Catch : l'âge d'or, 1920-1975 : l'épopée du catch français et les Michel-Ange du ring

Catch : l'âge d'or, 1920-1975 : l'épopée du catch français et les Michel-Ange du ring

Quatrième de couverture

À quatre, au féminin, dans la boue, sur l'eau, à roller... «l'ignoble art» connut son âge d'or, avec ce qu'il faut de héros, d'antihéros et de polémiques.

Une sélection des meilleures photos d'époque, de superbes reproductions ou fac-similés d'affiches historiques et de programmes nous replongent aux racines d'une saga qui naquit aux États-Unis et se poursuivit en Europe entre les deux guerres.

Retrouvez les «Michel-Ange» de cet univers pas tout à fait comme les autres : André le Géant, Fantômas, le Boucher de Budapest, René Ben Chemoul, le Petit Prince, Chéri-Bibi, l'Ange blanc, le Bourreau de Béthune... Émotions garanties !

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Abel Mestre - Le Monde du 15 décembre 2016

Extrait de Catch : l'âge d'or, 1920-1975 : l'épopée du catch français et les Michel-Ange du ring

PRISE DE CONTACT
En venir aux mains

«C'est moi la môme Catch-catch / Voyez mes gros biscottos costauds !
Avec ça, j'ai l'air vache / Et une paire de pectoraux, taureaux...»

La Môme Catch-catch - Maurice Alexander - Maurice Vandair - chantée par Fréhel -1938.

Pour l'humanité, et sa part virile, en venir aux mains remonte à la caverne -bien qu'en l'occurrence les documents manquent - et dure jusqu'à nos jours où, malgré les codes de courtoisie affinés au fil des siècles, la main portée à l'encontre de l'autre demeure le moyen le plus efficace pour formuler un refus, voire exprimer le déplaisir - les mots, dans ce cas, venant ensuite.

Il n'est pas non plus exclu qu'en une ère où les rapports manquaient d'huile dans les rouages, les femmes se soient exemptées, forcément influencées par leurs doubles robustes peu enclins a priori aux solutions concertées - la caverne vue dès lors comme l'ébauche d'une arène du muscle dictée par la chicane où la baffe, la manchette et le vol plané qui en résulte tenaient d'un exutoire, d'un spectacle accessible à tous au service d'un verdict tranché. A en piétiner son Rousseau, ce sublime évangéliste de l'oisive sauvagerie, à en ravaler sa foi en son prochain, son prédécesseur, et ses bons sentiments altruistes !

N'en doutons plus, en cas de dilemme, plus qu'à la négociation, nos ancêtres recouraient de préférence à l'uppercut - avec sa consonance latine, l'autre nom du ramponneau expédié bien vissé. Et si ce n'était par préméditation, ça l'était au moins par instinct. Lequel ? Celui de suprématie aux fins de s'imposer, de revendiquer sa place, de marquer son territoire, même provisoire, bref, d'exister avec un maximum de confort. Comment, dans ces circonstances, ne pas admettre que, par essence, le réflexe de la torgnole précède toute esquisse de langage : celui du corps antérieur à tous ?

Confrontés à ce condensé de genèse centrée sur la brutalité, les exégètes bien tournés, les incurables idéalistes rêveurs d'un Éden pacifié en seront pour leur pomme. Au mieux, impliqués dans cette tourmente du plus fort contre le plus faible, dans un souci d'équité, ils annoncent l'avènement des moralistes et, pour un avenir à inventer, en sport, celui des arbitres. Ici, campons quelques millions d'années en arrière, quand Néandertal n'avait que ses mains pour s'acquitter de sa condition rude - jeux de mains, jeux de vilains ! Y eut-il un Costaud de Lascaux, pas l'artiste, l'autre, le belliqueux, plus emblématique de l'espèce qui s'en alla défier alentour ses rivaux en biceps ? Par jeu, par provocation, par souci d'étendre sa renommée, pour combattre l'ennui et, accessoirement, un quidam à sa hauteur qui se montrerait beau partenaire ? Plausiblement ! Quand on n'a que ses mains... Encore qu'il y eût des objets ciselés, utiles pour la chasse et l'estocade, mais ce serait ici empiéter sur l'histoire du crime. Restons, donc, sur celle de la lutte primale.

D'emblée, la foi en la force s'est installée en l'homme comme un gage de survie, en totem de résistance que le muscle saillant extériorise, en une esthétique belliqueuse que sa nature violente véhicule à peine tempérée par son souci de se consacrer à quelque hypothèse qui vaille et répondrait à son questionnement d'absolu. D'où lui vinrent la notion du bien et celle du mal, dans quel ordre ? Fi de la métaphysique, il advint bientôt que l'humanité se subdivisa en deux catégories antagoniques, celle des bons et celle des méchants, avec en sus que, par ironie, les rôles puissent alterner. Mais, pour le commun, c'était beaucoup demander que de concevoir telle variation. En conséquence simpliste, il établit que les bons, incurablement, seraient ceux de son camp. Et quand les bons se dénombrent, ou l'inverse, pour soigner ceux de l'autre camp, on sait assez où le processus aboutit.

Les Grecs, qui n'étaient pas avares du cortex pour sonder les ressources du roseau pensant -l'homme quand il doute -, substituèrent à l'exercice guerrier les jeux du stade. Quelques millions d'années avaient passé, il était urgent qu'au heu du sang se mît à couler la sueur.

«Les conflits entre Athènes et Sparte, et d'autres cités, perdurant trop, il fut envisagé qu'au temps des armoiries dûment brandies succéderait celui des flamberges et des insignes, partant du constat judicieux qu'il vaut mieux emplir les gradins que les cimetières.»

Avantage de l'esprit d'équipe sur celui de camp, le premier s'exonère de la barbarie quand le second s'en délecte - chance aux vainqueurs chargés de gloire, et prime aux vaincus pour une deuxième manche, non pour une revanche, mais pour un autre match : tout importe sur le terrain de la sémantique pour ne pas humilier l'adversaire mais se le concilier, une précaution superflue inadaptée à l'ennemi.

Par ce choix philosophique, athlétique et courtois, de substitution - l'invention des Olympiades -, une chance était offerte à l'humanité d'alors de s'exonérer des bains de sang, de s'affranchir de ses pulsions mortifères par la performance régulée sur le sable et la cendrée. Ce qui ne fit pas florès sur la durée, reconnaissons-le. Pourtant, pendant la paix - et même les guerres -, les jeux de mains et de pieds continuèrent - pour le pouvoir et le spectacle