Médecin en Afghanistan : journal de marche d'un médecin militaire ordinaire en opération extérieure

Médecin en Afghanistan : journal de marche d'un médecin militaire ordinaire en opération extérieure

Quatrième de couverture

Etienne PHILIPPON, ancien élève de l'École du service de santé des armées de Bordeaux (Santé navale), est médecin militaire dans l'armée de Terre.

Tombeau des empires, l'Afghanistan a été pendant plus d'une décennie un théâtre d'opération difficile et particulier où les militaires français ont accompli admirablement leur devoir loin de chez eux. Certains l'on payé de leur vie. Ce conflit a suscité de nombreux ouvrages et pour la première fois, un médecin militaire français fait part de sa vision du terrain.

Engagé en Afghanistan d'octobre 2010 à avril 2011, le médecin en chef Etienne Philippon décrit dans son journal avec spontanéité et franc-parler le quotidien de sa mission. Écrit sur le vif et au fil de l'eau, ce récit offre un regard précis sur les événements avec un style alliant tact, pudeur, humour et franchise. Il nous confie ce qu'il ressent et nous invite à partager l'intimité de l'équipe opérationnelle de liaison et d'encadrement (OMLT) d'un bataillon afghan déployé en Surobi et en Kapisa. Il explique sans détour le sens de son action de soutien médical et de formation d'une section médicale afghane, le rôle particulier du Service de santé des armées en tous lieux et en toutes circonstances au service et avec les combattants et décrit avec détails et humanisme comment il vit sa mission au quotidien. Il montre la force et la faiblesse de cette nouvelle armée et, à travers elle, décrit la société afghane. Ce livre propose l'histoire de ces hommes envoyés loin de chez eux pour conseiller et appuyer sur le terrain cette jeune Armée nationale afghane pour plus de stabilité.

Le docteur Etienne Philippon nous raconte sans détour sa mission ainsi que son baptême du feu avec la découverte pour lui du sens des mots "frères d'armes". Il raconte son quotidien de soldat et fait partager son expérience opérationnelle vécue dans ce pays, mais aussi ses réflexions, ses doutes, ses souffrances et ses satisfactions. Une aventure humaine d'un père de famille, médecin portant l'uniforme.

Les droits d'auteurs de ce livre sont reversés à l'association Terre Fraternité.

Extrait de Médecin en Afghanistan : journal de marche d'un médecin militaire ordinaire en opération extérieure

Vers un lointain pays

L'arrivée à Kaboul

Ce 15 octobre 2010 à 15h29 locale, notre A340 de la République pose ses trains d'atterrissage sur la piste de l'aéroport international de Kaboul (Kaboul international airport : KAIA) et roule vers l'aérogare militaire. En France, il est 13 heures, c'est le début du journal télévisé de Jean-Pierre Pernaud sur TF1.
Nous sommes 56 hommes qui formons l'«OMLT» 3 (OMLT veut dire operationnal mentoring and liaison team : équipe opérationnelle de liaison et d'encadrement). Il s'agit de cinq équipes de six militaires chargées chacune de «mentorer» une compagnie afghane (une coy), du soutien et d'un petit état-major chargé de mentorer l'état-major d'un bataillon de l'armée afghane pendant six mois. Chaque coy se compose d'un officier chef de coy, de deux sous-officiers «d'infanterie» et de trois spécialistes : un soldat transmetteur, un sous-officier génie-combat et un infirmier ou un auxiliaire sanitaire. Attention, nous ne sommes ni des commandos (moi le premier) ni des pantouflards, quoique parfois cela puisse être agréable.
Nous allons «mentorer», c'est-à-dire instruire, soutenir, conseiller, former et appuyer avec nos moyens modernes le kandak 2 de la 3e brigade du 201e corps de l'Armée nationale afghane (ANA) dans la conduite de ses opérations. Ce jeune bataillon est sorti début octobre d'une période de deux mois de formation initiale à Kaboul. Il est équipé de A à Z (cela représente 23 millions de dollars !) par les Américains, comme tous les kandak de l'armée afghane : l'ANA doit passer en effet progressivement d'un effectif de 2 000 soldats en 2002 à 170 000 en 2011. Avant leur déploiement sur le terrain, les militaires afghans reçoivent une formation initiale en «école», les Américains se chargeant schématiquement des militaires du rang, les Anglais des sous-officiers et les Français des officiers. Ensuite le kandak formé reçoit à son tour une formation collective de deux mois dans un grand camp militaire à la périphérie de Kaboul.
Notre détachement est composé de cadres et de quelques militaires du rang. Ils appartiennent principalement au 4e régiment de chasseurs de Gap et sont donc des cavaliers des troupes de montagne. Il y a aussi quelques chasseurs du 13e bataillon de chasseurs alpins de Chambéry, quelques artilleurs du 93e régiment d'artillerie de montagne de Varces, quelques démineurs du 2e régiment étranger du génie de Saint-Christol et d'autres forment le soutien médical et viennent de diverses unités en métropole. L'essentiel des personnels du détachement sert donc au sein de la 27e brigade d'infanterie de montagne. Ces militaires, aguerris aux conditions climatiques froides, connaissent bien les contraintes du combat en montagne.
Notre chef est le lieutenant-colonel Aumonnier, officier saint-cyrien de 40 ans, charismatique, au contact facile, sûr de lui au bon sens du terme et qui suscite d'emblée l'adhésion par sa profonde humanité et son sourire. Breveté de l'École de Guerre, il est le chef du bureau opérations du 4e régiment de chasseurs.
Après avoir posé ma première semelle sur le tarmac de Kaboul, ma préoccupation est de savoir si je vais pouvoir croiser mon frère cadet, capitaine dans l'arme du Train (et c'est important «la log» !) qui reprend notre avion dans l'autre sens pour la France (peut-être à ma place d'ailleurs...). Parti début avril, il vient en effet lui aussi de passer un peu plus de 6 mois en Afghanistan à la tête de l'unité multi-logistique du bataillon logistique français à Kaboul. Ses 120 «tringlots» avait pour mission l'acheminement de tout ce qui est nécessaire et imaginable pour faire la guerre, depuis le débarquement du fret des avions ou des camions ayant traversé le Pakistan voisin jusqu'aux différentes bases de la zone de responsabilité française, la province de Kapisa et le district de Surobi, situées entre 80 et 100 kilomètres à l'est de Kaboul.
Il fait doux à cette heure-là. Au loin, on voit quelques montagnes. On aperçoit aussi des hélicoptères militaires revenant de mission. Dire que nous sommes dans un pays en guerre !
(...)