre, celui-ci est aussi une réponse à ceux qui remettent en cause la spécificité et la légitimité de l'approche psychanalytique des autismes.

Jean-Michel Carbunar
Géraldine Cerf de Dudzeele
Alexandra Colinet
Tristan Garoa-Fons
Françoise Guillaumard
Geneviève Haag
Chantal Lheureux Davidse

Extrait de Autismes, transferts et langage

L'ouvert de la rencontre entre autistes et psychanalystes
TRISTAN GARCIA-FONS

Témoigner de nos pratiques cliniques de psychanalystes avec des sujets présentant un syndrome autistique suppose aujourd'hui un préalable : tenter de nous extraire du discours ambiant sur l'autisme, qui brouille la réflexion, voire interdit de penser notre rencontre avec ceux que l'on dit autistes.
«La psychanalyse» est frontalement attaquée comme une théorie et une pratique - comme si elles étaient uniques - et est désignée comme coupable des maux dont souffrent les autistes et leurs parents qu'elle culpabiliserait abusivement. Cette croisade est menée par des parents que le désarroi et le manque de structures d'accueil adaptées ont transformé en militants de petites associations - qui sont loin de représenter l'ensemble des familles aujourd'hui accompagnées par les équipes, ni toutes les associations de parents ou d'usagers -qui exercent un lobbying extrêmement efficace auprès du pouvoir politique et des médias. Ceux-ci reprennent leur rhétorique dogmatique implacable sans discernement ni prudence. Nous avons affaire au développement d'un discours sur l'autisme, à une fabrique de l'autisme : l'autisme comme «handicap neurodéveloppemental», l'autisme comme catégorie du DSM5, sous le terme de TSA (trouble du spectre autistique), l'autisme relevant d'une prise en charge cognitivo-comportementaliste exclusive; bref, à une invention de l'autisme comme vérité unique. Ce que vise la diatribe antipsychanalytique ne concerne pas tant la psychanalyse elle-même (dont les apports et les pratiques effectives demeurent massivement ignorés) que toute approche qui prend en compte l'existence du fait psychique. Ce qui est visé, en particulier, c'est une pédopsychiatrie qui intègre les hypothèses psychopathologiques, psychodynamiques, et les apports des autres approches (éducatives, cognitives, etc.) ; qui s'attache à la clinique du sujet et de la relation ; qui tente de proposer des stratégies thérapeutiques dès la période néonatale et qui se trouve aujourd'hui délégitimée par les préconisations et les discours officiels. Ce contexte violemment polémique, voire parfois haineux, produit des effets de sidération sur les équipes de professionnels, dont les pratiques ont pourtant beaucoup évolué depuis une quinzaine d'années, notamment à l'égard des parents et dans la prise en compte des apports cognitivistes, neuroscientifiques et génétiques. Il importe alors de faire le point sur ce qu'il en est vraiment des approches psychanalytiques de l'autisme ou plutôt des autismes, si l'on considère les différentes configurations cliniques autistiques; et, dans cette perspective, il me semble nécessaire de proposer quelques repères.