Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi

Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi

Quatrième de couverture

Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi est une anthologie personnelle de Søren Ulrik Thomsen, reconnu parmi les plus importants poètes danois d'aujourd'hui. Le paysage urbain, l'expérience sensorielle du monde et les thématiques existentielles se nouent indissociablement dans son regard et dans sa voix. Une délicate attention aux détails et une curiosité pour l'ordinaire des jours ne cessent d'irriguer le cosmos minimal de chaque poème.

Dans une lumière feutrée, à travers une langue qui semble puiser son pouvoir de résonance et d'émotion dans sa simplicité même, le poème ouvre un espace où la sensation et la pensée s'effleurent, où le silence et la voix s'offrent amoureusement l'un à l'autre. Sous l'écho assourdi d'une tendresse veinée de mélancolie, cette poésie ne circule dans les parages de l'élégie que pour se diriger ailleurs. Ne forçant ni les mots ni les choses, Søren Ulrik Thomsen ne nous force ni la main ni le coeur. C'est bien à la vie qu'il nous invite plutôt, la vie qui se dévoile à nous à travers «les petites cabanes bancales des poèmes».

La radio a capté une station lointaine
où un choeur d'enfants
dans une langue qui doit être du russe
lit quelque chose qui doit être de la poésie
et pourrait sonner comme une traduction
du poème que j'ai toujours rêvé d'écrire.

S. U. T.

SØREN ULRIK THOMSEN
Søren Ulrik Thomsen, membre de l'Académie danoise, est l'un des poètes danois des années 80 appelés Nouveaux Lyriques. En 2014 ont été publiées au Danemark ses oeuvres complètes. Anthologie personnelle, Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi est la première traduction en français de Søren Ulrik Thomsen.

PIERRE GROUIX
Né à Nancy en 1965. Poète, romancier, essayiste, on lui doit également des traductions du suédois de Finlande, du danois, du norvégien commun et dialectal : entre autres, Joseph Julius Wecksell, Michael Strunge, Knut Hamsun, Tor Jonsson, Knut Ødegård et Bo Carpelan.

Extrait de Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi

Vivant

l'eau de pluie coule
le long de mon bras
je suis vivant
le téléphone sonne
le combiné est froid dans la main
je suis vivant
je pleure
pose ma main
sur mon cou
je suis vivant
le portail claque
les autos murmurent derrière le mur
je suis vivant
mes vêtements sont crasseux
l'eau bout
je suis vivant
me languis de ta voix
absente
me cogne à la table
je suis vivant
me souviens du parfum
dans son appartement
le vent à la gare du port
je suis vivant
je trouve de vieux poèmes
des lettres des souvenirs