La spirale du déclassement : essai sur la société des illusions

La spirale du déclassement : essai sur la société des illusions

Quatrième de couverture

Notre civilisation de classe moyenne est à la croisée des chemins. Alors qu'elle définissait le projet des démocraties modernes, elle fait face à des défis majeurs. La recristallisation en masse des inégalités, la mobilité descendante, l'écrasement du pouvoir d'achat des salaires relativement aux prix des biens immobiliers, la paupérisation de cohortes entières de jeunes surdiplômés et la globalisation porteuse d'une montée aux extrêmes de la concurrence forment ensemble une spirale de déclassement aux effets potentiellement dévastateurs.
Les inégalités de classes et la fracture des générations se renforcent mutuellement : à raison de la dynamique de repatrimonialisation, les écarts au sein des nouvelles générations sont appelés à se radicaliser. Ce sont autant de phénomènes dissimulés sous le voile du déni, qui risquent de réduire à néant l'ambition de laisser à nos enfants un monde meilleur.
À partir de données et de comparaisons internationales inédites, Louis Chauvel récuse ici les illusions qui aggravent nos maux. Car les dénégations qu'on oppose aux difficultés réelles des classes moyennes et populaires, des jeunes et de pans entiers de la société ne font qu'aiguiser les frustrations et un ressentiment général dont la traduction politique s'exacerbe.

Louis Chauvel, professeur à l'université du Luxembourg, est chercheur associé à Sciences Po (Observatoire sociologique du changement) et membre honoraire de l'Institut universitaire de France. Il est aussi senior scholar au Luxembourg Income Study (LIS).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Maud Vergnol - L'Humanité du 29 septembre 2016
Pascal Riché - L'Obs du 8 septembre 2016

Extrait de La spirale du déclassement : essai sur la société des illusions

«Inutile de dire qu'une civilisation qui laisse insatisfaits un si grand nombre de ses membres et les pousse à la rébellion n'a pas d'espoir de se maintenir durablement, et d'ailleurs ne le mérite pas.»
Sigmund Freud, L'Avenir d'une illusion, 1927
(trad. Bernard Lortholary, Seuil, 2011).

Sombre avenir. Nos sociétés refusent de regarder leurs maux en face, préférant ignorer pour l'instant des souffrances qui pourraient bientôt empirer avant de nous emporter. Cet ouvrage établit un diagnostic désagréable : le creusement des inégalités, évident si nous considérons le rôle du patrimoine, conduit une partie des classes moyennes et des générations nouvelles à suivre les classes populaires sur la pente de l'appauvrissement, entraînant une spirale générale de déclassement. Particulièrement visible en France, ce processus condamne à terme l'idéal de société qui fut le nôtre, celui d'une «civilisation de classe moyenne» confiante dans sa capacité de transmettre aux générations suivantes un monde en progrès. Il ne s'agit pas ici de s'apitoyer sur les inégalités nouvelles porteuses de glissements de terrain au bas de l'édifice social, mais d'en comprendre les mécanismes. Nous devons saisir le sens et les conséquences de la reconstitution de la verticale du pouvoir socio-économique - ce que d'autres appellent la pyramide sociale - qui avait été aplanie au temps de la croissance rapide et de la société salariale : les inégalités naguère fluidifiées se recristallisent désormais en masse. Il faut sonder les dimensions constitutives de la repatrimonialisation, ce processus de reconstitution de l'accumulation de richesses qui radicalise les écarts entre héritiers protégés par leurs espérances patrimoniales et simples détenteurs de diplômes dépréciés sur le marché de l'emploi. La fracture des générations ne s'oppose pas ici aux inégalités de classes puisque les deux dynamiques se renforcent et font système.
Les changements d'échelle de notre monde sont des phénomènes sourds et invisibles, et pourtant d'une lourde signification pour ceux qui les vivent. Pour ne prendre qu'un exemple, en termes d'inégalités dynamiques, au rythme de croissance d'alors, les ouvriers des années 1950 étaient situés à trente ans d'intervalle du niveau de vie des cadres, alors qu'en 2013 ils sont distants de plus d'un siècle. Ces phénomènes presque aussi insensibles que la dérive des continents laissent présager les cataclysmes de ce siècle, autrement dit l'éclatement des tensions sociales que les évolutions en cours aiguisent inexorablement.
Ce travail n'est pas un exercice de prospective, il s'intéresse à un processus déjà engagé, difficile à enrayer, certainement, mais qui devrait devenir une fatalité si nous persistons à l'ignorer. Ce processus concerne avant tout les nouvelles générations qui, aujourd'hui comme hier, sont les premières portées sur le front de la guerre économique. Cette guerre, qui n'est pas nouvelle, compte ses vétérans, invalides à leur façon, qui nous révèlent les cicatrices laissées par les traumatismes sociaux à l'oeuvre, vraisemblablement à perpétuité.