Revue de l'art, n° 192

Revue de l'art, n° 192

Quatrième de couverture

Éditorial

Michel Poivert
Le Centre national des arts plastiques
Conjuguer l'art au présent historique

Études

Mickaël Szanto
L'affaire Jabach : Charles Le Brun et les tableaux de Louis XIV

Notes et Documents

Cristina Dagalita
De l'enluminure à la sculpture monumentale : le fou parmi les Vierges folles à la cathédrale de Strasbourg

Gabriel Batalla-Lagleyre
Henry Avice, un collectionneur du Grand Siècle
Les Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin en leur milieu

Claire Leymonerie
Les décorateurs français et l'aluminium dans l'entre-deux-guerres : mutuelle adaptation et pluralité des interprétations

Anaïs Feyeux
La photographie en reconstruction : les expositions photographiques dans l'Allemagne de l'Ouest après-guerre

Michel Hérold
Jacques Gruber, l'un des «rénovateurs du vitrail moderne»
Le fonds de cartons du musée des Arts décoratifs

Découverte

Amélie Duntze-Ouvry
La renaissance du vitrail civil au XIXe siècle
Une «perspective vitrée» par Eugène Stanislas Oudinot au «Château Boulart», Biarritz

Bibliographie critique

Extrait de Revue de l'art, n° 192

Éditorial

Le Centre national des arts plastiques
Conjuguer l'art au présent historique

Il ne fait pas bon aujourd'hui croire au pouvoir de l'État. Budgets restreints, dette nationale à rembourser, décentralisation, l'État est même devenu pour certains le simple sujet d'une économie mondiale toute puissante. Les fonctions régaliennes demeurent mais leur fonctionnement est contraint. Derrière un tel tableau, la réalité d'une puissance centralisée demeure néanmoins, et notamment dans un domaine peu conçu comme régalien, celui de la création artistique. Là où s'impose pourtant jour après jour l'image d'un marché digne de celui du luxe, où le mécénat et les fondations semblent avoir pris la main, il n'est pas inutile de rappeler tout d'abord que la défiscalisation en France est mécaniquement un financement par le contribuable de biens privés (à cet égard les Français imposés sont tous des mécènes) et ensuite que certaines institutions remplissent historiquement un rôle de premier plan. C'est le cas du Centre national des arts plastiques (CNAP) qui reçoit 7 millions d'euros de subvention du ministère de la Culture et de la Communication et dont 75 % du budget est dédié à l'enrichissement des collections.
Un an après la publication du nouveau décret qui redessine les contours de ses missions, et un an avant son déménagement pour une destination encore inconnue, le CNAP vit une période de transition sous la houlette de son directeur Yves Robert, nommé en 2014. Un changement d'autant plus intéressant qu'il s'agit d'une institution remarquablement stable qui, depuis près de deux siècles, encourage, acquiert et dépose en mille lieux la création de son temps. Une stabilité qui soulève néanmoins une question : comment demeurer contemporain ? Car la richesse des créations acquises (peintures, design, vidéo, sculpture, installation ou encore photo) se transforme en un patrimoine à entretenir qui ne doit pas peser sur la dynamique de soutien aux artistes actuels, en une période où il ne fait pas bon être dispendieux de l'argent public... de fait il s'agit bien de conjuguer par la force du temps l'ancien et le moderne.
Comment établir les priorités, ou maintenir l'équilibre entre la conservation et la restauration d'un côté et les acquisitions de l'autre ? La question se pose de façon singulière pour le CNAP qui n'est pas un musée. La réserve est pour le Centre un espace de permanente mobilité des oeuvres, celles-ci une fois déposées restent sous sa responsabilité et sa vigilance. De même le CNAP n'est pas un centre d'art avec un lieu dédié où valoriser son action : musée sans vitrine, centre d'art sans cimaise, le CNAP est une structure vouée à l'action. C'est là sa profonde singularité : miser sur l'avenir en soutenant les artistes d'aujourd'hui, et agir avec profit pour constituer un patrimoine que l'histoire de l'art saura reconnaître. À une époque où tout se juge à la santé du «marché», l'héritage de cette politique artistique d'un état centralisé qui dépose massivement ses acquisitions est sans comparaison dans le monde. L'image du CNAP reste celle d'un bras armé du ministère de la culture en matière d'aide à la création, pourtant son horizon est à la fois plus large et plus lointain et peut profiter aux domaines de la conservation comme de la recherche en histoire de l'art.
Qu'y a-t-il de commun entre le portrait de Bonaparte Premier Consul par Antoine-Jean Gros (1802) et une installation photographique intitulée PARTITIONS : FUKUSHIMA #2, de l'artiste française Aurélie Pétrel datée de 2015 ? Il ne s'agit pas là d'une confrontation comme le goût des anachronismes en a le secret, mais plus simplement de l'une des plus anciennes et l'une des plus récentes oeuvres du Fonds national d'art contemporain (FNAC) dont la gestion est assurée par le Centre national des arts plastiques. En plus de deux siècles donc - un premier service est mis en place dès 1791 - cette collection témoigne d'une certaine histoire des enrichissements nationaux. Sa stabilité n'a probablement d'égal que le caractère hétéroclite des pièces qui la compose.

(...)

Michel Poivert
Professeur d'histoire de l'art/photographie
Directeur de l'École doctorale 441 Histoire de l'art,
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne,
Institut national d'histoire de l'art (bureau 104)
2, rue Vivienne, 75002 Paris