Le Moyen-Orient : 1876-1980

Le Moyen-Orient : 1876-1980

Quatrième de couverture

Clefs-concours

S'adressant à tous les candidats aux concours, en particulier Agrégation et CAPES, Clefs-concours offre une synthèse par sujet. Conçu comme un repère par rapport aux monographies et aux cours et comme un outil de révision, chaque ouvrage est articulé autour de fiches thématiques permettant de faire le point sur les acquis de la recherche.
Synthèse des travaux les plus récents, Clefs-concours permet de s'orienter dans la bibliographie et de mettre en perspective l'évolution des savoirs.

Clefs-concours Histoire
Tous les titres sont organisés autour d'une structure commune :
- des repères : un rappel des faits qui constituent la trame événementielle de la question.
- des synthèses sur les personnages et lieux qui jalonnent le sujet.
- les grandes "thématiques", indispensables à la compréhension des enjeux de la question.
- des outils méthodologiques : chronologie, glossaire, bibliographie.
- un système de circulation entre les fiches et les références bibliographiques qui complète l'index.

Les auteurs
Sylvia Chiffoleau, chargée de recherche au CNRS.
Anne-Claire de Gayffier-Bonneville, maître de conférences à l'LNALCO.
Norig Neveu, chercheuse à l'Institut français du Proche-Orient (Amman).
Annalaura Turiano, docteur en Histoire.
Matthieu Rey, chercheur associé au Collège de France.
Manon-Nour Tannous, ATER au Collège de France.

Les Clefs-concours - Histoire contemporaine sont dirigés par Michel Rapoport

Extrait de Le Moyen-Orient : 1876-1980

Extrait de l'introduction

Le Moyen-Orient de 1876 à 1980. Vaste sujet : un siècle d'histoire sur un espace qui fait la jonction entre trois continents. En raison de cette position, le Moyen-Orient entretient bien sûr de longue date des interactions denses avec ces continents, l'Europe d'abord, partenaire ancien qui se met à convoiter ses territoires tout au long du XIXe siècle, l'Asie ensuite, espace de commerce mais aussi extension orientale du dar al-islam, la "maison de l'islam", où circulent intensément les savoirs et des hommes, l'Afrique enfin, où domine le grand pays qu'est l'Égypte, territoire de l'avancée de l'islam au XIXe siècle, et où s'alimente le commerce des esclaves qui perdure longtemps. C'est toutefois au coeur de cette région, envisagée en elle-même et pour elle-même, que plonge cet ouvrage.
Le Moyen-Orient est certes d'abord une notion géopolitique, forgée par les Britanniques au début du XXe siècle, mais son acception reste floue, extensible ou au contraire resserrée, comme le montre Jacques Thobie [1985] à partir de cartes et des définitions proposées par les acteurs politiques, diplomatiques et militaires britanniques et américains. Le terme a été employé pour la première fois en 1900 par l'historien militaire Alfred Gardner, dans un article intitulé "The Problem of the Middle East", publié dans la revue Nineteenth Century. Mais c'est en 1902 qu'Alfred T. Mahan, historien et stratège naval américain, reprend cette expression et l'élève au rang de notion toponymique. Le terme est dès sa création lié à l'histoire militaire et à une perception géostratégique de la région. Cette première définition du Moyen-Orient est centrée autour de l'espace naval que représente le Nord-Ouest de l'océan Indien, l'espace intermédiaire entre le Canal de Suez et l'Inde. Il est défini comme une partie de l'Asie. Jusque-là le terme East était soit utilisé seul (the East) pour décrire tout ce qui, dans notre hémisphère, n'était ni occidental ni subsaharien, soit un vaste espace s'étendant du Maroc au Japon. On parlait aussi de Near East, en français le Proche-Orient ou Levant, soit les rives orientales de la Méditerranée, et de Far East (en français Extrême-Orient), centré sur la Chine et le Japon.
Cette définition du terme, à l'origine centrée sur le golfe Persique, connaît un glissement avec l'occupation britannique de la Palestine et de la Mésopotamie. Le 21 mars 1921, Winston Churchill, alors secrétaire d'État aux colonies, crée un "département du Moyen-Orient". Ce département a en charge la gestion des mandats britanniques en Palestine, en TransJordanie et en Irak. Le terme de Middle-East devient alors couramment utilisé par les différents départements de l'armée britannique pour définir cette région du monde.
Après la Seconde Guerre mondiale, surtout à partir de 1950 et l'entrée en scène des États-Unis, la notion de Middle-East s'étend à l'Égypte et à la Turquie. En français, on distingue encore couramment à l'époque le Proche-Orient du Moyen-Orient, identifié aux pays riverains du Golfe. Le terme Moyen-Orient s'est progressivement imposé en français à partir des années 1970 pour décrire un vaste espace qui comprend l'Égypte, la Turquie, l'Irak, la Perse, la Syrie, le Liban, la Jordanie, Israël, l'Arabie Saoudite, les Émirats du Golfe, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, Aden et le Yémen. C'est cette acception qui est aujourd'hui la plus courante, associée désormais à une vision négative qui tend à réduire cette région à une zone de conflit.
Le présent ouvrage s'intéresse donc à la région qui s'étend, du nord au sud, de la mer Noire et de la mer Caspienne à l'océan Indien, et d'ouest en est, de la côte orientale de la Méditerranée et de la frontière occidentale de l'Égypte à la frontière orientale de l'Iran. Il s'agit de l'espace où s'étendent à la veille de la Première Guerre mondiale l'Empire qajar et l'Empire ottoman, quand ce dernier a perdu la presque totalité de ses possessions balkaniques et ne contrôle plus la Cyrénaïque et la Tripolitaine passées sous la tutelle des Italiens après la signature du traité d'Ouchy en 1912. A ces espaces impériaux, il faut ajouter l'intérieur de la péninsule arabique et ses côtes sur lesquelles s'exercent des protectorats britanniques (Koweït, Côte de la Trêve, Mascate et Oman, Aden) en raison de l'importance que la zone revêt pour les Britanniques et leur trafic commercial.