Qui est la plus méchante du royaume ? : mère, fille et belle-mère dans la famille recomposée

Qui est la plus méchante du royaume ? : mère, fille et belle-mère dans la famille recomposée

Quatrième de couverture

Nouveau défi pour la psychanalyse : les liens qui émergent au sein des familles recomposées amènent à repenser les relations familiales. La belle-mère n'est plus, comme autrefois, celle qui prend la place de la mère morte, mais coexiste avec elle. Cette configuration inédite a des conséquences sur la transmission entre femmes et celle du féminin en général.

Dans un monde où la figure paternelle s'est affaiblie au profit de la toute-puissance maternelle, comment s'établissent les liens entre la belle-mère et la fille de son partenaire, et avec la mère de celle-ci ? Quel effet une autre figure féminine investie d'un rôle éducatif, même à temps partiel, a-t-elle sur la relation mère-fille, ce lien fait d'amour mais aussi de haine indispensable pour se séparer et grandir ? Que se passe-t-il chez une fille, dans ce processus complexe du devenir femme, lorsqu'une autre figure que celle de la mère est au coeur du désir paternel ?

Telles sont les questions qu'explore la psychanalyste italienne Laura Pigozzi en s'appuyant sur sa clinique mais aussi sur la littérature et le cinéma. Elle montre ainsi brillamment que dans cette position par définition inconfortable, la belle-mère peut avoir un rôle structurant et être l'alliée du père pour aider ses enfants à grandir.

«Avec ce livre résolument psychanalytique, Laura Pigozzi, clinicienne avertie, ouvre de nombreuses portes sur les inconscients au travail dans les nouvelles variantes de la vie familiale.»
Jean-Pierre Winter

Laura Pigozzi, psychanalyste italienne, vit entre Milan et Paris et parle parfaitement le français. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages inédits à ce jour en France.

Extrait de Qui est la plus méchante du royaume ? : mère, fille et belle-mère dans la famille recomposée

Extrait de l'introduction

Mutations familiales et nouveaux liens

Avec l'augmentation importante du nombre des familles recomposées dans lesquelles au moins un des deux adultes n'est pas le parent biologique des enfants, les familles classiques ne sont plus la norme absolue. Ces nouvelles familles ont beau être une réalité très concrète, la culture n'en tient pas compte, n'en légitime pas les principes. Et dans cette configuration inédite, elles se retrouvent souvent trop seules face aux problèmes importants de l'éducation et de la croissance de ces jeunes vies. D'autant plus que le système de valeurs actuel fait de la famille le noyau central des échanges et des affects, tandis que le rôle des relations sociales extérieures se trouve marginalisé par rapport à d'autres époques.
Ces familles sont quotidiennement confrontées à des problématiques inédites, sans système de référence sur lequel s'appuyer. La société civile est en avance par rapport aux juristes, aux psychanalystes et à la culture en général. Pourtant une réflexion autour de ces scénarios à la fois intimes et collectifs qui concernent déjà plus d'un enfant sur dix en France pourrait considérablement aider ces familles, car il importe de ne pas les laisser seules à inventer des réponses à des questions cruciales et urgentes. Même la psychanalyse, qui depuis ses débuts a poussé très loin l'analyse des conflits familiaux, a peu étudié la question. Le modèle dominant est la famille traditionnelle constituée autour d'un imaginaire qui idéalise les partenaires et rend intolérable toute frustration : des familles où la grossesse est toujours heureuse et où les enfants sont dans un attachement éternel au corps de la mère. Ni le conflit, ni la séparation avec l'apparition d'une belle-mère ne sont prévus, pas plus que celle d'un quelconque élément susceptible de perturber l'enveloppement symbiotique et hypnotique de la mère et l'enfant, et où le père n'a hélas presque jamais d'autre rôle actif que celui de soutien à une mère qui souvent ne sait plus ce qu'est être une femme.
Nouveau défi pour la psychanalyse, l'analyse des familles recomposées l'amène à repenser les relations familiales. Qu'on le veuille ou non, les belles-mères, les beaux-pères occupent une place structurelle dans le développement des jeunes générations, même si les questions concernant les beaux-pères ne peuvent pas complètement se superposer à celles des belles-mères. C'est précisément la nature des liens - souvent inattendus et pouvant donner lieu à des coups de théâtre retentissants - qui se font jour dans ces nouvelles familles que nous nous proposons d'explorer ici avec les instruments de la psychanalyse.
La belle-mère occupe une place inédite. Elle n'est plus celle qui prend la place de la mère morte, mais elle coexiste avec la mère et c'est une position qui n'est pas toujours facile. La belle-mère n'est pas la mère, ni une baby-sitter, ni une amie insouciante et sans responsabilités vis-à-vis de la fille. Elle n'est pas symbiotique, mais symbolique. Elle occupe la place d'un troisième adulte qui peut révéler quelque chose d'essentiel sur ce qui se joue dans les relations entre les femmes, entre les mères et les filles, entre les femmes et les hommes. Mais sa position n'est pas tout à fait similaire à celle du beau-père, plus présent du fait que la mère est également plus souvent avec les enfants, puisque les tribunaux ont tendance à les domicilier chez elle. Dans le rapport entre le père et le beau-père les enjeux sont différents de ceux qui existent dans les relations entre mère et belle-mère. Les rivalités et les jalousies ne sont peut-être pas de même intensité, mais le beau-père peut être inconsciemment perçu comme un prédateur potentiel pour la fille, ce qui représente un fantasme intolérable pour le père. Les relations du beau-père avec les enfants de sa partenaire sont quotidiennes, alors que la belle-mère s'occupe des enfants à temps partiel, tout en ayant des responsabilités plus complexes et délicates que le beau-père.