L'indicible de A à Z

L'indicible de A à Z

Quatrième de couverture

Lola, 28 ans, était allée écouter un concert de rock avec l'une de ses amies. C'était au Bataclan, le vendredi 13 novembre.
Le père de Lola, Georges Salines, a réagi à l'indicible en écrivant chaque jour quelques mots. Un abécédaire dans lequel il raconte : A comme Absurde ou Amour, B comme Bataclan, Beauté ou Billy le chat, C comme Colère ou Coupables, P comme Paradis, R comme Radicalisation, T comme Terrorisme ou encore V comme Vérité ou Vivre.
Peu à peu se dessine un texte exceptionnel : plus qu'un témoignage, plus qu'un poème et plus qu'un récit, il est tout cela à la fois. Parfois drôle, parfois déchirant, toujours beau dans sa simplicité, L'Indicible de A à Z donne une grande leçon de vie, de paix, de sérénité.

Georges Salines est médecin, spécialiste de santé environnementale et président de l'association 13 Novembre : fraternité et vérité.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Marie Barbier - L'Humanité du 27 octobre 2016
Violaine de Montclos - Le Point, septembre 2016

Extrait de L'indicible de A à Z

ABSURDE
Lola aurait eu 29 ans le 6 décembre 2015. Elle a été assassinée par des terroristes, le vendredi 13 novembre, alors qu'elle assistait au concert du groupe de rock californien Eagles of Death Métal au Bataclan, dans le XIe arrondissement de Paris. Quatre-vingt-neuf autres spectateurs de ce concert ont été tués au même endroit et en tout cent trente personnes ont perdu la vie dans les attaques qui sont survenues à Paris et à Saint-Denis ce soir-là. Près de cinq cents ont été blessées. Plus de mille ont été traumatisées. Comment quelqu'un a-t-il pu penser que ce massacre pourrait faire avancer sa cause ? Comment des jeunes gens de l'âge de ma fille ont-ils pu la tuer, et en tuer tant d'autres en riant et en plaisantant (comme me l'ont rapporté des témoins directs), sachant qu'eux-mêmes allaient mourir mais imaginant sans doute que cet acte les conduirait au paradis ? Ma fille est morte pour rien, pour une illusion, pour une folie. C'est absurde.

AIMER
Tu aimais les livres, le cinéma, dessiner, voyager, le rock, danser, les enfants, Billy le Chat, la tarte au citron, la bière belge, prendre un brunch au Bouillon Belge, chanter en jouant du ukulélé, le roller derby, tes amis, ta maman, ton papa, tes frères, ton copain, tes copines, faire des bises, faire l'amour. Tu aimais la vie. Et tous ceux qui te connaissaient t'aimaient.

ALLAH
Allah Akbar ! {Dieu est grand !) criaient les tueurs du Bataclan. Cette exclamation est immédiatement identifiée en Occident comme un cri de guerre des terroristes islamistes, mais en Orient, c'est une expression banale, employée dans de multiples occasions de la vie. Par exemple : Mahmoud, la jauge est presque à zéro, on n'aura jamais assez d'essence pour arriver à destination / Mahmoud, plus optimiste, estime qu'il y a une chance d'y arriver, avec l'aide de Dieu bien sûr, et répond : Allah Akbar / Simplement pour rappeler que le pire n'est jamais certain. Allah, ça veut juste dire Dieu en arabe. C'est la même racine que El, Eli, Eloi, Elohim (pluriel), que l'on trouve dans la Bible et dans des noms comme Raphaël (Dieu guérit), Samuel {Son nom est Dieu), Israël... Et le mot Allah est employé aussi bien par les chrétiens arabophones, en Égypte, en Irak ou en Syrie, que par les musulmans.
Si Dieu existe, j'espère qu'il a une bonne excuse. La phrase de Woody Allen est tellement connue que la citer est presque une faute de goût, mais elle me paraît appropriée aux circonstances. A la question : Que diriez-vous à Dieu si vous le rencontriez ? Amin Maalouf avait répondu, paraphrasant Mme Roland : Je lui dirai : Seigneur, que de crimes on commet en ton nom !
Dieu, Allah, Jahvé... D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais cru en Son existence. Plus j'ai réfléchi sur le phénomène religieux, plus j'ai lu les textes sacrés et les textes profanes, qu'ils soient critiques ou apologétiques, et moins l'existence de Dieu m'est apparue vraisemblable. J'ai rencontré bien des croyants intelligents, je les ai écoutés, je les ai respectés, mais je n'ai jamais pu les comprendre vraiment : un Dieu créateur de l'univers n'explique rien puisqu'on ne sait pas qui l'a créé, Lui ; un Dieu avec lequel on aurait un rapport personnel, à travers la prière par exemple, me paraît aussi plausible qu'un conte pour enfants ; un être qui pourrait à la fois créer l'univers et s'occuper de nos petites affaires au quotidien me paraît encore plus invraisemblable. Certains penseurs qui parlent de Dieu utilisent en fait ce mot pour désigner tout autre chose que ce que l'immense majorité des croyants appelle Dieu : à savoir l'inconnaissable cosmique (Dieu, c'est le mystère de l'univers) ou une sorte de Dieu intérieur qui ferait la spécificité de l'homme et serait sa boussole morale (la foi en Dieu, c'est Dieu). Mais Dieu, au sens commun, n'existe pas, et personnellement, j'en suis plutôt rassuré, parce que s'il existait, ce serait le pire des salauds.