Résistance !

Résistance !

Quatrième de couverture

L'AUTEUR DES 600 MILLIARDS QUI MANQUENT À LA FRANCE ne désarme pas. En témoignent les documents inédits par lesquels il démonte le processus d'effondrement de la République. Et puisque, sous couvert du «secret défense», du «secret des affaires» et maintenant de l'«état d'urgence» prospèrent les violences systémiques et la corruption qui attisent la guerre civile, c'est à la résistance qu'il appelle.
Rejetant le populisme autant qu'elle dénonce la dictature du marché, cette nouvelle résistance civique se cherche. Mais sa montée en puissance semble irrésistible. Sur le terrain des «grands projets inutiles imposés» qui suscitent autant de ZAD («zones à défendre»], mais aussi dans les champs ou les ateliers bio et alternatifs, dans les communautés écologistes et libertaires, les résistants au pire des mondes proclament : «La République, c'est maintenant !»
Mais de quelle République et de quelle résistance peut-il aujourd'hui s'agir, les mots eux-mêmes semblant plus épuisés que jamais à force d'avoir été trahis ? C'est aussi l'ambition de ce livre d'apporter à ces questions un commencement de réponse raisonnée, de nourrir intellectuellement le mouvement spontané des citoyens indignés afin de faire rimer à nouveau résistance avec espérance.

Antoine Peillon est grand reporter à La Croix. Il est l'auteur de Ces 600 milliards qui manquent à la France (2012) et de Corruption (2014), auquel ce nouvel essai fait suite.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
- Les Inrocks, mars 2016

Extrait de Résistance !

Extrait de l'introduction

Aujourd'hui, contre quoi faut-il résister ? Il faut résister contre deux barbaries. Une barbarie que nous connaissons tous, qui se manifeste par le Daech, par les attentats, par les fanatismes les plus divers. Et l'autre barbarie, qui est froide, glacée, qui est la barbarie du calcul, du fric et de l'intérêt. Dans le fond, face à ces deux barbaries, tout le monde devrait, aujourd'hui, résister.
Edgar Morin.

Assez d'aveuglement, de langue de bois et de complaisance politique ! «Secret défense», «secret des affaires» et maintenant «état d'urgence» permanent couvrent, de fait, les asservissements, les violences et la corruption systémiques qui attisent la guerre civile globale et font le lit de la dictature. Ces verrous posés, les uns après les autres, sur l'État de droit ne font que précipiter l'effondrement de la République. Aujourd'hui, il n'est plus possible d'écrire, en tant que journaliste, sans répondre à l'exigence du «courage de la vérité»2, quand bien même la vérité est pénible ou dangereuse à dire.
J'ai terminé d'écrire ce livre dans les semaines qui ont suivi les carnages terroristes du vendredi 13 novembre 2015, alors que la France basculait dans un état de guerre décrété par le président de la République et les «faucons» du gouvernement. Le Parlement, presque unanime, votait les pleins pouvoirs à l'État français, à sa police surtout. Une loi martiale qui n'a pas dit son nom s'est substituée alors en quelques heures, hors contrôle démocratique réel, à toutes les procédures judiciaires proportionnées de lutte contre le terrorisme. Dans un climat de peur, de deuil et de désolation, mais aussi d'hystérie sécuritaire, de violences xénophobes et policières, d'arbitraire administratif, de répression élargie à beaucoup d'insoumissions - notamment écologistes -, de haute corruption, de mensonge d'État et, pour tout dire, de dictature de prétendu salut public, une résistance s'est tout de même rapidement, clairement et vigoureusement exprimée. Une petite partie de la presse a assuré sa mission d'information, à rebours de la propagande étatique, et a ouvert ses colonnes aux analyses et protestations les plus rationnelles. Dans l'espace public, associations et syndicats, collectifs civiques et conviviaux ont refusé de se soumettre à l'interdiction de manifester.
Les mois de novembre et décembre 2015 ont donc marqué un nouveau basculement historique de la France. D'un côté, le masque du «système» tombait, laissant apparaître en plein jour son visage affairiste, corrompu, violent, menteur, antidémocratique et antisocial, comme épisodiquement depuis la Révolution de 1789 ; de l'autre, une désobéissance civile et une dissidence intellectuelle s'exprimaient spontanément, bravant surveillance, écoutes, menaces de censure, interdiction de manifester, omniprésence et hystérie policières.
Désormais, nul n'était plus besoin d'être extralucide pour constater que la dissolution de la République avait atteint son comble, pour relever à quel point l'horizon de la démocratie s'était éloigné et pour comprendre combien la tyrannie des affairistes, libérée de toute régulation, nous promettait une fin apocalyptique de l'Histoire, sous la forme d'une guerre civile globale se propageant entre catastrophe climatique et «choc des civilisations».
Depuis mai 2012, le pouvoir politique a continué de consolider la puissance déjà opaque du renseignement et de la répression et font le lit de la dictature. Ces verrous posés, les uns après les autres, sur l'État de droit ne font que précipiter l'effondrement de la République. Aujourd'hui, il n'est plus possible d'écrire, en tant que journaliste, sans répondre à l'exigence du «courage de la vérité», quand bien même la vérité est pénible ou dangereuse à dire.