La promesse de l'oubli : mon grand-père Jules Dumont : Roubaix 1888-Mont Valérien 1943

La promesse de l'oubli : mon grand-père Jules Dumont : Roubaix 1888-Mont Valérien 1943

Quatrième de couverture

Il tombe sous les balles des nazis, il vient d'être assassiné, et l'imaginant à l'instant où les coups de feu claquent, je ne peux que savoir que la mort d'un poète est un meurtre à l'espoir. Il a pour nom Jules Dumont et depuis trop longtemps tous voulurent l'oublier, l'omettre des pages glorieuses de notre Histoire, de notre grandeur, de notre Résistance. Dès les premiers instants de ce livre en lisant les lettres, récoltées par l'auteure, du futur fusillé nous allons sur les sentiers de la gloire et de l'écrit. Ce roman écrit par sa petite-fille fait fi à cet oubli, et nous donne pâture à une écriture à découvrir. Car cet enfant du peuple, de condition modeste, d'un milieu d'ouvriers laissera trace dans la pensée du Parti communiste français tant par ses écrits, que ses combats, son militantisme, sa loyauté. Lui, le croyant, le pratiquant, le religieux jusqu'aux tripes devient l'image même de la jeunesse de notre civilisation quand il s'engagera auprès de la classe ouvrière et qui deviendra le chant de ses espoirs, le sacerdoce de ses engagements, un militant. Il fut combattant de tous les conflits du XXe siècle de la pacification du Maroc, à la guerre de 14-18, mais aussi aux côtés du Négus en Abyssinie, et encore avec les Républicains en Espagne, et toujours résistant contre l'occupant nazi et ses sbires. L'auteure Françoise Demougin-Dumont nous concocte un texte où la passion, l'imaginaire, le voyage, l'amour, la quête de la justice se mêlent comme si la réalité était allégorie et le fictif une vérité qui anoblit la destinée du héros. Pourtant, une blessure trace au travers de ses mots qu'il nomme «un accident», en époux trahi, il vivra en reclus de sa propre cellule familiale et s'intentera d'un pardon comme un dû à la faute de celle qu'il aime. Et cette énigme - noeud gordien de ce récit - laisse à tout lecteur la folie de la résoudre. Avant d'être fusillé il écrira : «je suis tellement sûr qu'on ne me connaissait pas !» Il était enfin temps de le découvrir.

Françoise Demougin-Dumont est née en 1957 à Rabat (Maroc).Après une enfance et une adolescence passée à Dakar (Sénégal), où son père est conseiller du président Senghor, elle poursuit des éludes supérieures classiques en France : agrégation des lettres et doctorat de littérature française et devient enseignante-chercheuse, professeure des universités.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
José Fort - L'Humanité du 24 août 2017

Extrait de La promesse de l'oubli : mon grand-père Jules Dumont : Roubaix 1888-Mont Valérien 1943

À ma mère

Le 3 mars 2014, après la dispersion des cendres de ma mère dans l'intimité familiale pour respecter sa volonté, tous mes proches sont partis, chacun reprenant ses activités.
Restée seule, je suis allée chercher la boîte en carton contenant tout ce qu'elle nous avait laissé en souvenir : photos, livres, lettres, bijoux, divers objets...
Je ne pus retenir mon chagrin et ressentir une grande frustration : comment une vie de 94 ans, active, riche en contacts humains, exceptionnelle en raison d'une situation familiale singulière, intéressante en raison de souvenirs couvrant plus de neuf décennies, pouvait-elle se réduire à quelques affaires tenant dans un carton ?
Mais je découvrais qu'elle avait laissé un document dont je n'avais pas mesuré l'importance : des pages manuscrites de Mémoires rédigées de son écriture régulière d'ancienne institutrice. Ces témoignages concernaient les événements de sa vie les plus marquants à ses yeux et présentaient un intérêt particulier puisqu'elle avait vécu une expérience peu courante en raison de son mariage en Algérie avec un Kabyle, elle qui appartenait à une famille pied-noir. En outre, son mari «Indigène», selon le terme utilisé à cette époque, était chrétien alors que sa famille «Européenne» n'avait aucune croyance.

Elle avait vécu la longue guerre d'indépendance en conservant des liens affectifs avec des proches appartenant aux deux communautés qui s'entre déchiraient.
Malgré ce contexte difficile, elle réussit à s'adapter à cette situation grâce à son esprit de tolérance, mais aussi au prix de blessures qu'elle accepta de subir pour ne pas rompre avec tous les siens. C'est ainsi qu'elle continua à revoir en cachette sa soeur aînée, car celle-ci ne pouvait s'empêcher d'exprimer ses opinions colonialistes, même en présence de mon père qui, de ce fait, ne voulait plus la rencontrer.
Sachant que sa belle-famille catholique pratiquante y était sensible, elle ne manquait pas d'assister - elle qui n'était pas croyante - aux cérémonies religieuses marquant chaque événement familial important.
C'était sa manière de maintenir des ponts entre celles et ceux qu'elle aimait, qu'une guerre et une religion séparaient.

Mon frère et moi avons décidé de publier ces pages de souvenirs dans l'intention de contribuer à l'écriture de la société sous la colonisation, telle que notre mère l'avait vécue et décrite, mais aussi pour lui rendre la dignité à laquelle elle aurait dû avoir droit lors de sa fin de vie dans un centre hospitalier où elle avait été admise du 14 au 23 février 2014, date de son décès.

(...)