Trahir

Trahir

Quatrième de couverture

Brusquement et sans signes avant-coureurs, Volkov tape du poing sur la table : «Vous pensez que je ne me rends pas compte que mon fils est très sérieusement malade ? Vous, les médecins, vous nous prenez tous pour des imbéciles ! Vous savez qui je suis ?»
André) pose ses mains à plat sur ses genoux. D'une part, il ne sait pas quoi répondre. De l'autre, il devine que tout ce qu'il pourra dire sera pris pour de la provocation. Il est fort naturel qu'un père ait besoin d'exprimer ses émotions. Et il faut surtout que Volkov ait le sentiment d'être un parent et rien d'autre, ici, dans cet hôpital.
Mais Volkov est un des chefs de la terrible police secrète. On est à Leningrad, en 1952. Andreï, jeune et brillant pédiatre, a vu arriver dans son service un petit garçon souffrant d'un très grave cancer des os - le fils unique de Volkov. Or celui-ci n'accepte pas le diagnostic, ni le verdict : amputation d'une jambe. Quoi qu'il a Andreï sera coupable et donc puni
Alors que faire, quand l'étau se referme sur lui et sa famille ? Partir dans une autre ville ? On le retrouvera Se cacher ? C'est impossible. Lâché par ses collègues et amis, tous contaminés par la terreur ambiante et prêts à le trahir, il risque de payer le prix fort.

Helen Dunmore est une des romancières les plus connues en Angleterre aujourd'hui. Elle est l'auteur de douze romans et d'ouvrages pour les enfants. Son oeuvre est traduite en plus de trente langues.
Trahira été sélectionné pour le Man Booker Prize.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Jeanne Ferney - La Croix du 30 mars 2017

Extrait de Trahir

C'est une fraîche matinée de juin, sans la moindre trace d'humidité, mais Russov transpire. Par la haute fenêtre du couloir d'hôpital, la lumière du soleil vient se refléter sur son front en un éclat brillant. Cela attire l'attention d'Andreï qui plisse les yeux pour mieux l'observer. Le visage de son collègue est pâle, avec des poches sombres sous les yeux.
Cela pourrait ressembler à une gueule de bois, mais Russov boit rarement plus d'un verre de bière. Il n'est pas en surpoids. Un peu grippé alors, même si l'on est en juin ? Il a peut-être besoin d'un examen de contrôle. Il va atteindre la cinquantaine; c'est l'âge des maladies cardiaques.
Russov s'approche plus près que la normale. Son souffle atteint le visage d'Andreï et tout à coup ce dernier interrompt son diagnostic. Il n'est plus à la distance nécessaire pour détecter des symptômes. Il ressent un picotement à fleur de peau. Son corps en sait davantage que son esprit. Russov exsude la peur et son sourire affable ne parvient pas à faire illusion. Il veut quelque chose, mais il a peur.
- Andreï Mikhaïlovitch...
- Qu'est-ce que c'est ?
- Oh, ce n'est rien d'important. Seulement si vous n'êtes pas trop occupé...
Son visage scintille de partout, à présent. Des gouttes de sueur commencent à se former.
Tout à coup, Russov fait apparaître un mouchoir et s'essuie le front, comme s'il cirait un meuble.
- Excusez-moi, cette chaleur m'indispose... Je me demande quand ils vont se décider à couper les radiateurs. On croirait que tous nos patients ont besoin d'un bain de vapeur.
Les radiateurs de l'hôpital sont froids.
- Je voudrais vous demander votre opinion, si vous avez instant. Il n'y a personne dont je respecte davantage les talents de diagnosticien.
Mais pourquoi dit-il cela ? Rien que la semaine passée, ils ont eu un «désaccord professionnel» d'une mesquinerie sans nom, extrêmement agaçant, au sujet d'une petite fille qui présentait une hypertrophie de la rate suite à une chute. Russov avait fait un long discours sur la «rigueur scientifique» en tapant de son stylo sur la table avec un air de dédain. Il ne faisait pas si grand cas des talents de diagnosticien d'Andreï, ce jour-là. Andreï passait toujours beaucoup trop de temps avec ses patients. C'était très clairement un cas de splénomégalie consécutif à une lésion abdominale. La seule question valable était de savoir si un traitement non opératoire était envisageable ou s'il fallait recommander une opération immédiate.
Lorsqu'il s'était avéré que la rate enflée de la fillette n'avait en fait rien à voir avec l'accident et était due à une leucémie non diagnostiquée, Russov avait grommelé quelque chose où il était question de «hasard» et de «méthodes de rebouteux d'aman».