La Ligue de l'enseignement : une histoire politique, 1866-2016

La Ligue de l'enseignement : une histoire politique, 1866-2016

Quatrième de couverture

La Ligue de l'enseignement est plus célèbre que réellement connue. Cet ouvrage est le premier à en retracer l'histoire, au moment où elle célèbre ses 150 ans. Véritable institution de la IIIe République, relais de l'État enseignant, elle a eu longtemps une solide réputation d'anticléricalisme. Devenue Confédération générale des oeuvres laïques en 1926, elle prend une part active à la querelle scolaire, et développe des activités de loisirs et de sport pour enraciner une société civile laïque. Elle s'oppose à la loi Debré et à la Ve République. Mais les changements de société à partir des années 1960-1970 l'obligent à d'incessants efforts d'adaptation. Après 1984, elle entreprend un aggiornamento idéologique et redéfinit les axes de son combat et de sa perspective laïques. Son rapport à l'institution scolaire change avec le déclin de la société enseignante. En prenant pour objet l'un des plus importants réseaux associatifs français, à mi-chemin d'un parti, d'un syndicat, d'une société de pensée et d'une entreprise d'économie sociale, ce livre éclaire les enjeux passés et présents de la laïcité dans notre culture politique et l'histoire d'un militantisme d'éducation populaire confronté aujourd'hui à la professionnalisation, à la baisse drastique des subventions, et au «tout marchand». Il se veut ainsi une contribution à une connaissance renouvelée du champ politique et de la société française.

Jean-Paul Martin, agrégé d'histoire, a été maître de conférences à l'université Charles-de-Gaulle Lille 3 de 1993 à 2013. Il est membre associé du GSRL (CNRS-EPHE, Paris). Ses travaux portent sur la Ligue de l'enseignement et les associations laïques d'éducation populaire, ainsi que sur la comparaison des laïcités française, belge et québécoise, en particulier sous l'angle de l'enseignement moral, civique et religieux.

Frédéric Chateigner est maître de conférences en science politique à l'université François Rabelais de Tours (IUT Carrières sociales) depuis 2014. Il a consacré sa thèse de doctorat à la catégorie d'éducation populaire dans les discours publics français.

Joël Roman est agrégé de philosophie, ancien rédacteur en chef de la revue Esprit. Il a été collaborateur de la Ligue de l'enseignement de 1995 à 2008. Il a publié divers essais et collaboré à plusieurs ouvrages sur la démocratie, l'école, la citoyenneté.

Jean-Paul Martin, agrégé d'histoire, a été maître de conférences à l'université Charles-de-Gaulle Lille 3 de 1993 à 2013. Il est membre associé du GSRL (CNRS-EPHE, Paris). Ses travaux portent sur la Ligue de l'enseignement et les associations laïques d'éducation populaire, ainsi que sur la comparaison des laïcités française, belge et québécoise, en particulier sous l'angle de l'enseignement moral, civique et religieux.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Serge Audier - Le Monde du 15 décembre 2016

Extrait de La Ligue de l'enseignement : une histoire politique, 1866-2016

Extrait de l'introduction

Née officiellement en 1866 d'un appel de Jean Macé, la Ligue de l'enseignement est devenue et reste aujourd'hui l'un des plus vastes réseaux associatifs français, le plus important assurément dans le champ de ce qu'on appelle l'éducation populaire. On peut s'étonner qu'une organisation de cette taille et de cette ancienneté n'ait encore jamais fait l'objet d'un ouvrage historique de référence. C'est en 2013 que les dirigeants de ce mouvement ont pris la décision de combler cette lacune, en nous laissant carte blanche pour le faire, y compris si notre travail d'historien devait écorner quelque peu un imaginaire militant réduit à des souvenirs glorieux... La seule condition était que l'ouvrage soit publié en 2016 pour coïncider avec les 150 ans du mouvement, et qu'il retrace l'ensemble de son histoire, ce qui laissait un délai de réalisation assez court. Ce contexte particulier nécessite d'évoquer d'abord, contrairement aux usages académiques, notre rapport personnel à l'objet de ce livre, avant de préciser les finalités, la démarche ainsi que les sources utilisées ici.

Un itinéraire de recherche

La relation que nous entretenons avec la Ligue de l'enseignement est assez singulière tant par sa durée que par ses modalités. Notre compagnonnage intellectuel remonte en effet à 1982. À l'époque, sans pressentir l'extension qu'allait prendre bientôt l'usage de la laïcité dans les controverses franco-françaises autour de l'islam, nous avions choisi de nous intéresser à cette notion «par le bas», c'est-à-dire à partir de la situation sans équivalent ailleurs des organisations qui s'en réclamaient. Si le hasard a voulu que notre premier travail d'une certaine ampleur ait été consacré à la Fen, c'est l'importance stratégique de la Ligue de l'enseignement, comme mouvement d'éducation populaire, qui a rapidement attiré notre attention.
Nous avions alors l'oeil fixé sur la période la plus contemporaine de son histoire, entre 1945 et les débuts du septennat de François Mitterrand, avec comme interrogation sous-jacente le devenir immédiat de la laïcité française. Cette notion, au miroir d une «question scolaire» jugée dépassée par beaucoup, car limitée au seul enjeu de la lutte entre l'enseignement public et l'enseignement privé, avait-elle encore un avenir ? Ne vivait-elle pas ses derniers feux avec le nouvel avatar de la bataille portée par la gauche au pouvoir ? Ou bien était-elle susceptible d'une renaissance qui la fasse monter en généralité ? Il était clair à nos yeux que la Ligue de l'enseignement, par ses liens avec l'univers socioculturel, par sa plongée dans la société civile, était mieux à même que toute autre organisation, de tester un questionnement de cette nature.
La démarche de l'historien croisait ici les préoccupations du citoyen, et ce lien n'a fait que se confirmer par la suite. Il nous conduisit au cours des années 1980 à 2000 à participer à l'aventure des cercles Condorcet, à diverses commissions de travail, à devenir un temps «adhérent individuel», à intervenir aussi dans des colloques ou des sessions de formation. Durant toutes ces années, la Ligue s'ouvrait largement au monde intellectuel. Rien ne pouvait être plus stimulant pour l'historien, alors que, parallèlement, deux institutions nous offraient la possibilité de confronter observations et hypothèses de travail avec des regards extérieurs. La première - l'Inep (Institut national d'éducation populaire) de Marly-le-Roi qui nous accueillit entre 1983 et 1988- fut l'occasion de découvrir le champ de la recherche sur les associations. La seconde fut propice à approfondir notre réflexion sur la laïcité : il s'agit du groupe «Histoire et sociologie de la laïcité» qui autour de Jean Baubérot, allait bientôt se fondre dans un laboratoire sous co-tutelle du CNRS et de l'EPHE, le GSRL (Groupe de sociologie des religions et de la laïcité).
Dans ce contexte, notre projet initial subit rapidement une inflexion, et il fut même, pour l'essentiel, escamoté. Nous avions commencé à travailler sur les années 1944-1950 à partir des archives confédérales de la Ligue, et nos deux premières études furent consacrées à la période de l'Occupation, puis à celle de la Libération. Mais très vite, la tentation d'une histoire «régressive», comme aurait dit Marc Bloch s'imposa, et, avec les encouragements de Jean-Marie Mayeur, qui allait devenir notre directeur de thèse, nous avons décidé de porter le regard plus en amont, vers une supposée «grande époque», qui avait vu la Ligue prendre toute sa place dans les combats laïques de la IIIe République.