La Caisse : enquête sur le coffre-fort des Français

La Caisse : enquête sur le coffre-fort des Français

Quatrième de couverture

C'est votre argent. Des dizaines de milliards d'euros qu'ils gèrent avec le souci constant... de leur propre intérêt. Notes de frais, voitures de fonction, salaires ahurissants, primes en tout genre, honoraires mirobolants... Et quand ce n'est pas directement eux, ce sont leurs amis qui en profitent.
Eux, ce sont les responsables de la Caisse des dépôts et consignations, le dernier trésor de la République. Le vôtre, Français, qui lui confiez le fruit de vos économies, l'argent de votre livret A. La Caisse possède des stations de sports d'hiver, le parc Astérix, des forêts et des dizaines de milliards d'euros d'actions dans les plus grandes entreprises françaises. Elle construit chaque année des milliers de logements sociaux et investit dans les grands projets. C'est pour cela qu'elle a été créée, il y a deux cents ans. Pour protéger votre épargne des appétits du pouvoir. Mais est-ce bien toujours le cas dans un État en faillite et prêt à tout pour le cacher ? La Caisse a-t-elle les moyens et la volonté de se préserver d'elle-même ? Peut-elle tenir en respect tous ceux qui en veulent à son argent ?
Sophie Coignard et Romain Gubert ont enquêté au coeur de cette institution très secrète... et ont décidé de fermer leur livret A.

Journalistes au Point, les auteurs ont publié de nombreux best-sellers, parmi lesquels L'Omerta française, L'Oligarchie des incapables ou encore Ça tiendra bien jusqu'en 2017...

Extrait de La Caisse : enquête sur le coffre-fort des Français

Extrait de l'introduction

«Vieille, riche et conne» ?

«J'en ai assez d'entendre dire dans tout Paris que la Caisse est vieille, riche et conne», avait coutume de s'indigner un inspecteur des finances, directeur de la stratégie de la Caisse des dépôts. Et si cette apparence était un subtil camouflage fait de ratios financiers assommants et de références permanentes à l'intérêt général ? Pour mieux protéger son pouvoir et sa fortune, la Caisse ne doit éveiller ni la curiosité ni les convoitises.
Vieille, elle l'est assurément. Vénérable maison deux fois centenaire, elle est également unique en son genre et sans équivalent dans le reste du monde. Créée après la chute de Napoléon Ier pour éviter que l'exécutif ne vide les caisses de l'État, elle est placée sous la protection et le contrôle du Parlement, afin que le gouvernement ne puisse pas piller ses ressources au gré de ses fantaisies et de ses besoins. La Caisse, en effet, veille sur l'épargne des Français, dont elle est aussi le premier assureur à travers la Caisse nationale de prévoyance (CNP). Elle gère également une cinquantaine de régimes de retraite, finance le développement des collectivités locales et investit dans le logement social. Omniprésente dans l'économie, elle vient en aide aux groupes du CAC 40 comme aux PME à travers Bpifrance, la banque publique d'investissement.
Riche ? Sans aucun doute ! La Caisse des dépôts et consignations (CDC) bénéficie du monopole sur la collecte du livret A et de quelques autres produits financiers grand public tels que le livret de développement durable : 60% des fonds déposés lui sont directement versés. Elle se trouve aussi en situation d'exclusivité pour tous les dépôts réglementés, tels que ceux des notaires ou des administrateurs judiciaires, qu'elle rémunère à des taux encore plus bas que ceux du livret A, ce qui n'est pas peu dire. En tout, son trésor s'élève à 250 milliards d'euros d'actifs, auxquels s'ajoutent les 250 milliards d'épargne des Français.
Conne ? C'est beaucoup plus contestable. Certes, les profiteurs sont nombreux. Et la Caisse pas trop farouche à leur égard. Mais, en même temps, elle concentre en son sein les plus beaux esprits de la République. Ce n'est pas là la moindre de ses contradictions.
Du sommet du pouvoir politique aux grands corps de l'État, en passant par les syndicats et les patrons du CAC 40, tout le monde veut sa part du butin. Les présidents de la République lui demandent de petits coups de main, pour dépanner des amis, ou de grands services, pour financer leurs mirobolantes ambitions. Les Premiers ministres, de Jospin à Ayrault en passant par Raffarin, Villepin et Fillon, n'hésitent pas à lui faire recueillir des collaborateurs qui pourraient connaître une mauvaise passe en cas d'alternance. Les ambitieux y voient un magnifique ascenseur pour leur carrière, et parfois un moyen de s'enrichir. Les cyniques, un placard de luxe pour faire semblant de travailler. Les syndicats exigent de participer au festin. Les groupes du CAC 40 l'appellent au secours. Les prestataires en tout genre, avocats, banquiers d'affaires, experts autoproclamés, lui proposent leurs services à prix d'or. Pour cette raison, les initiés prétendent parfois que CDC est le sigle de la «Caisse des copains», une institution qui consent, bonne fille, à embaucher puis à promouvoir des fils de ministres.