Pour une médecine évolutionniste : une nouvelle vision de la santé

Pour une médecine évolutionniste : une nouvelle vision de la santé

Quatrième de couverture

Voici un ouvrage original qui présente une conception renouvelée de la santé humaine. Cela fait moins de vingt ans que la théorie de révolution biologique et les pratiques biomédicales ont entrepris de se rapprocher. Qu'il s'agisse des troubles digestifs, articulaires, psychiques, des maladies infectieuses ou du cancer, de la physiologie du sexe et de la reproduction, il n'est guère de domaine médical qui ne prenne à la lumière de l'évolution des aspects novateurs, voire révolutionnaires.

Introduire les lois de l'évolution en médecine clinique, c'est faire le lien entre l'Histoire de la vie et les histoires personnelles, entre les facteurs individuels et les facteurs environnementaux. L'interdisciplinarité entre biologie fonctionnelle, biologie évolutionniste et clinique médicale est en passe d'avoir des répercussions considérables sur la pensée médicale, les politiques sanitaires et la pratique thérapeutique. Exemples parmi d'autres, cette approche éclaire tant les risques de nouvelles épidémies et les débats sur la vaccination, que la progression de l'obésité, les bienfaits de l'allaitement maternel, etc. Ce livre, fondé sur les travaux de recherche les plus récents, est le premier à offrir un large panorama des perspectives ainsi ouvertes. Il devrait avoir un effet marquant sur l'enseignement médical, et plus généralement sur la culture médicale commune. Le corps médical et les professionnels de santé sont évidemment concernés au premier chef, mais chacun, soucieux de sa santé, y trouvera de quoi transformer sa vision.

Luc Perino est docteur en médecine, diplômé de médecine tropicale et d'épidémiologie. Il enseigne l'Histoire de la médecine, épistémologie, sciences humaines et sociales à la faculté de médecine de Lyon. Fort de sa longue pratique de clinicien, il mène une très remarquable activité de partage des connaissances médicales notamment grâce à son site www.lucperino.com. Il a publié un dizaine d'ouvrages dont Les Nouveaux Paradoxes de la médecine (Le Pommier, 2012).

Extrait de Pour une médecine évolutionniste : une nouvelle vision de la santé

Les biologies et les sciences biomédicales

Depuis le «transformisme» de Lamarck et la «sélection naturelle» de Darwin, jusqu'à la métagénomique et la modélisation des scénarios évolutionnistes, les sciences de l'évolution ont fait, en moins de deux siècles, autant de progrès que les mathématiques ou l'astronomie en trois millénaires. Ce chapitre résume les concepts et méthodes (dans des encadrés destinés aux non-biologistes), suivis d'un aperçu des répercussions cliniques qui seront abordées dans cet ouvrage.

Sélection naturelle

«Compétition», «variabilité», «hasard», «valeur sélective» et «compromis» sont les maîtres mots pour comprendre la sélection naturelle. Partant du principe que la limitation des ressources naturelles impose une compétition entre tous les individus d'une niche écologique, Darwin en conclut logiquement que les meilleurs compétiteurs ont les meilleures chances de survie. Toutes les caractéristiques des individus de la même espèce (poids, taille, couleur du pelage, rapidité, vision nocturne, résistance au froid ou à la sécheresse, etc.) présentent des variations qui confèrent à leurs porteurs des avantages ou des inconvénients lors de changements d'environnement, si minimes soient-ils. Les variétés les plus favorables ont une meilleure survie, donc de meilleures chances de reproduction ; les caractères associés seront donc plus souvent présents dans les générations suivantes. C'est ce que Darwin appelle la fitness dont la meilleure traduction est «valeur sélective». La nature opère comme les agriculteurs et éleveurs qui sélectionnent certains caractères des plantes et animaux domestiques, mais avec une différence fondamentale : les caractères de la sélection artificielle sont déterminés à l'avance alors que ceux de la sélection naturelle sont constatés a posteriori.
À long terme, par isolement reproductif, les variétés finissent par devenir des espèces.

Intégrer le «a posteriori» est capital en médecine. Tout nouvel aliment, médicament, mode de vie ou agent chimique a des répercussions différentes sur les individus. Quel que soit le nouvel élément considéré, toute population comporte déjà des individus pour lesquels cette nouveauté sera utile, nuisible ou neutre. La constatation se fera a posteriori, comme pour la sélection naturelle, et ce n'est que plus tard que l'on pourra éventuellement expliquer quels ont été les déterminismes biologiques de ces tolérances et intolérances.

Après Darwin

Aucun des éléments de la sélection naturelle n'a pu être remis en cause, mais plusieurs théories ultérieures ont élargi le cadre explicatif de l'évolution des espèces.
Tous ces apports 1,2,3 ont leur confirmation clinique. Nous verrons que la sélection sexuelle chez l'homme a une grande importance sur la fertilité des couples et la santé de leur progéniture. Comme D'Arcy Thompson, nous constatons que les contraintes géométriques influencent la forme de l'ADN et des molécules, ainsi que leurs expressions. La théorie neutraliste est devenue une loi utilisée pour tester la valeur adaptative d'un allèle : une mutation est considérée comme «adaptative» si sa diffusion dans une population ne correspond pas au modèle mathématique de diffusion dans l'hypothèse de neutralité. La génétique des populations nous permet aujourd'hui de comprendre l'évolution et la répartition des maladies dans les différents groupes humains, nous faisant mieux comprendre pourquoi l'extension de notre médecine aux pays du Sud est une impasse.
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