Le crime du Palace : enquête sur l'une des plus grandes affaires criminelles des années 1930

Le crime du Palace : enquête sur l'une des plus grandes affaires criminelles des années 1930

Quatrième de couverture

Au début des années 1930, en à peine quatre mois, la France est secouée par trois grandes affaires : l'affaire Violette Nozière, l'affaire Stavisky, et, entre les deux, l'affaire Oscar Dufrenne. Le 25 septembre 1933, Oscar Dufrenne, maître des nuits parisiennes, ami de Jean Sablon et de Mistinguett, directeur du Casino de Paris et du music-hall Le Palace, par ailleurs conseiller municipal (radical-socialiste) et proche de l'ancien ministre de l'Intérieur Louis-Jean Malvy, est retrouvé mort dans son bureau du Palace, le crâne fracassé et le pantalon baissé.
Le crime, qui va défrayer la chronique pendant de longs mois, ne sera jamais élucidé, même si tout accuse un certain Paul Laborie, dit Paulo les Belles Dents. L'historienne Florence Tamagne reprend l'enquête. Elle dévoile le parcours, de son Lille natal à la «capitale des plaisirs», d'un self-made man homosexuel et «grand exhibiteur de cuisses» (L'Humanité), raconte la traque des policiers, les rumeurs, le procès et décrit la France de l'entre-deux-guerres, une France où certes l'ascenseur social est encore possible, mais une France instable, secouée par les extrêmes de droite comme de gauche qui dénoncent la corruption du système, et marquée par les scandales financiers, les meurtres sensationnels et les affaires de moeurs.

Florence Tamagne, historienne, maîtresse de conférences à l'université de Lille 3, est l'auteure, au Seuil, d'une Histoire de l'homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919-1939 qui fait autorité.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Macha Séry - Le Monde du 16 mars 2017

Extrait de Le crime du Palace : enquête sur l'une des plus grandes affaires criminelles des années 1930

Extrait de l'introduction

Une affaire qui défraya la chronique

«Combien de questions sans réponse et de gens qui se sont perdus dans Paris... Ainsi en 1933, l'assassin d'Oscar Dufrenne, le directeur du Palace, un music-hall du faubourg Montmartre. On avait vu, quelques instants avant le crime, se glisser dans le bureau de Dufrenne un jeune homme en costume de marin. Depuis près de soixante ans, il court toujours.»
Patrick Modiano.

Dans la nuit du dimanche 24 septembre 1933, Oscar Dufrenne, conseiller municipal du 10e arrondissement de Paris, conseiller général de la Seine, président de la Fédération des spectacles, directeur et copropriétaire, entre autres, du Casino de Paris, était retrouvé mort, assassiné, dans son bureau du cinéma Le Palace, un ancien music-hall situé 8, rue du Faubourg-Montmartre.
L'autopsie révéla que l'imprésario, découvert les vêtements en désordre, le crâne fracassé, était mort asphyxié sous la carpette que l'on avait jetée sur lui. Si les premières hypothèses faisaient état d'un crime crapuleux, et si le vol paraissait le mobile le plus plausible - la montre de luxe du défunt ayant disparu -, l'enquête prit vite une autre tournure et la personnalité de la victime, homosexuelle, fut mise au centre de l'affaire, tandis que les soupçons se portaient sur un jeune homme habillé en marin aperçu au promenoir du cinéma. Détenteur d'un billet de faveur signé de la main de Dufrenne, il avait déjà été vu en sa compagnie sans que l'on sache s'il s'agissait d'un véritable matelot ou d'un travesti. L'uniforme de marin, particulièrement prisé alors de la subculture homosexuelle, était en effet souvent revêtu par des prostitués, qui espéraient ainsi augmenter leur chance d'attirer le client.
La notoriété de la victime, ses affiliations politiques (avec le parti radical-socialiste et notamment l'ancien ministre de l'Intérieur, désormais président de la Commission des finances à la Chambre des députés, Louis-Jean Malvy), ses liens avec le Tout-Paris (il était l'ami de Jean Sablon, de Mistinguett et de Cécile Sorel), tout comme les circonstances rocambolesques de sa mort, contribuèrent à placer cette affaire au premier plan de l'actualité, dans une atmosphère de scandale.
L'arrestation puis le procès, deux ans après le crime, de Paul Laborie, un repris de justice d'une vingtaine d'années, surnommé dans le milieu «le Beau Paulo», ou «Paulo les belles dents», déjà condamné pour port d'arme, recel, trafic de stupéfiants et proxénétisme, ne permirent pas de mettre un point final à l'affaire. Les déclarations contradictoires des témoins, la faiblesse des preuves rassemblées, la conviction qu'il s'agissait là d'un «coupable fabriqué» aboutirent à l'acquittement de l'accusé, verdict applaudi par le public. Le crime resta irrésolu, entretenant le soupçon d'une collusion entre milieux politique, policier et judiciaire afin d'étouffer l'affaire.