Le choix de l'insoumission : entretien biographique avec Marc Endeweld

Le choix de l'insoumission : entretien biographique avec Marc Endeweld

Quatrième de couverture

S'entretenir avec Jean-Luc Mélenchon, c'est raconter un engagement politique dont l'histoire commence en 1968 et traverse les heures chaudes de la gauche au pouvoir et dans l'opposition, des mouvements sociaux, des décolonisations, de la chute du Mur et de l'émergence de la globalisation du capitalisme. Autant d'expériences marquantes pour qui veut rester ancré dans la quête d'un autre futur possible pour le monde.
Une exigence plus forte que tous les conforts de situation auxquels il a renoncé en quittant le PS en 2008. Ici l'insoumission est autant un programme qu'un choix de vie personnel. Ce livre écrit avec le journaliste Marc Endeweld nous fait découvrir le parcours d'un homme passionnément engagé, élu, ministre, brillant orateur et écrivain, qui politise tout ce qu'il touche. On y croise des personnages et des situations qui ont bouleversé la fin du siècle précédent et l'aube de celui-ci.
On y saisit aussi la vision de la France et du monde qui inspire un projet politique pour les temps qui viennent. Engagé dans la construction d'un nouveau mouvement politique en France pour mener une révolution citoyenne, Jean-Luc Mélenchon obtint plus de 11% et quatre millions de suffrages à l'élection présidentielle de 2012. Combien en 2017, pour celui qui se veut désormais le porte-parole des "insoumis" ?

Jean-Luc Mélenchon. Député européen (Front de Gauche), fondateur du Parti de Gauche et candidat du Front de gauche à la présidentielle en 2012.

Marc Endeweld est grand reporter à Marianne. Et auteur de France Télévisions Off the Record (2010) et L'Ambigu monsieur Macron (2015) chez Flammarion.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Mathieu Dejean - Les Inrocks, septembre 2016

Extrait de Le choix de l'insoumission : entretien biographique avec Marc Endeweld

Du déracinement à l'envol

MARC ENDEWELD. Tout commence par Tanger... Vous y êtes né le 19 août 1951, un «espace tellurique», selon vous, entre Atlantique et Méditerranée.

JEAN-LUC MÉLENCHON. Je suis né entre l'Océan et la Méditerranée, entre deux caps, le cap Spartel, qui donne sur l'Atlantique, et le cap Malabata, sur la Méditerranée. Les promenades familiales du dimanche étaient à l'un ou à l'autre cap. On se demandait chaque fois si l'on préférait se baigner dans l'eau calme de la Méditerranée, ou dans les eaux agitées de l'Atlantique. Car depuis le cap Spartel, il y a 70 kilomètres d'un seul tirant de plage, avec les énormes rouleaux de l'Atlantique. Ceux-là ne me quittent plus : ils sont restés bien présents dans ma mémoire jusque dans mes cauchemars d'homme. Quand j'ai de la fièvre, ou que ça va mal, je continue à voir les vagues immenses battre les rochers du cap Spartel. L'Atlantique, c'est la force, la brutalité, et l'immensité d'un horizon sans limite au regard.
Les gens qui naissent au bord de la mer savent ces choses-là. L'espace infini et l'horizon, où la mer et le ciel se touchent, exercent une sorte d'attirance irrépressible, une fascination qui agite sans cesse l'esprit : on voudrait voir ce qu'il y a ensuite, après, au-delà de ce qui se voit. C'est ancré en nous ! Nous sommes des êtres «inquiets», comme dit le philosophe Blaise Pascal, c'est-à-dire, au sens littéral, qui ne peuvent rester tranquilles. Naître au bord de la mer, c'est savoir dès l'enfance qu'on aura une vie d'Ulysse, se savoir promis à une Odyssée, pressentir que l'errance nous construira. Se poster au bord de l'Océan, c'est entrer tout de suite dans une dimension épique de l'existence. D'autant qu'au cap Spartel, il y a la grotte d'Hercule ! Et comme chacun sait, Hercule a séparé l'Afrique de l'Europe, d'un coup de pied, depuis cette grotte.
Quand on allait côté Méditerranée, on apercevait l'Europe. Depuis la plage de Tanger en ville, qui est côté Méditerranée, par beau temps, on voit Gibraltar. Le détroit fait à peine 13 kilomètres de large. Côté Méditerranée, il y avait quelque chose d'un peu plus intime et pour ainsi dire familial. Quand on allait au cap Malabata, on passait par un bois sacré romain. J'ai toujours su qu'il était sacré, parce qu'il y avait une sorte de frémissement de l'air que je reconnais depuis lors entre tous, une sorte de douceur, de tranquillité, de gravité, qui m'a toujours semblé être attachée à la majesté du monde méditerranéen. Une matrice de la dignitas et gravitas que l'on attendait du sénateur romain. J'ai gagné un prix de déguisement à 5 ans à Tanger vêtu avec la toge à bordure rouge du législateur antique. Et n'ai-je pas été élu sénateur ensuite, le plus jeune de l'histoire de notre République ? Ma vie est pleine de ces miroitements de situations, de ces plis du temps dont les bords éloignés se touchent parfois pour faire comme des refrains. De ce bois d'alors à ma vie telle qu'elle s'est faite, il y a ce coup de pied d'Hercule qui sépare les continents. Tant de gens sont préoccupés de racines et de continuité. Je crois au futur tout neuf, là-bas sur l'horizon de l'Océan, par exemple dans ce «nouveau monde» que je continue à nommer de cette façon chaque fois que je traverse l'Atlantique. L'univers du bois magique et de la grotte d'Hercule n'est pas le patron de mon existence comme on le dirait d'un projet d'habit qu'il faudrait réaliser en suivant le dessin fait par autre que soi. Non, j'y pense comme à un simple titre de transport pour monter sur le bateau. J'ai embarqué.

D'où l'on vient, ce n'est pas une question ?

(...)