Guerre froide épisode II ? : dissuasion et diplomatie à l'épreuve

Guerre froide épisode II ? : dissuasion et diplomatie à l'épreuve

Quatrième de couverture

Le livre s'ouvre sur le discours du président Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009. Il se referme sur sa visite à Hiroshima le 27 mai 2016. Entre ces deux rendez-vous historiques, les espérances ont fait place aux désillusions, aux guerres régionales, aux tensions internationales, et à une relance de la course aux armements, l'ensemble formant les ingrédients de ce recueil de réflexions sur le fait nucléaire au XXIe siècle. Expression de rapports de force mondialisés et médiatisés, la géopolitique classique a repris ses droits à l'ombre d'arsenaux nucléaires en voie de modernisation et de renouvellement. Peut-on alors parler d'une nouvelle guerre froide ? Quelle que soit la réponse, le monde n'en est pas moins plus dangereux. La place des arsenaux stratégiques s'est renforcée. A mesure que s'intensifient crises et incertitudes, les stratégies nucléaires trouvent dès lors une nouvelle vigueur, sans préjudices pour les autres expressions technologiques de puissance. Dans la continuité directe d'Essai nucléaire, cette nouvelle étude revient longuement sur le cas français dans la perspective des échéances électorales de 2017. Le texte comprendra aussi la restitution des actualités marquantes abordant les questions liées à la dissuasion.
Les entrées concerneront, à travers des rubriques courtes classées par ordre chronologique, les crises, les programmes d'armement, les exercices, les négociations et traités. Toutes les puissances nucléaires seront citées - USA, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël - plus les États du seuil (Iran, Japon, Corée du Sud).
Un livre sur la dissuasion nucléaire est pour l'auteur un message de paix.

Philippe Wodka-Gallien, diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Paris (promotion 1990) est membre de l'Institut Français d'Analyse Stratégique. Auditeur de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (l'IHEDN) -47e session nationale Armement Économie de la Défense 2010-2011, il est l'auteur de trois livres sur la dissuasion : Le Dictionnaire de la Dissuasion (Marines Editions) en 2011, Hiroshima et Nagasaki, notre héritage nucléaire (Ouest-France) publié en 201S et Essai Nucléaire, la force de frappe française au XXIe siècle (Lavauzelle) en 2014, livre qui reçoit le prix Vauban 2015. Il avait animé le numéro spécial de la Revue Défense Nationale sur la dissuasion publié en juillet 2015. Membre du comité de rédaction de Défense (revue des associations de l'IHEDN), il publie régulièrement dans la Revue Défense Nationale. Il se consacre à l'histoire de la défense et des programmes d'armement dans le Fana de l'Aviation, Sub-Marines et Marines et Forces Navales.

Extrait de Guerre froide épisode II ? : dissuasion et diplomatie à l'épreuve

Extrait de l'avant-propos

Ce nouveau livre s'inscrit dans la lignée directe d'Essai nucléaire, la force de frappe française au XXIe siècle. Cet ouvrage était sorti en mai 2014. Plus de deux plus tard, les évolutions delà géopolitique m'invitent à vous faire partager une nouvelle réflexion. Engagement citoyen, ce nouveau livre se donne ainsi comme ambition de confronter la dissuasion nucléaire au réel du monde contemporain. Au regard des nouvelles crises qui engagent des trois superpuissances - Chine, États-Unis, Russie - peut-on parler d'une nouvelle guerre froide, ceci en référence à la première ? Les stratégies de défense fondées sur l'arme nucléaire reviennent au centre des enjeux internationaux générant des logiques de course aux armements. Entraînée dans ce nouveau cycle planétaire, la France est confrontée à des défis spécifiques de sécurité. Ce livre reviendra ensuite sur l'enchaînement des événements politiques, diplomatiques et militaires des années 2010 touchant aux arsenaux stratégiques. Selon le classement imposé par le Traité de non-prolifération, ce livre s'inspire des Chroniques de la dissuasion, une rubrique publiée depuis maintenant cinq ans dans Défense, la revue des associations de l'Institut des hautes études de défense nationale.

D'emblée, les définitions de la dissuasion à l'ère nucléaire s'imposent pour leur utilité.

En 1957, dans Nuclear Weapons and Foreign Policy, Henri Kissinger, futur secrétaire d'État de Richard Nixon, la décrit par ces mots : «La dissuasion est la tentative faite pour empêcher un adversaire d'adopter une certaine ligne d'action en lui opposant des risques qui lui paraissent sans commune mesure avec aucun des gains escomptés.» Pour le général français Lucien Poirier, «l'art de dissuader, n'est par l'art de contraindre - comme la guerre - mais celui de convaincre». Dans son Dictionnaire de la pensée stratégique, le professeur François Géré définit la dissuasion comme un «mode de la stratégie visant par le conseil ou la menace à convaincre un adversaire de renoncer à l'action envisagée». Elle est au coeur d'un dilemme entre le réel du statut quo et le virtuel des conséquences de l'action. Pour le président de l'Institut français d'analyse stratégique : «Opérant dans le registre psychologique et la dimension du virtuel (rien n'est encore fait), la dissuasion s'oppose aux incitations qui poussent autrui à décider de passer à l'acte pour réaliser le projet à ut positif qu'il a conçu.» Pour opérer, cette stratégie doit être accompagnée d'une représentation de l'échec de l'action entreprise, en espèce, à l'ère nucléaire, un scénario apocalyptique. Qui en prendrait la responsabilité devant l'Histoire ?

La notion de dissuasion trouve, dès lors, toute sa force à l'ère atomique. Son objectif n'est pas exclusivement défensif. L'atome autorise en effet le déploiement d'une stratégie extérieure à options multiples. Pour un pays doté d'armes nucléaires, la stratégie de défense fondée sur la dissuasion s'appuie sur une capacité crédible à délivrer des frappes massivement destructrices sur un adversaire qui s'en prendrait à ses intérêts vitaux. Le principe de la dissuasion repose sur la crainte à susciter chez l'adversaire de subir des destructions irréparables, massives, en riposte à une agression. L'adversaire n'est pas une abstraction : ce sont des villes, des populations, des merveilles d'architecture et de culture, des usines, de la production de richesse, mais aussi des installations militaires et des centres de pouvoir, bref tout ce qui fait la substance des communautés humaines. L'impossibilité de se soustraire aux ripostes est aux fondements de la stratégie de dissuasion nucléaire. Son efficacité repose aussi sur l'expression d'une volonté politique conjuguée à l'aptitude technique des vecteurs nucléaires à se projeter chez l'adversaire. Il reste bien difficile de définir la dissuasion nucléaire autrement. Toutes les formulations donnent à peu près les mêmes mots. Ils sont simples, mais ils renvoient à des mécanismes psychologiques complexes.