Antigone

Antigone

Quatrième de couverture

C'est une loi d'homme
j'obéis moi à une loi plus grande
cette loi d'en haut qui n'a ni début ni fin
la loi de ceux qui aiment
qui n'a ni début ni fin
que pèse la loi d'un mortel
face aux lois immortelles ? rien
je ne crains pas de te désobéir
je crains de trahir ce que mon coeur sait juste

Rotrou, Hölderlin, Cocteau, Brecht, Anouilh ou Bauchau, parmi tant d'autres : depuis Eschyle et Sophocle, il n'est sans doute pas de personnage de fiction qui ait, autant qu'Antigone, si constamment sollicité l'imaginaire des écrivains et conséquemment l'imaginaire collectif. Sans doute parce que sa valeur est fondamentalement positive et que sa magnifique insoumission à l'ordre établi et aux lois abstraites, motivée par la loi du coeur, venge chacun d'entre nous de ses renoncements devant les mille formes du pouvoir politique, social ou religieux.

Extrait de Antigone

À Thèbes, devant le Palais royal.

ANTIGONE.
Est-il possible Ismène
est-il donc possible encore
Ismène ma soeur
ma soeur par le sang et par le malheur
se peut-il qu'un malheur encore nous vienne
qu'aux malheurs hérités
qu'aux malheurs de nos vies
un malheur nouveau nous vienne ?
ce n'était donc pas assez de la honte
ce n'était pas assez du mépris
pas assez de ce noeud de douleurs
que nos parents nous ont donné un jour
quand ils nous ont donné le jour ?
connais-tu l'ordre du roi
ce qu'aujourd'hui Créon ordonne au peuple ?
cet acharnement de la haine
contre ceux que nous aimons
en sais-tu le nouveau visage ?

ISMÈNE.
Non rien
je n'en sais rien Antigone
que nos deux frères se sont entretués
je le sais
qu'ils se sont donné la mort en partage
ça oui je le sais
et que l'armée d'Argos a fui Thèbes dans la nuit
que la guerre s'en est allée cette nuit
laissant dans la poussière
les cadavres de nos frères entretués
je le sais
rien d'autre

ANTIGONE.
Donc tu ne sais rien
je t'ai menée ici
pour te dire seule à seule
la chose
l'impossible

ISMÈNE.
Le terrible encore n'est-ce pas ?
ta voix ton visage tes yeux le disent

(...)