Entretiens sur la tranquillité de l'âme

Entretiens sur la tranquillité de l'âme

Quatrième de couverture

Leon Battista Alberti (1404-1472) fut à la fois écrivain, théoricien des arts, architecte et... surprenant athlète. Son aisance en tout fut telle que J. Burckhardt vit surgir en lui le type d'«homme universel» qu'illustrera Léonard de Vinci. Mais cet homme dissimulait un être souffrant dont les écrits contiennent aussi des pages d'un profond pessimisme.
Sa naissance illégitime dans une famille patricienne en exil explique son perpétuel désir d'excellence et de reconnaissance. Ses relations difficiles avec les humanistes et les artistes florentins furent à l'origine de ces Entretiens sur la tranquillité de l'âme, rédigés en langue toscane vers 1443 et dotés d'un titre latin : Profugiorum ab aerumna libri III.
Alberti y rapporte des conversations tenues en sa présence, lors d'une promenade à Florence, par Agnolo Pandolfini et Nicolas de Médicis. Agnolo s'interroge sur les moyens d'éviter les tourments intérieurs ou de s'en libérer. Nourries de lectures classiques, ces réflexions se distinguent par des notes existentielles et une grande liberté de pensée.

Pierre Jodogne, «dottore in lettere» de l'université de Bologne, est professeur honoraire de l'université de Liège. Ses principaux travaux philologiques ont porté sur Alberti, Jean Lemaire de Belges, Antonio Alamanni et Francesco Guicciardini.

Michel Paoli, normalien, agrégé et spécialiste de la Renaissance italienne, est professeur des universités et directeur du centre de recherches «TrAme» de l'université de Picardie.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Roger-Pol Droit - Le Monde du 3 mars 2016
Robert Maggiori - Libération du 3 mars 2016

Extrait de Entretiens sur la tranquillité de l'âme

INTRODUCTION

Alberti, homme universel. Ou pas.

«[...] le premier livre [des Entretiens sur la tranquillité de l'âme] se demande comment vivre sans laisser pénétrer en soi la mélancolie ; le deuxième apprend à libérer l'âme des indignations et des dépits qu'elle aurait éprouvés, pour le cas où ces choses seraient entrées en elle ; le troisième expose plusieurs moyens utiles à écarter de l'esprit les offenses et les douleurs les plus graves, au cas où il serait opprimé par elles et comme défait».

Lettre de Carlo Alberti à Lorenzo Vettori

Qu'il est loin de ces dialogues voués à la reconquête de l'équilibre intérieur et de la sérénité l'«homme universel de la Renaissance», mais comme il est présent aussi entre ces pages ! Tous les lecteurs de civilisation de la renaissance en Italie n'ont pu qu'être frappés par ces lignes où Jacob Burckhardt décrit un Alberti funambulesque, incarnation idéale de toutes les valeurs du nouvel âge qu'il a lui-même contribué à fonder :

Mais au-dessus de ces hommes remarquables on voit briller quelques esprits vraiment universels. [...] Nous esquisserons le portrait d'un de ces géants intellectuels : c'est celui de Léon-Baptiste Alberti, qui apparaît au seuil du XVe siècle. [...] Dès son enfance, Léon-Baptiste a excellé dans tout ce que les hommes applaudissent. On raconte de lui des tours de force prodigieux et d'adresse incroyables : on dit qu'il sautait à pieds joints par-dessus les épaules des gens ; que, dans le dôme, il lançait une pièce d'argent jusqu'à la voûte de l'édifice, qu'il faisait frémir et trembler sous lui les chevaux les plus fougueux ; il voulait arriver à la perfection comme marcheur, comme cavalier et comme orateur. Il apprit la musique sans maître, ce qui n'empêcha pas ses compositions d'être admirées par des gens du métier...

L'éloge se poursuit encore sur trois pages. Or il importe de savoir que la source unique de Burckhardt est une vie anonyme d'Alberti, écrite en latin, dans laquelle les spécialistes reconnaissent maintenant unanimement une autobiographie à la troisième personne Qui plus est - et ce point est essentiel -, le texte date au plus tôt de l'année 1442 ; il s'agit donc d'une oeuvre produite à la même époque et dans le même contexte que les dialogues de la tranquillité de l'âme.
À première vue, quelle différence entre les deux ouvrages ! D'un côté, une autocélébration triomphante dans laquelle l'auteur se prétend capable d'accomplir les exploits les plus insensés et même de prédire l'avenir - un petit texte fascinant qui semble ôter tout sens critique à ses lecteurs, au point de faire dire aux uns et aux autres qu'Alberti était réellement capable de réaliser ces choses. De l'autre, un long dialogue sur les moyens de combattre les tourments de l'âme et d'apaiser ses souffrances intérieures, avec à son centre le personnage d'Agnolo Pandolfini, alors âgé de plus de quatre-vingts ans, et où la vie de l'homme, par exemple, est présentée de cette manière :

(...)