Gentrifications

Gentrifications

Quatrième de couverture

Hipsters, bobos, yuppies, gentrifieurs... Les termes ne manquent pas pour qualifier les nouvelles populations qui s'approprient les quartiers centraux anciens de certaines métropoles au détriment des habitants populaires. Mais cette profusion empêche de comprendre le phénomène : comment dépasser les oppositions binaires entre gentrifieurs et gentrifiés ? Quels sont les moteurs, les logiques et les enjeux de la gentrification ? Est-elle vraiment inéluctable ?
Ancrée dans des contextes précis - historiques et géographiques, économiques et politiques -, elle s'incarne dans des bâtiments, des commerces, des groupes sociaux, des pratiques et des esthétiques propres aux lieux dans lesquels elle se déroule. Pour cette raison, elle est irréductible à une mécanique simple et identique d'une ville à l'autre, d'un quartier à l'autre. À travers l'exploration de la diversité des formes, des lieux et des acteurs de la gentrification dans une dizaine de villes européennes (parmi lesquelles Paris, Montreuil, Lyon, Grenoble, Roubaix, Barcelone, Lisbonne, Sheffield) cet ouvrage se propose donc de définir l'«ADN» de la gentrification : un rapport social d'appropriation de l'espace urbain, mettant aux prises des acteurs et des groupes inégalement dotés.

Marie Chabrol
Anaïs Collet
Matthieu Giroud
Lydie Launay
Max Rousseau
Hovig Ter Minassian

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Eric Aeschimann - L'Obs du 20 octobre 2016

Extrait de Gentrifications

Extrait de l'introduction

Le terme «gentrification», longtemps circonscrit au discours scientifique, s'est aujourd'hui imposé dans le vocabulaire des politiques, du grand public et des médias. Il a également trouvé place dans les discours contestataires et les conflits d'usage ou d'aménagement qui se multiplient partout dans le monde". La gentrification, qui symbolise pour certains la renaissance de vieux quartiers démodés, pour d'autres une nouvelle forme d'inégalité socio-spatiale, est devenue un sujet de la presse généraliste : de nombreux articles décrivent les styles de vie de groupes sociaux perçus comme nouveaux («yuppies», «bobos», «hipsters», etc.) qui s'implantent dans les quartiers populaires, questionnent les conséquences électorales de ces changements du peuplement des espaces centraux et, parfois, dénoncent l'évincement conséquent des classes populaires en périphérie. Pourtant, la seule lecture de la presse grand public ne permet pas toujours de comprendre exactement les causes, les conséquences et les enjeux de ces processus ; elle risque même de donner une vision tronquée, simpliste et orientée de la manière dont les quartiers centraux de certaines métropoles se transforment, réduisant souvent la gentrification à une mécanique simple et identique d'une ville à l'autre et d'un quartier à l'autre. En outre, malgré un ton parfois critique, les médias eux-mêmes sont partie prenante du phénomène : la manière dont ils décrivent les quartiers transformés et les styles de vie de leurs nouveaux usagers, sur un ton gentiment moqueur ou, le plus souvent, assez flatteur, participe au changement d'image de ces lieux.
Ce livre vise donc à permettre aux lecteurs de prendre leurs distances vis-à-vis des représentations parfois caricaturales des mutations des quartiers centraux qui nourrissent le débat public. L'objectif est, plus précisément, d'offrir une vision nuancée, détaillée et empiriquement étayée des processus que recouvre le terme de gentrification, en évitant notamment deux fréquents écueils : d'une part, celui qui consiste à présenter la gentrification comme un phénomène implacable qui, dès lors qu'il touche un quartier, s'y déroule selon un schéma linéaire jusqu'à un stade final d'homogénéisation sociale ; d'autre part, celui qui mobilise le vocabulaire de la gentrification et ce schéma descriptif «standard» à propos de villes, de quartiers et de phénomènes extrêmement variés, pour englober des formes de «montée en gamme» extrêmement hétérogènes.
A l'inverse, nous voudrions souligner la très grande variété des rythmes, des acteurs, des formes que la gentrification peut prendre selon les contextes, identifier le plus précisément possible les modalités du changement urbain qu'elle recouvre et mettre en évidence un certain nombre d'invariants. Pour le dire autrement, il s'agit, à travers l'analyse minutieuse de la diversité des formes, des lieux et des acteurs de la gentrification, de tenter de saisir ce qui en fait «l'ADN». Disons-le d'emblée : figure dans cet ADN l'idée d'un rapport social d'appropriation de l'espace mettant aux prises des acteurs et des groupes inégalement dotés. Il sera donc question, dans les pages qui suivent, de la place des groupes sociaux dans la ville, de leur concurrence pour l'appropriation de l'espace, des infrastructures que leur offrent inégalement acteurs économiques ou politiques, de ce qui se joue dans les rapports sociaux quotidiens. Mais aussi des nombreuses déclinaisons de ces rapports qui, ancrés dans des contextes historiques, géographiques et politiques précis, s'incarnent dans des bâtiments, des populations, des pratiques, des images, des esthétiques propres à des lieux et qui sont, pour cette raison, irréductibles à un seul schéma descriptif.