Des âmes simples

Des âmes simples

Quatrième de couverture

«Ce qui repousse les caméras m'attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu'on ne voit pas. J'aime le fond de la classe. Le saccage et le sursaut, la poudrière, le foutoir, la beauté, les rêveurs : tout est au fond, chez les invisibles. Au fond des vallées. Cette leçon, je l'apprendrai aux côtés de frère Pierre. En citant saint Paul, il me dira que la véritable sagesse n'est pas celle du monde : «Si quelqu'un pense être sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour être sage».»
Au coeur d'une vallée, aux confins de la France, un homme tient là seul par sa foi. Au plus près des vies minuscules - les bergers et les bêtes, les paumés et les vagabonds célestes -, il accueille les histoires murmurées, les hommes en perdition. Les croyants et ceux qui ne croient pas. Parce qu'«on ne peut plus faire comme si les gens avaient la foi». Pour lui, cela importe peu. Jour et nuit, son portable sonne. Il accourt.
D'une plume taillée à la serpe, Pierre Adrian nous offre un récit éblouissant, à l'écoute des ténèbres et de la désespérance d'une époque.

Né en 1991, Pierre Adrian vit à Paris. Son premier livre, La Piste Pasolini, fut couronné en 2016 du Prix des Deux-Magots et du Prix François-Mauriac de l'Académie française.

«Presque du Victor Hugo ! Magnifique !»
Jean-Marie Rouart, de l'Académie française.
«Au sein d'une rentrée littéraire où chacun cherche à présenter son meilleur profil, Pierre Adrian fait un peu figure d'exception en racontant à mi-voix des histoires modestes, sises dans la torpeur de villages endormis. Un court récit bouleversant et ciselé.»
Christine Ferniot, Télérama
«Le nouveau livre de Pierre Adrian est une réelle bénédiction. Il insuffle un supplément d'âme à la rentrée littéraire de janvier, il donne du style au chaos de nos pauvres vies.» François Aubel, France Culture
«Comment vivre ? Cette question que se posèrent les philosophes, le jeune écrivain l'emporte au loin, dans le silence et la ligne resserrée de la vallée d'Aspe. Il en rapporte un livre profond et grave, qui pèse le poids des peines et des sollicitudes.»
Alice Ferney, Le Figaro
«Un grand coup de coeur ! Un style plein de lumière mais où les ténèbres s'invitent aussi. Un livre qui parle de l'opposition entre le silence, le monde de la sainteté et le tumulte des hommes.»
Christophe Ono-dit-Biot
«Ce qui m'a totalement séduite, c'est l'écriture, la poésie de Pierre Adrian !»
Jessica Nelson, Au Fil des Mots, TF1
«Un récit comme un retour aux sources. Pierre Adrian tend l'oreille au moindre murmure, caisse de résonance des sans-voix.»
Yves Jaéglé, Le Parisien
«Pierre Adrian confirme ses talents d'écriture avec un second récit de voyage remarquable. Avec une prose nette, épurée, recelant de nombreux joyaux, Pierre Adrian trace le contour d'un territoire désenchanté, porteur des failles spirituelles et existentielles de notre époque.»
Estelle Lenartowicz, Lire
«En habit blanc, frère Pierre tient le monastère, roc dans un torrent de misère. Fasciné par ce pilote d'un navire en perdition, Pierre Adrian l'accompagne dans ses tournées incessantes et trouve les mots pour décrire les cimes, les fonds et les tréfonds. Beau et triste comme une messe dans une grande nef vide.»
Frédéric Pages, Le Canard enchaîné
«Faire mieux dans la rentrée littéraire de janvier sera difficile. Somptueux roman de Pierre Adrian entre Bernanos et Pasolini. Âpre, mystique, vrai.»
François Maillot, La Procure

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Xavier Houssin - Le Monde du 23 mars 2017
Marianne Payot - L'Express, février 2017
Christine Ferniot - Télérama du 1er février 2017

Extrait de Des âmes simples

Il y a des vies qu'il faut savoir finir. Ce jeu minable d'être quelqu'un. Alors on se lève un matin. Et, avec un peu de volonté, on dit que ce sera le dernier.

Le bourg de Lescun s'éteint dans un dimanche de premier été. La lumière de midi, abominable, laisse place à ces après-midi vides. Déjà le ciel a versé. Quelques nuages stagnent comme de lourds zeppelins. Dans son déclin, le soleil a oublié la vallée. Il s'offre là-haut, aux dernières neiges éternelles. Il roule sur la ligne de crête. Mais de la lumière, la vallée n'a plus qu'une vague idée. Tout se tait. Tournée vers le vide, l'église de Lescun n'a pas sonné les cloches pour l'office. Ce matin, la messe était à Bedous. Alors les toits d'ardoise restent sages et on vit mollement la fin de journée sous leurs poutres. Sept heures du soir. L'heure où les chiens aboient. Jean n'a rien prévu. De sa mort, seule la volonté n'a rien d'improvisé. Et ses blessures. Dernier dimanche du mois, les enfants sont chez lui. En soirée, il devra les raccompagner chez leur mère à Oloron. Elle ne le regarde pas quand il dépose Anne et Thibaut. On ne fait plus attention au facteur qui passe. Et après cette course, il rentrera vers Lescun, lancé sur la nationale 134 qui monte au col du Somport. Il déboulera dans la vallée, torturé par un long cafard. Dimanche soir à vomir. Blues du pauvre.

A l'heure dite, Jean appelle Thibaut, assis sur le canapé. Ses jambes grêles se balancent dans le vide. Dans trois ans peut-être, il aura touché le sol. Thibaut doit éteindre ses jeux vidéo et enfiler son blouson. Anne marche à peine. Jean l'enfouit dans ses pulls et son manteau comme un nouveau-né dans les langes. Les moufles mâchouillées pendent à leur fil. Anne sourit. Elle a compris, et commence à chuchoter «maman, maman...». Papa est ce mot qu'ils ne connaissent pas. L'ingratitude de donner la vie. Les yeux fixés sur sa Gameboy, Thibaut s'installe dans la voiture. Dans les rainures de la banquette arrière, les miettes des goûters s'accumulent. Au sol, paquets de biscuits et bouteilles vides, capuchon d'un vieux biberon. Et bientôt ils danseront entre les portières, ils choqueront. Jean installe Anne dans son fauteuil. La petite se laisse faire, elle bat des pieds. Anne joue même à attraper les cheveux de son frère. Leur sourire est malicieux, papa a oublié d'attacher les ceintures.

Entre chiens et loups. L'expression en vallée est plus valable qu'ailleurs. Non pas que les loups y rôdent toujours en meute. Ils ont depuis longtemps quitté la vallée. Et quelques enfants seulement les voient encore en cauchemar, apeurés par une histoire racontée au coucher. Non, chiens et loups parce que la lumière cernée par la montagne disparaît bien avant la nuit. Les couchers de soleil n'existent pas. En attendant la nuit, on vit dans la pénombre, les rumeurs. On ne tarde jamais trop à fermer ses volets. Les rues sont lâchées aux chiens errants, à la pesanteur de l'air qui passe en poussière. La lumière ne vient plus d'en haut. Elle se promène entre ciel et terre, sur les sommets, cette âpre limite où, justement, la terre essaie en vain de toucher le ciel. La terre est une chienne dévorée par les loups. Sept heures.