Coluche

Coluche

Quatrième de couverture

Personnalité brillante et multiple, joyeuse, sincère et passionnée, Coluche a marqué une génération entière d'hommes et de femmes qui ont cherché à prendre leurs distances avec le cynisme d'une époque chic et un peu toc. De ses débuts au Café de la gare en 1970 à la création des Restos du coeur en 1986, l'homme, comme le comédien, s'est insurgé contre la bêtise, l'ignorance, l'injustice et la société de consommation. Icône populaire en salopette rayée, nez rouge et lunettes rondes, regard vif et voix stridente, il caricature les «beaufs», les incarne, s'en inspire et aime en rire. Ses archives et documents personnels sont ici dévoilés : la préparation de ses spectacles, ses «antisèches» et ses petits secrets, son univers et ses amis.

Cet ouvrage accompagne l'exposition rétrospective à la mairie de Paris du 6 octobre 2016 au 7 janvier 2017.

Extrait de Coluche

Extrait de l'avant-propos de Fabienne Bilal, Commissaire de l'exposition

Taille : 1,69 mètre. Pointure : 41. Poids : fluctuant, se stabilisant finalement plutôt dans la partie haute de la fourchette. Michel Colucci, dit Coluche (1944-1986) est certainement l'artiste comique de scène, de cinéma, de radio, de télé le plus populaire de la deuxième partie du XXe siècle. Celui qui voulait être clown devint bien davantage. Clown magnifique, mais transgressif, objecteur, provocateur, que rien ni personne ne pouvait arrêter. Petit retour en arrière : une salle pleine à craquer. Déboule en sautillant maladroitement un genre de gros bébé, de pingouin rebondi, accoutré d'une salopette qui tient plus de la grenouillère que du vêtement de travail et d'un T-shirt jaune assorti à des godillots de clown en parfaite adéquation avec la tête qu'il s'est faite, nez rouge, pommettes roses et coiffure façon montera de toréador frisée avec deux boursouflures là et là. Voilà donc l'allure de notre grand artiste du siècle ! Le gamin et le conquérant. L'espiègle et le franc-tireur. Le foutraque et le méthodique. Toujours deux en un ! Le gamin aimait le déguisement, adorait le ridicule, s'émerveillait. Le conquérant derrière ses costumes agitait, dénonçait, mettait le doigt là où ça fait mal.
Côté privé, on le revoit chevauchant de grosses motos rutilantes dont il prenait un soin infini [on lui en a connu des dizaines), coiffé de casques improbables peints naïvement et constant foulard au cou. Ses blousons de cuir achetés d'abord aux puces, puis, la réussite aidant, faits sur mesure, étaient indiscutablement choisis. Tout comme ses bottes... La voiture ? Une autre passion. Belles américaines. Joyeuses aux couleurs des bonbons pastel de l'enfance, ou élégantes beurre frais et vanille, beiges, noires et sellerie rouge... Vous l'aurez compris, Coluche était raffiné, il aimait l'élégance, avait le sens du détail. Sa famille, sa tribu... étaient ses repères, son miroir, son air indispensables. Il aimait les autres, particulièrement les moins chanceux, au point d'en faire le thème récurrent de ses sketches. Il les aimait parce qu'il en venait, disait-il. C'est pourquoi il profitait de la vie avec démesure.
Les cadeaux à ses amis, à lui-même... Il offrait beaucoup, il s'offrait tout («Je m'achète des vêtements de riches parce que je suis un ancien pauvre»). Hédoniste jusqu'au bout des ongles, il craquait devant une jolie fille comme devant une brioche à la moelle nappée de jus de viande.
Défini par une boulimie de la vie, un tempérament bien trempé, capable de passer de la tendresse à la férocité en un temps record, une grande sensibilité, autant de générosité, une exigence tant pour lui que pour les autres, une curiosité insatiable, un sens inouï de la précision, une rare vivacité d'esprit et d'action, un besoin des autres et de séduire permanent... En un mot, une forte personnalité, un tourbillon charismatique. Tous ces traits de caractère permettent facilement de décoder ce que furent sa vie et sa carrière. Impossible par contre de distinguer les qualités de l'homme de celles de l'artiste tant la frontière entre les deux personnes était filiforme. Ses vies entremêlées ne faisaient qu'une. Il embarquait dans ses délires autant sa famille et ses amis que son public. Il avait fait de son existence un terrain de jeux où il la réinventait sans cesse. Sa propension à observer, écouter, sa façon de décortiquer tout, de trouver des solutions à tout, de s'amuser de tout (la vie, ce grand divertissement] formaient son fil conducteur. C'était hyper-dynamisant. Lui avait toujours un temps d'avance, nous poussait dans nos retranchements. C'était gai, excitant, stimulant. Le connaître était une chance qui vous transformait pour toujours. Il y a l'avant Coluche et l'après Coluche. Tous ses proches sont unanimes. On était avec lui et personne n'aurait laissé sa place. Même si souvent son énergie, ses excès nous vidaient, on en redemandait. Ayons à ce propos une pensée émue pour sa famille, son point d'ancrage, Véronique, Romain, Marius, car son cerveau d'électron libre tournait vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! Beaucoup à leur insu, même ceux qui ont croisé l'artiste en scène, je veux parler du public, en ont été changés. Il devenait tout à coup possible d'écouter, de rire, de penser, de parler d'une nouvelle façon. Voilà, ce spécimen humain bicéphale qui voulait tout connaître, tout comprendre, tout expérimenter, tout... tout... tout, jouait et se jouait de tout.