L'épreuve de la haine : essai sur le refus de la violence

L'épreuve de la haine : essai sur le refus de la violence

Quatrième de couverture

La violence n'a pas subitement surgi dans nos vies avec les attentats de janvier et de novembre 2015. Aucune de nos relations, qu'elles soient familiales, scolaires, professionnelles, morales ou politiques, n'y échappe. Mais la terreur instaurée par les attaques terroristes est une épreuve sans précédent. D'abord parce qu'elle provoque la hantise de la répétition : nous savons qu'à la terrasse d'un café, dans une salle de spectacle ou dans les transports en commun, la violence peut à nouveau frapper.

La peur, le désir de vengeance et de justice accompagnent notre volonté d'en finir avec ce que nous considérons comme le mal radical. Comment pourrait-il en aller autrement ? Et qui nous le reprocherait ? Mais le risque est alors d'autoriser les emportements, les jugements précipités, les décisions aveugles et, finalement, de répondre à la violence par la violence.

Faire face à la haine est un défi pour nos sociétés. Dans ce livre courageux, à contre-courant de bien des discours actuels, et convoquant toutes les ressources de la philosophie, Marc Crépon défend le principe du refus de la violence, du refus de consentir à son oeuvre et à la culture de destruction qui l'accompagne. Les grandes figures de la non-violence que furent Jaurès, Romain Rolland, Martin Luther King et Mandela nous offrent des modèles et prouvent que la terreur n'est ni invincible ni fatale.

Marc Crépon
Normalien, agrégé de philosophie, Marc Crépon est directeur de recherches au CNRS et dirige le département de philosophie de l'École normale supérieure. Il a notamment publié Le Consentement meurtrier.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Roger-Pol Droit - Le Monde du 15 décembre 2016

Extrait de L'épreuve de la haine : essai sur le refus de la violence

Extrait de l'avant-propos

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Les 7 et 9 janvier, puis le 13 novembre et le 14 juillet derniers, la violence a fait irruption dans nos vies. Elle n'avait sans doute pas attendu ces jours pour que nous en ayons une expérience directe ou indirecte. Aucune des relations qui font le tissu de l'existence individuelle n'y échappe, qu'elles soient familiales, scolaires, professionnelles, morales ou politiques. Mais celle-ci fut une épreuve immédiate pour au moins trois raisons. La première est que le propre d'une attaque terroriste tient à la hantise de sa répétition. Au-delà des victimes qu'elle fait instantanément, qui suscitent notre indignation et notre compassion, nous redoutons aussitôt qu'elle se reproduise. C'est l'essence même de la terreur. Cette irruption ne fut donc pas ponctuelle, limitée dans le temps, mais durable. Elle a installé la perspective de sa réitération dans l'horizon de l'existence. Nous savons qu'à la terrasse des cafés, dans une salle de spectacle, les transports en commun, à l'occasion d'une manifestation sportive ou festive, elle peut revenir à tout instant. Rien ne saurait nous persuader du contraire et personne ne se risquera à le garantir. La deuxième raison qui en fait une épreuve tient aux passions négatives que ces attaques provoquent : la peur assurément, mais la haine également. Parce que la violence terroriste procède d'une haine folle, construite et entretenue, rabâchée au cours de son entraînement dans des camps meurtriers et sur tous les canaux de sa propagande, elle fait naître en chacun le besoin pressant d'une réponse, dans laquelle se confondent, aussi légitime et compréhensible soit ce besoin, justice, vengeance et protection. Nous voulons en finir avec ce que nous percevons comme un mal radical et ce que nous identifions comme sa source. Comment pourrait-il en aller autrement ? Et qui le reprocherait ? Le risque pourtant, ce sont alors les paroles emportées, les jugements précipités, les actes inconsidérés, les décisions aveugles, auxquels la haine qui se réveille en chacun nous expose en retour. Il est d'autant plus élevé que les responsables politiques, prisonniers de leurs calculs électoraux, ne se privent pas de surenchères indécentes pour en tirer profit. Au-delà des victimes que la violence spectaculaire fait, le traumatisme qu'elle engendre offre un terrain de prédilection à toutes les simplifications de la pensée, comme aux réductions de l'analyse, quand elle n'exige pas la confiscation de toute étude et de toute réflexion, comme si la mémoire de ces mêmes victimes l'exigeait. Elle favorise les fausses évidences. Comment résister dans cette perspective surchargée d'émotions à l'idée et au sentiment pesants que la violence appelle la violence, qu'elle la demande ; et qu'il n'y a rien que cette réplique doive s'interdire, aucun moyen juridique et policier qu'elle doive se refuser pour traquer, de la façon la plus large possible, les criminels et punir leurs crimes, quand bien même quelques libertés communes devraient être écornées ? Et comment échapper à la conviction que rien, absolument rien ne doit nous retenir de haïr ceux qui sèment la terreur ?
La troisième raison qui fait de ces attaques terroristes une épreuve est qu'elles changent indiscutablement la perception que nous pouvions avoir de notre appartenance au monde. Car cette violence des mois de janvier, de novembre et de l'été derniers, c'est celle que subissent au quotidien, depuis des années, les populations de la Syrie, de l'Irak et de la Libye, écrasées sous les bombardements et soumises à la routine des attentats. Nous en étions jusqu'alors les spectateurs lointains, sinon indifférents, du moins résignés. (...)