Economiques. Volume 4, Repenser le modèle social : 8 nouvelles questions d'économie

Economiques. Volume 4, Repenser le modèle social : 8 nouvelles questions d'économie

Quatrième de couverture

La France est traversée par un doute d'ordre existentiel sur son modèle social. La promesse d'une société assurant à chacun le droit au bonheur s'éloigne, et les remèdes proposés semblent souvent pires que le mal qu'ils veulent combattre.

Tableau d'une société qui s'interroge sur son avenir, ce livre a pour ambition de proposer un diagnostic et d'explorer des pistes de réformes à travers les propositions des plus éminents chercheurs en économie, réunis sous la houlette de Philippe Askenazy, Daniel Cohen et Claudia Senik.

Analysant les différentes facettes de la question sociale, l'ouvrage traite des principaux thèmes qui préoccupent l'opinion : les inégalités hommes-femmes, le combat contre les discriminations à l'embauche, la lutte contre l'obésité ou encore la réflexion sur le lien entre libéralisation et croissance, ou la réforme de l'État-providence.

Cette édition rassemble les contributions de : Hippolyte d'Albis, Bruno Amable, Maya Bacache, Christian Baudelot, Luc Behaghel, Antoine Bozio, Hédi Brahimi, Eve Caroli, Damien Cartron, Martin Chevalier, Brigitte Dormont, Anthony Edo, Fabrice Etilé, Gabrielle Fack, Jérôme Gautié, Olivier Godechot, Michel Gollac, Julien Grenet, Angela Greulich, Malka Guillot, Nicolas Jacquemet, Ivan Ledezma, Mathieu Lefebvre, Dominique Meurs, Marion Monnet, Pierre Pestieau, Grégory Ponthière, Lucile Romanello, Gilles Saint-Paul et Claudia Senik.

Économiques : la collection du Cepremap (Centre pour la recherche économique et ses applications) qui permet de faire connaître au grand public les travaux les plus avancés de la recherche économique contemporaine.

Déjà parus :
27 questions d'économie contemporaine, 2008.
16 nouvelles questions d'économie contemporaine, 2010.
5 crises - 11 nouvelles questions d'économie contemporaine, 2013.

Extrait de Economiques. Volume 4, Repenser le modèle social : 8 nouvelles questions d'économie

Extrait de l'introduction

Cette quatrième édition des Économiques reprend, comme les précédentes, les publications récentes du Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap). Trois thèmes majeurs en ressortent : travailler en France, vivre en France, organiser la complémentarité des marchés et de la protection sociale. La diversité des thèmes retenus témoigne à la fois de la curiosité des chercheurs et de la variété des questions que la France doit aborder pour se réformer. Les inégalités hommes/femmes, la discrimination à l'embauche, l'écart privé-public, la nouvelle fécondité féminine, l'obésité, le logement, l'organisation des marchés et la question de l'État-providence : ces aspects essentiels de la vie privée et professionnelle méritent un nouvel examen. Les textes rassemblés dans cet ouvrage ne se contentent pas de proposer un état des lieux, ils font également des propositions concrètes à destination des pouvoirs publics en général et des citoyens en particulier.

Les inégalités hommes/femmes

La France, pays attaché au principe d'égalité et de méritocratie, reste un pays où les salaires des femmes demeurent en deçà de ceux des hommes. Malgré un certain rattrapage des niveaux de salaire et d'études, leurs carrières sont marquées par les trop fameux «plafonds de verre» et «planchers collants». La situation a même cessé de s'améliorer depuis les années 1990.
Plus de filles que de garçons terminent pourtant l'école secondaire en France. Les femmes ont accès à toutes les formations, y compris les plus sélectives. Plus aucun métier ne leur est fermé, même dans l'armée. Les progrès techniques ont rendu les tâches ménagères moins gourmandes en temps et la France s'enorgueillit de disposer de crèches et d'écoles maternelles qui facilitent la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Enfin le basculement d'une société industrielle à une société de services favorise l'emploi des femmes. Tous ces changements ne sont pas récents et auraient dû reléguer la question des inégalités professionnelles au rayon des controverses aussi dépassées que la question de savoir si les femmes pouvaient ou non enseigner le latin et le grec au lycée (ce n'est qu'en 1937 que les femmes ont été autorisées à le faire !).
Pourtant, les inégalités se perpétuent. Peu de questions ont été analysées aussi attentivement et l'on peut dire que les principaux mécanismes conduisant à ces écarts de salaire sont aujourd'hui bien connus. Plus qu'une discrimination salariale pure, c'est-à-dire un salaire inférieur aux hommes pour des tâches identiques, c'est essentiellement la ségrégation professionnelle et les difficultés d'accès aux emplois les mieux rémunérés qui sont à la source de ce phénomène.
La cause majeure de ces comportements se situe toutefois hors du marché du travail, dans l'inégale répartition des tâches domestiques et des soins aux enfants au sein des ménages. Alors même que le salariat a continué à progresser et que la norme est que les couples, même avec enfants, soient tous deux actifs, le constat du déséquilibre des tâches au sein des ménages est inchangé. Les stéréotypes de genre influencent à la fois les choix professionnels des conjoints et les anticipations des employeurs, ainsi que, en amont, les choix de filières éducatives des jeunes gens. Cet équilibre tenace de segmentation scolaire et professionnelle sera difficile à modifier, à moins de changements radicaux dans l'implication des pères au sein du foyer. Cela implique aussi une responsabilité des pratiques de recrutements et de promotions dans les entreprises tant publiques et privées.