Les écueils du féminin dans les deux sexes

Les écueils du féminin dans les deux sexes

Quatrième de couverture

SOUS LA DIRECTION DE JEAN-MARC CHAUVIN
(AVEC LE CENTRE DE PSYCHANALYSE RAYMOND DE SAUSSURE DE GENÈVE)

Pour Freud, il n'y a qu'un seul sexe, le masculin, et il ne changera pas de convictions au cours de son oeuvre. Champ mystérieux, inconnu, caché, continent noir ou terra incognitae : telles sont ses représentations de la féminité. Il rapporte l'interminable de certaines cures à l'importance qu'occupe le féminin dans les deux sexes : l'envie du pénis chez la femme, la position passive de l'homme.
Comment en est-il arrivé à ces sombres conclusions ? Quelle est l'influence de l'empreinte maternelle dans ce refus ? Quel est l'impact de cette théorie phallocentrique sur la perception du féminin ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles se sont confrontés des psychanalystes de divers horizons. A la faveur de contributions claires et fortement étayées, ils nous permettent de mieux comprendre les enjeux inconscients que révèle le féminin par-delà la différence des sexes.

Extrait de Les écueils du féminin dans les deux sexes

Extrait de l'introduction de Jean-Marc Chauvin

Ce livre est le témoignage d'un cycle de conférences qui se sont tenues à Genève dans le cadre des activités scientifiques du Centre de psychanalyse Raymond de Saussure, d'octobre 2013 à juin 2015.
Les conférenciers étaient invités à donner leur point de vue sur l'une des préoccupations ultimes de Freud concernant les résistances au changement dans l'analyse. En effet, au terme d'«Analyse avec fin et analyse sans fin», Freud, pessimiste, rapporte l'interminable des cures à l'importance qu'occupe le féminin dans les deux sexes : l'envie du pénis chez la femme et la position passive chez l'homme. Il renvoie ces obstacles au «roc d'origine» (Der gewachsene Fels), thème hors psyché, devenu écueil biologique indépassable.
Comment Freud en est-il arrivé à ces conclusions sombres concernant le féminin dans les deux sexes ? Quelle est l'influence de l'empreinte maternelle primaire, dans les deux sexes, dans ce refus du féminin, projeté sur le biologique ? Et quel est l'impact actuel de sa théorie phallocentriste sur la perception du féminin, sur la théorie générale de la différence des sexes et finalement l'écueil alarmant «d'analyse sans fin» ?
Tels sont les points que nous avons souhaité mettre au travail avec nos différents intervenants.
Depuis Dora jusqu'au début de sa XXXIIIe conférence sur «La féminité», la question du féminin taraude Freud, lui qui écrit, en 1932 : «De tout temps les hommes se sont creusé la tête sur l'énigme de la féminité.» Ses conclusions étaient déjà décriées à son époque. Pour Freud, il n'y a qu'un seul sexe, le masculin, et il ne changera pas de point de vue au cours de son oeuvre. C'est assez rare pour le remarquer.
Ainsi, le développement psychique de la fille est au début semblable à celui du garçon, c'est seulement plus tard que leur chemin se sépare. Freud dégage de nombreux aspects actifs comme masculin et passifs comme féminin, mais attire l'attention sur le fait que ces deux mouvements pulsionnels ne recouvrent en aucun cas les définitions limitées au masculin ou au féminin. Champ mystérieux, inconnu, caché, un «continent noir» ou une terra incognita, telles sont les descriptions de Freud sur la féminité. Car, pour lui, la différence des sexes est «la différence la plus surprenante et la plus fondamentale parmi toutes les autres différences entre les gens» et «la plus grande différence entre la vie organique et non-organique».
Freud nous rappelle que le biologique constitue le fondement sur lequel s'étaie le développement psychosexuel dont la grande complexité caractérise l'émancipation originale du genre humain. Ultérieurement, l'écart entre les deux sexes impose sa logique sommaire : «Y'a ou y'a pas !» Cette dissymétrie perceptive et anatomique, binaire, phallique dans les deux cas par sa simplicité, se transfère sur le devenir de la psychosexualité du genre. Déclinant les destins du dark continent, le texte de Jacques André «L'écueil ou l'abysse» illustre la figure du féminin ouvert ou fermé, ici refusant la castration. L'auteur interroge les conditions d'épanouissement de la différence des sexes sur le fond du cadre anthropologique permettant l'ouverture à la symbolisation.