Rase campagne

Rase campagne

Quatrième de couverture

«Après quinze années d'engagement auprès d'un homme et vingt années dédiées à la politique, j'ai dirigé la campagne d'Alain Juppé pour la primaire.
Pendant ces 800 jours, je me suis posé deux questions essentielles : à quoi pense l'électeur au moment de faire son choix et qu'est-ce qui peut le faire changer d'avis ? Je n'avais pas toutes les réponses.
Pendant ces 800 jours, on m'a sans cesse rappelé la malédiction du favori. Et durant 780 jours, je pensais qu'" on " se trompait.»

Avec Rase campagne, Gilles Boyer nous offre une plongée pudique et vibrante dans cet univers politique où tout est puissant, extrême, inattendu, où aucune bataille n'est jamais gagnée d'avance.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Matthieu Goar - Le Monde du 9 mars 2017

Extrait de Rase campagne

I

Avant

Je travaille avec Alain Juppé depuis le 12 septembre 2002 (j'aime les dates).

Avant cela, que dire ? Une enfance et une adolescence sans histoire en banlieue ouest - Sèvres, Ville-d'Avray -, des parents profs d'université, des études de droit public qui ne mènent à rien lorsque, comme moi, on est trop flemmard, ou trop peu éveillé au monde, pour préparer les meilleurs concours administratifs avec sérieux.
Très tôt : un intérêt pour la politique. Le 10 mai 1981, j'ai à peine dix ans, et tandis que d'autres portent le deuil ou filent en Suisse, mes parents débouchent le Champagne lorsque l'estimation Cil Honeywell Bull apparaît à l'écran, dévoilant progressivement le visage de François Mitterrand, dont Jean-Pierre Elkabbach annonce la victoire d'une voix d'outre-tombe.
Ce soir-là, mes parents sont heureux.
Puis des souvenirs d'éveil à la chose publique : l'été 85, les récits, dans Le Monde, de l'affaire Greenpeace, dont je tente en vain de saisir les méandres.
Plus tard, à l'adolescence, comme beaucoup d'ados de cette génération, j'aimais Rocard. Je n'ai jamais milité, mais à dix-huit ans, je crois que j'étais de gauche. Par réflexe familial, peut-être. Les esprits pervers ou désoeuvrés pourraient sans doute retrouver des traces de ma présence rue de Solferino un soir d'élections européennes de 1989, où mon père avait été invité en tant que membre d'un comité de soutien d'enseignants. Je n'y suis jamais retourné.
J'ai appliqué avec rigueur la citation connue et apocryphe : A vingt ans, si on n'a pas le coeur à gauche, on n'a pas de coeur. A quarante ans, si on a le toujours le coeur à gauche, on n 'a pas de tête.
La Mitterrandie finissante, son lot d'affaires nauséabondes, et le sort réservé à Rocard, privé de la chance qui, à mes yeux, lui revenait, m'ôtèrent toute illusion. Depuis, j'ai digéré bien pire de la part d'autres qu'eux, mais à cet âge-là, celui de tous les idéaux, on pardonne moins.

Et le charme de Chirac, qui opère sur moi comme sur tant d'autres.

Début 1995, mon premier grand voyage, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Je pars le 15 janvier : Balladur est le vainqueur certain. Je rentre fin février, sans avoir rien suivi de la campagne faute de canal d'information : Chirac est passé devant.
J'effectue mon service militaire en zone dangereuse (le secrétariat médical de l'infirmerie de garnison de Versailles, où je signe, je tamponne, je rends compte, et où, dans les moments d'ivresse, il m'arrive de prendre un pouls), sans avoir la moindre idée de mon avenir professionnel.
(...)