Le détective détraqué ou Les mésaventures de Sherlock Holmes

Le détective détraqué ou Les mésaventures de Sherlock Holmes

Quatrième de couverture

Sherlock Holmes lui-même victime de vol... Remplacé par sa propre fille dans une enquête... Floué par Scotland Yard et par l'intrépide Frenchie Arsène Lupin... et même envoyé en prison ! De Londres à New York, en passant par Prague ou la campagne française, voilà bien des situations insolites dans lesquelles va se retrouver le célèbre détective, sous la plume de quelques élégants farceurs.

Depuis sa première apparition il y a bientôt 130 ans, Sherlock Holmes a toujours été l'un des personnages de fiction les plus populaires au monde ; nombreux sont ceux qui imaginent même que le grand détective est un personnage réel : il continue de recevoir du courrier du monde entier à l'adresse mythique du 221 B Baker Street.

Le succès de l'oeuvre d'Arthur Conan Doyle fut presque immédiatement suivi d'imitations (comme aimait à le dire Oscar Wilde, «L'imitation est la forme la plus sincère de la flatterie») ; une floraison de pastiches, parodies et sketchs en tout genre a vu le jour dès les années 1890, et n'a jamais tari depuis, de l'hommage à l'ironie et à la caricature, voire au burlesque.

Puisant dans cette riche réserve de littérature comique holmésienne, ce recueil présente un échantillon de récits inventifs et spirituels de la fin du XIXe siècle à nos jours. Auteurs et illustrateurs venus des quatre coins du monde, fervents admirateurs et connaisseurs de Sherlock Holmes, apportent leur touche de fantaisie pour faire de tous ces épisodes humoristiques une aventure singulière.

Alceste ° Peter Ashman ° Robert Barr ° J. M. Barrie ° Bibliothécaires du Royal Borough of Kensington & Chelsea Arthur Conan Doyle ° Frédéric Dorr Steele ° Jacques Fortier ° Jean Giraudoux ° Bret Harte ° O. Henry ° William B. Kahn ° Frédéric A. Kummer ° Maurice Leblanc ° R. C. Lehmann Ely M. Liebow ° Jack London ° Bernard Oudin ° René Reouven

Extrait de Le détective détraqué ou Les mésaventures de Sherlock Holmes

Le Grand Mystère de Pegram

Robert Barr
(1892)

Romancier et nouvelliste d'origine écossaise, ayant vécu et travaillé au Canada, aux États-Unis et en Angleterre, fondateur avec Jérôme K. Jérôme de la revue The Idler, Robert Barr a publié des nouvelles dans plusieurs genres, dont beaucoup de textes policiers, parfois sous le pseudonyme de Luke Sharp. Son roman le plus connu, Les Triomphes d'Eugène Valmont, met en scène un des premiers enquêteurs français à apparaître dans la littérature britannique. Un des meilleurs et premiers parodistes de Sherlock Holmes, il a d'abord publié cette nouvelle en mai 1892 dans The Idler, et ensuite, deux ans plus tard, dans le recueil The Face and the Mask.

J'étais passé chez mon ami Sherlaw Kombs pour m'informer de ce qu'il pensait du fameux mystère Pegram, nom que la presse avait donné à cette affaire. Il était en train de jouer du violon avec, sur le visage, une expression paisible et sereine que je n'avais jamais constatée chez quiconque se trouvait être à portée d'oreille. Je savais que cet air de quiétude euphorique signifiait que Kombs était en proie à une grande contrariété. Il s'avéra que c'était bien le cas. En effet, il y avait dans un journal du matin, un article à l'éloge de la vigilance et l'efficacité omniprésentes de Scot-land Yard. Si grand était le mépris de Sherlaw Kombs pour Scotland Yard que jamais il n'allait en vacances en Écosse et qu'il refusait d'admettre qu'un Écossais pouvait être bon à autre chose qu'à exporter.
Il eut l'obligeance de poser son violon car il avait pour moi une sympathie sincère et il m'accueillit avec sa bienveillance coutumière.
«Je suis venu, fis-je en me jetant tout de suite à l'eau, pour que vous me disiez ce que vous pensez du fameux mystère Pegram.
- Je n'en ai pas entendu parler», dit-il d'un ton calme, à croire qu'il n'était pas question de cette affaire dans tout Londres. Kombs était étrangement ignorant de certaines choses et anormalement informé sur d'autres. Je m'étais rendu compte, par exemple, qu'il était impossible de parler de politique avec lui parce qu'il ignorait qui étaient Salisbury et Gladstone. Son amitié était donc pour moi d'un grand prix.
«Le mystère Pegram plonge dans la perplexité Gregory, de Scotland Yard, lui-même.
- Je n'ai aucun mal à le croire, répliqua tranquillement mon ami. Le mouvement perpétuel ou la quadrature du cercle le plongeraient dans la perplexité. C'est un petit enfant, ce Gregory.»
Une chose qui m'avait toujours plu chez Kombs, c'est que toute jalousie professionnelle lui était étrangère, contrairement à ce qui caractérise tant d'autres individus.
(...)