Greenland

Greenland

Quatrième de couverture

«Rien ici n'était comme dans un conte de fées.
C'était la réalité de Greenland.»
Tout a changé pour Théo la nuit où est apparu devant la fenêtre de sa chambre d'enfant un store vert. A sa surface, un paysage sous-marin et des hommes aux jumelles qui semblent l'épier. Passé le premier effroi, il ne peut résister à l'envie d'aller observer l'étrange objet de plus près. Et se retrouve happé dans le monde de Greenland.

«Un mélange de science-fiction, de Kafka et de philosophie existentielle.»
Die Rheinpfalz
«De la très grande littérature dans un style hilarant. Rares sont les écrivains qui réussissent à associer les deux. Heinrich Steinfest récidive.»
WDR

Auteur culte outre-Rhin, Heinrich Steinfest y multiplie les récompenses pour son oeuvre prolifique qui emprunte à de nombreux genres littéraires. Greenland est son cinquième roman publié par Carnets Nord après Requins d'eau douce (2011), Le Onzième Plon (2012), Le Poil de la bête (2013) et Le Mondologue (2015).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Pierre Deshusses - Le Monde du 27 avril 2017

Extrait de Greenland

Là où se trouvait la fenêtre, il n'y avait jamais eu de store. Pas de store, pas de rideau, pas de volet, rien de tout cela. Les parents n'en voulaient pas. Ils étaient modernes, ils étaient ennemis des rideaux. Ils se plaisaient à dire qu'ils n'avaient rien à cacher, et puis on n'était pas en guerre, tout de même. Et ils se souriaient.
Dieu, ce sourire !
C'était il y a quarante ans. Le nouveau siècle et donc le nouveau millénaire venaient d'avoir dix ans. Et moi aussi. J'aurais toujours le même âge que le siècle dans lequel je vivais. J'aimais l'idée que non seulement je serais toujours du même âge, mais aussi qu'en théorie du moins je pourrais lui survivre. Au siècle, pas au millénaire, sauf si dans les quatre-vingt-dix ans à venir on inventait un truc comme ce qui existait déjà chez cette fabuleuse éponge géante de l'océan Arctique et, bien sûr, chez quelques arbres : une extrême longévité.
Je me demandais également si, dans le temps qui m'était imparti, je rencontrerais quelqu'un avec qui échanger un sourire aussi tendre que celui que mon père et ma mère s'adressaient presque quotidiennement.
Pour nous, les enfants, c'était souvent étrange, cette intimité totale entre eux, cet accord en toute chose et le fait qu'ils ne se disputaient jamais, qu'ils n'étaient jamais fâchés l'un contre l'autre ni ne paraissaient s'ennuyer ensemble. Ils étaient en parfaite harmonie. Nous en étions toutefois exclus, ce qui ne signifie pas qu'ils ne nous aimaient pas. Ils étaient tous deux affectueux et attentifs, ils se montraient patients et très disponibles, notre père plus encore que notre mère, qui avait parfois ses nerfs, de petits nerfs telles les rayures marron sur l'intérieur des caleçons. Des rayures dont on ne parvenait jamais vraiment à se débarrasser, tout en pouvant dire qu'on portait un caleçon propre. Le «caleçon» paternel, en revanche, était sans doute ce que la publicité d'autrefois qualifiait de «plus blanc que blanc». Mon père était méga-calme.
Il existait une sorte de bulle invisible dans laquelle se trouvaient nos parents et où personne d'autre ne pouvait pénétrer, pas même les enfants, en dépit de tout l'amour qu'on leur portait. Dans d'autres familles nous voyions des situations très différentes, disputes, silence glacial, emploi du temps surchargé qui ne laissait même pas de place à la dispute, parfois un simulacre de gaieté, lors des après-midi barbecue, que seul l'alcool rendait possible. Non que mes parents eussent renoncé à l'alcool, mais ils le dégustaient toujours ensemble, sous leur cloche incassable, rien que du vin, du vin blanc, même en hiver. Quand je pense à eux, je les revois souvent avec ces verres à long pied, trinquant, les faisant tinter, mais la plupart du temps le son est assourdi, sans doute à cause de la bulle. Ce faisant, ils se regardent, comme si c'était leur premier rendez-vous.
Tels étaient donc ces parents qui refusaient absolument de «barricader» les fenêtres, comme ils disaient, même le soir, même la nuit.
Heureusement, nous habitions au dernier étage d'un immeuble plus élevé que ceux alentour. Aucun de nous n'avait à craindre le regard des voisins quand il était nu dans la salle de bains, qu'il mangeait, jouait ou dormait. Ou faisait de l'équilibrisme sur une corde dans sa chambre comme moi, le plus petit et le plus jeune de la famille.