Aventuriers des îles

Aventuriers des îles

Quatrième de couverture

Récits de pirateries, chasses au trésor, naufrages, bagnards étonnants... Ce 6ème tome de la collection Folle Histoire raconte le destin incroyable de personnages hauts en couleur !

Sur une terre éloignée, au milieu des eaux, ils ont vécu des aventures hors du commun : pirates, mutins, rebelles, ermites et autres chasseurs de trésor, ils ont bâti leurs robinsonnades à leur image. Des histoires incroyables mais authentiques de paradis exotiques et de drames insulaires. Exilés volontaires ou naufragés maudits, utopistes généreux ou misanthropes déclarés, forbans déguenillés ou aventurières stylées, tous ont pris pied sur une île, un îlot, un rocher, pour y vivre une expérience humaine singulière. Cinquante histoires qui invitent à un grand voyage par-delà les mers, à travers l'archipel des passions humaines.

La collection Folle Histoire est une série d'ouvrages historiques, sur des faits extraordinaires et drôles, et pourtant vrais. Le directeur de collection, Bruno Fuligni, est historien et auteur ou directeur d'ouvrages à succès. Il est entouré d'auteurs reconnus parmi lesquels Carreau, Charlier, Chaumelle, Chef, Di Folco, Frachon, Léandri, Mahieu, Odicino, Portier-Kaltenbach, Quétel, Sénateur, Varejka et toujours les merveilleux dessins de Daniel Casanave. Avec un humour inimitable, ils continuent de dresser des galeries de portraits décapants...

Extrait de Aventuriers des îles

LE MYTHE
Par Bruno Léandri

L'ÎLE DE PONAPE

Le fantasme d'extraterrestres venant aider dans un passé indéterminé une peuplade primitive à quelque prouesse sociale ou architecturale ne date pas d'hier. Si l'on devait donner crédit à tous ces développements, de Nazca aux Pyramides en passant par l'île de Pâques, les exogènes ne sauraient plus où donner de la soucoupe. Pourtant, le mythe de l'île de Ponape présente quelques aspects particuliers : il reposait sur des faits très matériels, sur une énigme caractérisée, et fut auréolé de mystère par l'écrivain H. P. Lovecraft qui l'a embarqué dans sa célébrité. Puis il s'est dégonflé tout seul, terrassé par les recherches à la fin du XXe siècle, ce qui permet d'en parler au passé.

De son nom actuel Pohnpei, cette île de trente kilomètre de diamètre et de cinquante mille habitants est l'un des quatre États de la Fédération de Micronésie, perdue dans les limbes du Pacifique Nord, dans l'archipel des îles Carolines. Au sud-est de cette île, dans un lieu appelé Nan Madol, sur le rivage d'une péninsule difficilement accessible, furent découverts au XVIIe siècle les vestiges architecturaux très étonnants d'une grande cité lacustre : des appareillages de mégalithes basaltiques, empilés très méthodiquement par lits croisés à angles droits pour former des murs cyclopéens de plusieurs mètres de large, sur des hauteurs atteignant six à huit mètres. Si certaines de ces constructions rectangulaires munies d'un accès laissaient penser à des murs de temples ou de palais, d'autres, construites dans des buts obscurs, formaient des sortes d'enceintes irrégulières quadrillant la mangrove, ou des îles artificielles, dessinant des canaux dans des réseaux inexplicables, certaines même s'enfonçant comme des chaussées sous la surface de l'océan.

Les pierres sont en fait des sections de cristallisations métamorphiques géantes appelées «orgues de basalte» qu'on trouve dans le monde entier, jusqu'en Europe. Mais rien n'expliquait comment des indigènes dont la technologie n'allait pas plus loin que la pirogue avaient pu manutentionner et mettre en oeuvre de manière si perfectionnée un matériau aussi énorme - certaines pierres pèsent jusqu'à cinquante tonnes - dans une île dépourvue d'arbres autres que le bambou.

Aucune écriture, aucun document, aucune fresque n'existait pour donner aux chercheurs ne serait-ce qu'un début de clef pour expliquer le comment et le pourquoi. Il fallait se contenter de la tradition orale indigène avec son cortège d'enluminures, d'approximations fumeuses et de souvenirs enjolivés de génération en génération, dans lesquels apparaissait l'aide de créatures venues du ciel, d'où l'inévitable hypothèse d'une intervention extraterrestre. Car, dernière épice du mystère, il semblait que la société qui avait construit ces ruines titanesques les avait abandonnées brutalement, à peine un ou deux siècles avant leur découverte, pour des raisons inconnues.

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