La nièce : le phénomène Marion Maréchal-Le Pen

La nièce : le phénomène Marion Maréchal-Le Pen

Quatrième de couverture

Dans la région PACA, où elle a été élue députée, tout le monde ou presque l'appelle «Marion». Plus simple, plus humain, plus mignon que Maréchal ou Le Pen. C'est pourtant la «pire des Le Pen» affirment ses opposants. Elle insufflerait au Front national un positionnement «plus identitaire, plus radical, plus catholique, plus pétainiste».
Quoi qu'il en soit, le phénomène ne laisse personne indifférent. Michel Henry a longuement enquêté, chez ses détracteurs comme dans son proche entourage, pour en percer les mystères, les convictions et les mensonges, les cohérences et les aberrations.
Sachant qu'en 2022, elle n'aura que 32 ans, ses supporters l'imaginent comme une Jeanne d'Arc candidate à une future présidentielle. Or, l'ascendance familiale la rendant dépositaire du passé du Front, elle s'y voit un futur prometteur, mais n'en maîtrise pas l'appareil, tenu par sa tante. Il lui faut donc se montrer patiente, dans l'attente d'une circonstance propice qui verrait le seul parti à pratiquer le droit du sang - celui des Le Pen -, appliquer cette équation : à Jean-Marie le passé, à Marine le présent, à Marion l'avenir.
Mais c'est quand, l'avenir ?

Journaliste indépendant, Michel Henry a longtemps travaillé à Libération comme correspondant à Marseille, où il a suivi le développement du Front en région PACA. Il a ainsi eu accès à des sources de premier ordre, qui permettent de démonter les rouages de ce «laboratoire FN» et de son égérie.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Olivier Faye - Le Monde du 16 mars 2017
Nicolas Joly - Les Inrocks, janvier 2017

Extrait de La nièce : le phénomène Marion Maréchal-Le Pen

Extrait du prologue

C'est un matin presque comme un autre. À son agenda, elle a un «Bourdin» à 8 h 35 en direct sur RMC et BFMTV. Une routine : d'habitude, la députée de Vaucluse y brille sans trop d'efforts. L'interview commence à la coule, avec un Jean-Jacques Bourdin tout miel, limite patelin, qui passe la pommade. Puis soudain, parce qu'il aime titiller ses invités avec des interrogations style maître d'école, il lance pour voir, comme au poker : «Combien y a-t-il d'habitants en région Provence-Alpes-Côte d'Azur ?» Question facile : en 2015, Marion Maréchal-Le Pen a arpenté la région dans tous les sens quand elle y a concouru aux régionales, elle doit connaître la réponse sur le bout des doigts. Elle ne semble d'ailleurs pas désarçonnée. «J'ai plus le chiffre exact, mais c'est autour de deux millions, quelque chose comme ça.»
Sans ciller, le présentateur vedette savoure. Il sait qu'il a ferré son poisson pour une «bourde chez Bourdin» qui va lui faire sa matinée. Il insiste : «Vous dites deux millions ? Deux millions ?» La députée sent, devant son insistance, qu'elle s'est peut-être plantée. «Il me semble que oui. Bon, peut-être un peu plus que ça, j'ai plus le chiffre.» Voyant qu'elle ne se libérera pas de l'hameçon, Bourdin en profite un chouïa : «Vous avez voulu être présidente de la région ?» «Oui, oui. Je n'ai plus le chiffre exact.» D'un geste vif, le journaliste enroule son moulinet : «Je vous dis qu'il y en a cinq.» Soit un coefficient d'erreur de 150 %. Comme si, interrogée sur la population française, elle avait répondu 25 millions, au lieu de 66. Léger flottement. Et pirouette : «C'est dramatique», rit-elle.
La scène est désastreuse, démontrant que la native de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) reste une étrangère dans la région où elle est élue députée, mais où elle ne vit que très épisodiquement. Fâcheux... D'autant que la séquence a été précédée d'un commentaire douteux sur les migrants qui doivent être évacués de Calais. «Le problème, c'est qu'on va éparpiller la poussière», lâche la députée. Bourdin saute au plafond : «La poussière ?» «C'est une façon de parler», se justifie-t-elle, le prenant de haut sans mesurer la connotation méprisante de son propos. Elle s'enfonce : «Vous ne connaissez pas l'expression "cacher la poussière sous le tapis" ?»
«Ce n'est pas une façon de parler ! rétorque Bourdin. Vous cachez les migrants sous le tapis, vous. Parce que c'est ce que vous pensez !» Elle rit, parce qu'elle croit que tout peut toujours s'arranger avec un sourire. Il la rabroue : «Ne riez pas ! On ne rit pas avec ça. Des hommes, des femmes et des enfants, on ne les traite pas de poussières !» Elle tente de minimiser : «Vous êtes en train de vous énerver...» «Je ne m'énerve pas, je m'indigne !»