L'Algérie, terre de tourisme : histoire d'un loisir colonial

L'Algérie, terre de tourisme : histoire d'un loisir colonial

Quatrième de couverture

Un pays où l'on peut à la fois skier et randonner dans de sublimes massifs montagneux, se baigner sur une côte que l'on dit turquoise, découvrir une culture authentique dans des villages préservés, à proximité de luxueux palaces construits au milieu du désert... Qui se souvient aujourd'hui que l'Algérie fut autrefois décrite comme la Californie française ?
Pourtant, dès le XIXe siècle et jusqu'à l'indépendance, elle fut une destination prisée, qui enthousiasma les voyageurs de l'Europe entière. Véritable paradis touristique, célébrée par les peintres orientalistes et les somptueuses affiches des compagnies maritimes, elle accueillait jusqu'à 120 000 vacanciers au début des années 1950.
Mêlant histoire culturelle et économique, Colette Zytnicki propose une vision inédite de cette Algérie disparue. À travers l'invention d'une terre de tourisme, c'est un pan inexploré de la colonisation qui se dévoile.

Colette Zytnicki est professeur émérite de l'Université Toulouse-Jean Jaurès et rédactrice en chef d'Outre-Mers. Revue d'histoire. Ses travaux portent actuellement sur l'histoire culturelle et sociale du Maghreb colonial.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Nathalie Funès - L'Obs du 1er septembre 2016

Extrait de L'Algérie, terre de tourisme : histoire d'un loisir colonial

Extrait de l'introduction

Il peut paraître étonnant de s'intéresser au tourisme en Algérie à la période coloniale : le débarquement de la flotte française en 1830 sur les côtes de Sidi Ferruch inaugure un temps de tension, de violence perpétuelle, plutôt que de loisirs et de farniente. Traiter cette époque, entre 1830 et 1962, c'est évoquer les guerres de conquête et de libération, l'injuste statut politique et économique sous lequel vivaient ceux que l'on appelait les «indigènes» au sein d'une société hiérarchisée et clivée ; c'est faire surgir l'image des villages de montagne razziés par les troupes coloniales et des bidonvilles ceinturant les grandes cités. Mais l'Algérie de cette période renvoie également aux somptueuses affiches des compagnies maritimes (collectionnées aujourd'hui par les amateurs de part et d'autre de la Méditerranée) vantant les douceurs et les beautés de la colonie, les hôtels de Biskra, l'éclat de la Côte Turquoise, les randonnées dans les gorges de la Chiffa ou les joies de la glisse à Chréa.
En effet, au XIXe siècle, tout est mis en oeuvre pour que l'Algérie soit une terre de tourisme. Dans les années 1870 et 1880, Alger devient un centre d'hivernage prisé par la bonne société internationale, avant d'être quelque peu éclipsée par Biskra, la Reine des Zibans, cette plaine située entre l'Adas et le Sahara. Au siècle suivant, s'y développent des stations balnéaires et même de sports d'hiver, où se retrouvent les citadins des grandes villes européennes. Dès la Belle Époque, les gouverneurs généraux qui se succèdent à la tête de la colonie, les élus, les dirigeants des compagnies de transport et les milieux d'affaires locaux misent sur le tourisme, sans oublier les militaires dont le rôle est déterminant. Ainsi de nombreux acteurs veulent faire de l'Algérie une destination prisée des touristes et entraîner les habitants dans leur entreprise.
Au sein de l'Empire français, les hiverneurs vont de Nice à Alger, les randonneurs du Touring Club de France ou de Tourisme et Travail, qui propose des loisirs aux classes populaires, viennent passer un été dans la colonie, des comités, des syndicats d'initiative et des associations d'excursionnistes se multiplient. Des relations s'établissent également entre les colonies d'Afrique du Nord. Le Maroc, sous domination française depuis 1911-1912, se lance dans l'aventure touristique et puise ses modèles dans l'Algérie voisine. Les syndicats d'initiative s'organisent à l'échelle de l'Afrique du Nord. La Société des voyages et des hôtels nord-africains, filiale de la Compagnie générale transatlantique, crée un réseau hôtelier couvrant tout le Maghreb. Enfin, dans les années 1930, le tourisme saharien contribue à relier les deux parties de l'Afrique française, et ainsi à renforcer une vision et une réalité impériales.