Lady Scarface : dans l'intimité des fiancées de la poudre du Chicago d'Al Capone à Hollywood

Lady Scarface : dans l'intimité des fiancées de la poudre du Chicago d'Al Capone à Hollywood

Quatrième de couverture

Chicago. Début des années folles.
Le Syndicat du crime n'est pas qu'une affaire d'hommes, il se conjugue aussi au féminin.
Elles sont fugueuses, frondeuses, parfois meurtrières, mais toujours rebelles. Elles s'appellent Mary Josephine Capone alias Mae, Ada et Minna Everleigh, les Impératrices du vice, Margaret Collins, la Fille au baiser mortel, Louise Rolfe, l'Alibi blond, Bonnie Parker, la Juliette au revolver, ou encore Virginia Hill, le Flamant rose : elles sont les compagnes d'infortune comme de gloire d'Al Capone, Clyde Barrow ou Bugsy Siegel, barons noirs des années de plomb qui ont fait trembler l'Amérique.
Traquées par le légendaire patron du FBI John Edgar Hoover, muses de la prohibition et de ses fêtes décadentes, elles n'ont rien à envier aux gangsters, l'intelligence et les talons hauts en prime.
Le crime ne paie peut-être pas, mais il séduit toujours. A partir d'archives déclassifiées du FBI et d'Alcatraz, de journaux de l'époque, d'entretiens avec des descendants et de documents inédits, Diane Ducret dévoile avec le talent qu'on lui connaît l'intimité de celles qui ont choisi d'être des Lady Scarface, à la vie à la mort...

Diane Ducret est écrivain et essayiste. Elle est l'auteur des best-sellers Femmes de dictateur (Perrin, 2011), traduit dans vingt-trois langues, Femmes de dictateur 2 (Perrin, 2012) et La Chair interdite (Albin Michel, 2014).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
François-Guillaume Lorrain - Le Point, avril 2016

Extrait de Lady Scarface : dans l'intimité des fiancées de la poudre du Chicago d'Al Capone à Hollywood

L'évadée d'Alcatraz

BAIE DE SAN FRANCISCO,
28 FÉVRIER 1938, 10 HEURES

Contre les vitres opaques de la berline qui stationne devant l'embarcadère, les photographes se pressent, se bousculent. Dans l'habitacle, les cheveux blonds au carré crantés et coiffés d'un chapeau noir de Mae. Elle ajuste ses gants de cuir, remonte nerveusement le col de sa fourrure marron et tente de dissimuler son visage aux éclairs des objectifs qui la mitraillent. Impossible de se cacher lorsque l'on est la femme de l'homme le plus redouté du pays, l'ennemi public numéro un. Mae se tétanise face à cette faune qui l'attend dehors. Combien de flots, de remous devra-t-elle encore affronter ?
Elle extirpe ses jambes nues de la voiture. Ses escarpins à talons noirs filent entre les flashs et les questions. Aucun commentaire, Mae garde le silence. On ne parle pas quand on est femme de mafieux. On ne voit et on n'entend pas non plus. Son instinct lui ordonne de fuir l'attroupement croassant, éructant, de s'échapper de San Francisco, cette ville étrangère pour elle. La voici traversant la passerelle de bois et prenant place à bord du ferry à vapeur spécialement mis à sa disposition pour la traversée, le General Frank M.Coxe. A peine 2,4 kilomètres la séparent encore de son but, de son homme.
A mesure qu'elle s'enfonce dans la baie, l'île, minuscule, se précise. Dans un ballet incessant, des centaines de pélicans - alcatraces en espagnol - dansent dans le ciel. A bord, les passagers s'évitent du regard avec application. Le soleil californien ne réchauffe guère les esprits de ses rayons. Soudain libérés de la brume matinale, apparaissent Alcatraz et son fort-prison couvert de fientes, l'austère et gigantesque complexe d'où l'on ne s'échappe pas vivant.
Comment imaginer qu'il est retenu là, sur ce caillou battu par les vents, seul, sans elle ? Elle tente de le chercher des yeux, tandis qu'elle descend sur le quai de bitume. Le vent, le guano, les murs épais, humides autant qu'infranchissables, voilà les premières impressions de Mae.
L'ancienne forteresse qui se dresse devant elle est la réponse musclée que le Département de la Justice a trouvée pour rassurer l'opinion publique consécutivement à la hausse de la criminalité qui met le pays à feu et à sang depuis le début des années 1920. Les plus dangereux malfrats se trouvent emmurés dans ce purgatoire pour hors-la-loi, véritable modèle de sécurité maximale. Les privilèges accordés aux détenus sont inexistants, les conditions d'incarcération impitoyables. Quelques droits élémentaires trouvent grâce : recevoir à manger, être habillé, abrité, et bénéficier d'une assistance médicale si le besoin s'en fait sentir. Les douches chaudes, seule véritable bienveillance dont ils bénéficient, ont elles aussi une visée stratégique, dissuasive de toute évasion : impossible à qui aurait l'idée de s'échapper d'habituer son corps à une température suffisamment fraîche pour affronter celle des courants glacés entourant la prison...
(...)