Les changements de noms de lieux et de prénoms en 1792-1793

Les changements de noms de lieux et de prénoms en 1792-1793

Quatrième de couverture

Quand la Terreur change les noms pour mieux changer les esprits...

La Révolution modifie dès 1792 les noms de lieux pour éliminer tout ce qui rappelait l'Ancien Régime ou fustiger les opposants : Toulon la rebelle devient Ville-Infâme, Marseille Ville-Sans-Nom... Dans chaque département, des dizaines de villes et villages changent de nom, parfois pour une appellation sans lien avec l'ancienne : Saint-Pierre-des-Corps près de Tours devient Clarté-Républicaine, Curé-d'Aunis en Charente se transforme en Tricolore...

Parfois, on sombre dans le ridicule : Grenoble est renommée Grelibre, Croix-Chapeau en Charente devient Pique-Chapeau, Saint-Martin en Corrèze Martin-sans-Culotte, pour ne citer que ces quelques cas. Parfois, le nom est changé par enthousiasme révolutionnaire, même si l'ancien n'évoque ni saint, ni roi, ni château : Buzançais se transforme ainsi en Fraternité-sur-Indre. Puis les communes reviennent à leurs anciens noms, certaines sous la Convention thermidorienne (1794-1795), d'autres sous le Consulat (1799-1804) et celles qui restent en 1814. Du moins en théorie, car un nombre finalement non négligeable de communes garde le nouveau nom, surtout quand l'ancien était mal sonnant.

Le calendrier de l'époque révolutionnaire connaît aussi des bouleversements majeurs, qui posent souci aux généalogistes et se répercutent sur les prénoms. Salsifis, Foin, Artichaut, etc. sont parfois imposés aux nouveau-nés par des officiers d'état civil trop zélés.

Pour vous y retrouver dans les appellations de l'époque et localiser un village ou pour mieux situer les dates et comprendre les prénoms, voici en un seul guide tous les changements de noms de l'époque révolutionnaire : ceux des lieux, des hommes et du calendrier.

Extrait de Les changements de noms de lieux et de prénoms en 1792-1793

Introduction

Sous la Terreur, les noms de lieux sont aussi fragiles que les têtes. On les modifie dès 1792 pour éliminer tout ce qui rappelle la religion, la royauté et les aristocrates ou pour désigner une ville royaliste à la vindicte républicaine : Toulon qui s'était révoltée devient Ville-Infâme, Marseille Ville-Sans-Nom...
Un décret du 25 vendémiaire an II [16 octobre 1793) officialise cette tendance : il incite les communes à changer leur nom si celui-ci rappelle «les souvenirs de la royauté, de la féodalité ou de la superstition». Dans chaque département, des dizaines de villes et de villages masquent ainsi ce qui peut fâcher : Saint-Michel-du-Bois efface son saint pour devenir Michel-du-Bois, Fontenay-le-Comte vire en Fontenay-le-Peuple, Arnay-le-Duc se change en Arnay-sur-Arroux, du nom de la rivière qui traverse la commune, etc. Mais dans de nombreux cas l'appellation choisie n'a aucun lien avec l'ancienne et cela pose problème à l'historien et au généalogiste comme au curieux de l'histoire de sa région : Saint-Pierre-des-Corps près de Tours devient Clarté-Républicaine, Curé-d'Aunis en Charente se transforme en Tricolore... L'imagination des édiles ne recule même devant aucun ridicule : Grenoble est renommé Grelibre, Croix-Chapeau en Charente devient Pique-Chapeau, Saint-Martin en Corrèze s'affiche en Martin-sans-Culotte, pour ne citer que ces quelques cas. Parfois, le nom est changé par enthousiasme révolutionnaire, même si l'ancien ne rappelait ni saint, ni roi, ni château. Buzançais se transforme en Fraternité-sur-Indre par exemple. D'autres fois, le changement est d'autant plus voulu qu'il est motivé par le refus d'un toponyme séculaire mais péjoratif. La nouvelle loi devient une occasion idéale de modification d'une dénomination vexante. Luçay-le-Chétif dans l'Indre devient ainsi Luçay-le-Mâle, une appellation plus facile à porter que la précédente.
Puis, progressivement, les communes reviennent à leurs anciens noms, certaines sous la Convention thermidorienne [1794-1795], d'autres sous le Consulat (1799-1804) et celles qui restent par une ordonnance royale du 8 juillet 1814 qui rétablit obligatoirement les toponymes d'avant 1790. Du moins en théorie, car un nombre finalement non négligeable de communes garde le nouveau nom, surtout quand l'ancien était mal sonnant.
Pour le généalogiste, ces changements de noms représentent une difficulté majeure. Comment reconnaître le lieu d'origine des ancêtres à travers ce masque ? Un premier réflexe consiste à ajouter Saint devant le lieu cité pour voir si l'on retombe sur un lieu connu. Le second réflexe est d'interroger un érudit local ou de se plonger dans les textes d'époque ou de zigzaguer sur de multiples sites Internet. Le troisième et le plus rapide est désormais d'ouvrir ce livre : il donne, par département, les anciens et les nouveaux noms pour les communes qui les ont modifiés et dont les appellations républicaines n'ont pas de ressemblances évidentes avec l'ancienne. S'y ajoute une courte introduction sur la création du département avec quelques informations sur l'histoire locale pendant la période de la Révolution et de l'Empire. Des anecdotes au fil des pages font ressortir les cas les plus cocasses ou les plus dramatiques.
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