Tous les hommes chaussent du 44

Tous les hommes chaussent du 44

Quatrième de couverture

- Alors la littérature, ça avance ?
- J'emmerde la littérature.
- Choisir l'amour comme sujet faut dire.
- Eh bien quoi ?
- Rien, je comprends que tu sèches.
- T'as un tire-bouchon ?

Son moteur, sa grande affaire, c'est l'amour.
À chaque nouvelle histoire, ses copines tentent de mettre un frein à ses élans. Mais Gilda est une machine à fantasmes et, une fois de plus, la voilà tombée amoureuse d'un type du genre impossible. Qu'importe l'humeur dépressive de ce nouveau prince charmant, son divorce en cours, son éloignement ! Grâce à cette rencontre enthousiasmante, Gilda a enfin trouvé le sujet de son prochain livre, l'amour parfait.

«Pour affronter la jungle de la vie, les femmes d'aujourd'hui sont complètement givrées et hyperlucides sur elles-mêmes. Excellent pour la littérature.» MADAME FIGARO au sujet de Au feu Gilda ! 2016

Née à Montréal, Géraldine Barbe habite à Paris avec son fils de 6 ans. Comédienne et écrivain, elle a publié plusieurs romans pour adultes aux éditions Léo Scheer, dont Ne pleure pas, on se reverra en octobre 2012. Les 40 ans de maman est son premier ouvrage pour la jeunesse.

Extrait de Tous les hommes chaussent du 44

1. rien à carrer de son allure de fauve

Ça commence l'été, entre la toute fin d'après-midi et le début de soirée. Juste après la plage, couvertes de sel, Gilda et sa soeur ont fait les courses habituelles à la supérette du coin : vin, olives, tomates cerises, pizzas, saucisson, pop-corn... elles ne se nourrissent que de ce genre de conneries le soir, pendant les vacances ; seuls les enfants mangent avant elles des choses équilibrées.
Les deux soeurs tout l'été tartinées de coefficient 50 sont assises, lascives, à fumer des clopes dans le jardin de la maison familiale, les sacs de courses négligemment abandonnés à leurs pieds, lorsque débarquent, elles les attendaient, Christian et Samia, leurs amis, et, avec eux, un homme. Il n'a pas encore de prénom, Gilda le voit pour la première fois. Nullement intéressée, elle l'observe. Il est grand oui, pour répondre à la question est-il grand ? Elle lui trouve l'allure chic et animale, étrange, vraiment étrange, pas mal, vraiment pas mal. Avachie sur sa chaise longue, chaussée d'improbables escarpins à talons trop hauts, vêtue d'un reste de robe ou peut-être est-ce un paréo un pantalon à moitié enfilé dessous parce qu'il fait froid le soir - ici c'est la Bretagne -, le chapeau de paille oublié sur ses cheveux courts qui repoussent et le regard dissimulé par ses lunettes de soleil blanches vintage qu'elle ne quitte que lorsque la nuit tombe (par oubli, comme pour le chapeau), Gilda songe un instant à filer discrètement se recoiffer, se changer, se maquiller éventuellement. Elle ne fait rien de tout ça. Allons donc, elle ne va pas accorder d'importance à l'homme qu'elle aperçoit pour la première fois tout ça parce qu'elle le trouve étrange, chic et animal, juste parce qu'il a un beau sourire et un regard auquel elle ne comprend rien. Est-il doux ? Est-il dur ? Ses yeux sont-ils clairs ou foncés ? Elle s'en fout. Elle le salue, distante, prend son air le plus indifférent. Ne pas le regarder lui trop personnellement, ne pas se mettre dans une situation de séduction, ne pas mettre en marche la machine à fantasmes qui se déclenche si rapidement chez elle ces derniers temps puisque l'amour, un homme pour l'incarner, est sa grande affaire depuis toujours. Elle ne va pas, non, parce que quoi, tout à l'heure, demain, il partira et que fera-t-elle alors sinon rêver si la machine est enclenchée ? Rêver elle a donné, cela lui est désormais interdit.
Lorsque les enfants sont couchés (ils ont été douchés et nourris avant, ils font semblant de dormir dans leur chambre commune), les adultes dînent - façon de parler -, ils boivent en grignotant et parlent d'un tas de choses, légères et graves, l'inconnu semble-t-il cherche à faire son intéressant, Gilda pas du tout. Elle le regarde un peu, beaucoup, ne le quitte pas tellement des yeux malgré ses efforts et bonnes résolutions.