Le New Deal français

Le New Deal français

Quatrième de couverture

Né aux Etats-Unis sous le mandat de Roosevelt, le New Deal a son pendant français. Engagé dans les dernières années de la IIIe République, prolongé sous le régime de Vichy, puis développé après la Seconde Guerre mondiale, ce mouvement réforma la France, notamment par le développement de la planification de l'économie, la naissance d'un système de protection sociale, la première vague de nationalisations, mais aussi la création d'une politique culturelle d'envergure.
A la Libération, la rénovation de l'Etat était certes inévitable, mais Vichy laissait en héritage tout un écheveau de concepts, d'initiatives et de pratiques. Contrairement à la vulgate, loin de rompre avec ces courants, la classe politique - gauche et droite - continuait de croire aux valeurs familiales, au culte des élites, à un Etat fort et interventionniste. La France de l'après-guerre ne fut pas ainsi entièrement neuve, puisée au creuset refondateur de la France libre conjugué au volontarisme gaullien. La modernisation du système, sans bouleversement des structures profondes, rendit possible la construction d'une république unique, politique et sociale, dans laquelle nous vivons encore pour une large part.
Au terme de cette démonstration originale et nuancée, portée par une plume inspirée, Philip Nord dresse un tableau novateur de la France contemporaine qui invite à un large débat.

Diplômé de Columbia et d'Oxford, Philip Nord est professeur à Princeton. Spécialiste de la France des XIXe et XXe siècles, il est l'auteur de plusieurs livres dont Les Impressionnistes et la Politique : art et démocratie au XIXe siècle.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Frédéric Mounier - La Croix du 18 août 2016

Extrait de Le New Deal français

Extrait de l'introduction

Approches de l'après-guerre

Une réputation malheureuse s'attache à la IVe République (1946-1958)1. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi. A la Libération, les espoirs largement partagés en un renouveau constitutionnel sont vite déçus. Porté à la présidence du gouvernement provisoire, le général de Gaulle veut rompre avec les usages parlementaires de la IIIe République au bénéfice d'un régime présidentiel fort. Mais les partis de gauche - socialiste et communiste - soupçonnent le général de penchants autoritaires et travaillent à l'échec de son projet. Leurs manoeuvres ont deux conséquences. Tout d'abord, la réforme constitutionnelle à laquelle aspiraient tant de résistants n'aura pas lieu. La IVe République, comme la IIIe avant elle, sera dominée par le Parlement. Par ailleurs, ces querelles politiques poussent de Gaulle à se retirer de la vie publique en janvier 1946. Au cours des années suivantes, ses partisans compteront parmi les adversaires les plus turbulents des institutions du nouveau régime.
Dès l'irruption de la guerre froide, la gauche se divise à son tour. Après avoir participé aux coalitions gouvernementales dans l'immédiat après-guerre, les communistes se voient retirer leurs portefeuilles en 1947. Eux aussi deviennent des ennemis acharnés du statu quo parlementaire. Le régime se trouve alors assailli de tous côtés, situation qui rend problématique la formation de majorités parlementaires stables. Les présidents du Conseil se succèdent à un rythme soutenu, comme au temps de cette IIIe République que personne ne regrette.
Dans les années cinquante, avec le retour de la prospérité, la IVe République trouve une nouvelle vigueur. Elle ne lui suffira pourtant pas à surmonter les crises liées à la décolonisation.
A peine la Seconde Guerre mondiale prend-elle fin que la France doit faire face à une opposition armée dans son empire, en Indochine, d'abord, puis en Algérie. La République parvient à régler le conflit vietnamien mais elle ne mobilisera jamais la volonté politique suffisante pour mettre un terme à la guerre d'Algérie. En 1958, en Afrique du Nord, des conspirateurs de droite, redoutant que les autorités civiles, à Paris, ne montrent pas la fermeté nécessaire pour protéger les intérêts coloniaux de la France, passent à l'initiative. Es prennent le contrôle d'Alger. Quand des éléments de l'armée rallient l'insurrection, la métropole est menacée. De Gaulle, assurant son rôle d'homme providentiel, sort de sa retraite. Les militaires sont ravis de lui confier le pouvoir, une majorité du Parlement aussi. Il va aussitôt l'exercer tel qu'il l'entend.
De Gaulle liquide la IVe République et s'attelle à mettre en place le régime présidentiel qu'il appelle de ses voeux depuis longtemps. Bon gré mal gré, il assume la rupture avec l'Algérie et engage la France dans une nouvelle voie postcoloniale. Il règle les grands problèmes - constitutionnels et coloniaux - sur lesquels butait la IVe République et instaure un nouvel ordre politique qui, pour l'essentiel, prévaut encore aujourd'hui. La Ve République instaurée par de Gaulle n'a pas encore atteint les soixante-dix ans de la IIIe mais tout porte à croire qu'elle peut égaler cette durée de vie.