Chroniques du déni français

Chroniques du déni français

Quatrième de couverture

Au terme d'un quinquennat désastreux, la France est devenue l'homme malade d'une Europe elle-même menacée de désintégration par le Brexit.
Pourtant, la France et les Français ne sont nullement condamnés au déclin. Ni à l'humiliation.
Ils disposent d'atouts majeurs, à commencer par les talents et les cerveaux, la culture et la civilisation dont ils sont les dépositaires. Et les solutions du mal français sont parfaitement connues.
Ne nous manque que l'essentiel : la volonté (pour nous redresser) et le chemin (pour nous réformer).
Voilà pourquoi la prochaine élection est décisive !
Ces chroniques qui refusent notre tentation du déni décrivent, avec la lucidité habituelle de l'auteur, ce que pourrait être le sursaut national.

Nicolas Baverez qui, le premier, osa dresser le constat du déclin de la France, nous livre les clés de son redressement et les bonnes raisons de dépasser les peurs pour croire en son avenir.

Extrait de Chroniques du déni français

Extrait de l'introduction

Le spectre des années trente

«Il faut savoir ce que l'on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire.»
Georges Clemenceau

Trop souvent au cours des trente-cinq dernières années qui ont jalonné le décrochage de la France furent annoncées des échéances décisives. Sans que changent ni les grandes orientations politiques ni la trajectoire déclinante de notre pays.
Pourtant l'élection présidentielle de 2017 se présente sous un jour différent à cause de la gravité de la situation qui en fait la dernière chance de redresser la France de manière pacifique et démocratique.
Jamais depuis les années 1930 la France n'a été confrontée à de tels défis intérieurs et extérieurs. Jamais depuis les années 1930, les institutions et la classe politique n'ont été aussi paralysées. Le mandat de François Hollande n'a pas été un quinquennat pour rien mais un vertigineux accélérateur de l'affaiblissement de la France. Il est urgent de sortir du déni dans lequel nombre d'entre nous se sont réfugiés. Ce fut l'objet de ces chroniques parues dans Le Point depuis 2010.
L'histoire s'est réveillée. Ses moteurs sont les crises, les guerres et les révolutions, qui se traduisent par des chocs d'une rare violence. Alors que les séquelles du krach de 2008 puis de l'ébranlement de la monnaie unique restent béantes, la zone euro demeure engluée dans la croissance molle et se voit prise en étau entre les États-Unis qui dominent sans partage l'économie numérique et la concurrence nouvelle des pays émergents : l'Europe ne compte que pour 7 % de la population et 20 % de la production mondiales alors qu'elle distribue la moitié des transferts sociaux de la planète ! Simultanément, la révolution numérique gagne tous les secteurs d'activité avec une vitesse inégalée depuis l'invention du capitalisme.
Mais la marque de la décennie 2010 demeure le changement de nature et d'intensité des risques géopolitiques avec la mondialisation du djihad, le réveil des empires, l'affirmation des démocratures qui s'affirment en rivales des démocraties. D'où la multiplication des ruptures et des surprises stratégiques : surgissement de l'État islamique et implosion du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord ; vague d'attentats islamiques majeurs en Europe ; déclenchement du plus important mouvement migratoire depuis 1945 vers notre continent, marqué par l'arrivée de 1,3 million de personnes en 2015 ; expansion de Pékin en mer de Chine favorisée par le renversement d'alliance des Philippines ; annexion de la Crimée par la Russie suivie des interventions militaires en Ukraine et en Syrie ; basculement de la Turquie vers une démocrature islamique après le coup d'État manqué de juillet 2016; vote des Britanniques en faveur du Brexit ; élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.
La décennie 2010 présente ainsi d'inquiétants points communs avec les années 1930 : déflation, déstabilisation des classes moyennes, montée des menaces stratégiques, poussée des populismes, désunion des démocraties. Les révolutions démographique, économique, technologique, écologique et stratégique qui accouchent du nouveau monde du xxe siècle polarisent les individus, les entreprises, les nations et les continents. Ceux qui s'adaptent accumulent les richesses et la puissance. Ceux qui subissent sont marginalisés et se paupérisent.