L'empire : comment Vincent Bolloré a mangé Canal +

L'empire : comment Vincent Bolloré a mangé Canal +

Quatrième de couverture

Il a déjà fixé la date, le 17 février 2022, Vincent Bolloré léguera sa petite épicerie à sa dynastie. Du transport et de la logistique, du fioul et des batteries électriques, du plastique et des palmiers en Afrique. Et Havas. Et Vivendi. Et Canal+.
Depuis l'été 2015, l'homme d'affaires mène un raid sur le groupe crypté dont il a viré la quasi-totalité des dirigeants. Désormais, Vincent Bolloré fait sa loi à Canal+, et ça ne fait que commencer.

Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, connus aussi sous le nom des Garriberts, racontent avec humour et acuité le feuilleton de ce jeu de massacre. Ayant couvert les médias pendant 15 ans pour le journal Libération, ils ont une connaissance intime de ce milieu, et ont eu un accès privilégié à des sources qui n'ont pas l'habitude de parler.

Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts dirigeaient la rubrique «Écrans-Médias» à Libération, où ils ont vu naître des Hanouna et disparaître des PPDA, s'émietter les audiences et valser les patrons de chaînes. Ils font partie des fondateurs du site Les Jours, lancé en février 2016, où ils continuent de suivre la télé et les médias, et bientôt la politique. Ils ont déjà publié un livre consacré au JT de Jean-Pierre Pernaut, La Bonne Soupe (Les Arènes, 2007).

Extrait de L'empire : comment Vincent Bolloré a mangé Canal +

Les héros de l'Empire

Vincent Bolloré
64 ans, patron (de Vivendi, d'Havas, de Canal+...)

C'est le Saigneur de Canal+, le Dépeceur de Belmer, l'Étrangleur de Meheut, l'Éstourbisseur d'Aprikian, l'Égorgeur de DRH... Faut-il encore présenter Vincent Bolloré ? Allez : il a 64 ans et, le 17 février 2022, 200 ans après la création du groupe en 1822, il léguera son empire à ses enfants. Son empire ? Deux-trois bricoles : du transport, de la pub, de l'énergie, des Autolib, quelque trente filiales dont Vivendi, la maison mère de Canal+.

Rodolphe Belmer
47 ans, ex-numéro 2 de Canal+

Dire qu'il prend de la hauteur après son éviction de Canal+ tient de l'euphémisme : désormais, c'est dans l'espace qu'on trouve Rodolphe Belmer, nommé patron d'Eutelsat, l'opérateur de satellites européen. Il n'est pas interdit de penser qu'à 47 ans, celui qu'à Canal + tout le monde appelait «Rodolphe» se met là en réserve de la République en attendant des jours meilleurs. Quand il arrive en 2003 à la tête de Canal+, ça daube dans les couloirs : Belmer, après Procter&Gamble puis McKinsey, débarque du marketing. Mais il fait son chemin au sein de la chaîne cryptée, lance Le Grand Journal version Michel Denisot, développe les séries maison, rachète Direct 8 à Bolloré. Signant son propre arrêt de mort, puisque c'est par cette acquisition que Bolloré prendra le contrôle de Vivendi, et finira par virer Belmer.

Maxime Saada
46 ans, nouveau numéro 2 de Canal+

C'est une affiche de Scarface qui accueille le visiteur dans son bureau mais Maxime Saada tient moins d'Al Pacino que de John Turturro. Il a 46 ans, il a travaillé chez McKinsey, il a rejoint Canal+ côté marketing avant d'en devenir le numéro 2. Oui, son parcours est exactement le même que celui de Rodolphe Belmer dans les traces duquel Maxime Saada n'a cessé de marcher. Jusqu'à lui marcher dessus et le remplacer à la faveur de son éviction en juillet dernier. En plus de son poste de numéro 2 de Canal+, il vient de se voir confier Dailymotion, la plateforme de vidéos détenue par Vivendi. C 'est marrant, avant de se faire virer, Belmer aussi a pris du galon.

Alain De Greef
Défunt directeur des programmes de Canal+

Mourir en juin 2015, au moment des premières rumeurs de suppression des Guignols, être enterré le jour où Bolloré vire Belmer, et avoir des amis qui vous organisent une soirée d'hommage au soir d'un comité de management où Bolloré met en scène «une séance de terreur et d'humiliation», on ne peut pas retirer à feu Alain De Greef un certain sens du timing. Jusque dans sa mort, l'historique directeur des programmes de Canal+ aura pesé sur la chaîne, celle dont il a ciselé les programmes, fait naître des Guignols, des Nulle Part Ailleurs, des Groland... de 1984 à 2000. De Greef comparait le travail de programmateur avec celui d'un peintre : «S'il faut faire les Nymphéas avec uniquement du rouge et du noir, je le ferai. Comme je suis un provocateur, il m'arrive aussi de faire les Nymphéas avec du caca et du vomi.» C'est sûr qu'entre ça et Bolloré qui se targue de ne pas être un prix Nobel, il y a une légère baisse de niveau à Canal+.

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