Prendre soin de l'âme : la psychothérapeute qui est devenue chamane

Prendre soin de l'âme : la psychothérapeute qui est devenue chamane

Quatrième de couverture

La première fois que Myriam Beaugendre expérimente le chamanisme amazonien, c'est pour tenter de guérir d'une maladie incurable. Les plantes sacrées la soignent, et l'initient. La psychothérapeute devient alors chamane et hérite d'une terre au Pérou. C'est dans ce lieu que, depuis dix ans, elle tisse de façon remarquable chamanisme et psychothérapie.

Entre récit d'expérience et essai, ce livre passionnant et sensible explique comment la medicina dénoue les noeuds psychiques qui résistent à une thérapie fondée sur la parole. Ce soin, qui envisage l'être dans sa globalité - corps, psyché et âme -, permet d'accéder à une nouvelle unité et d'initier un rapport régénérant à la nature. Mais pour assurer durablement ses bienfaits, il doit être associé à un accompagnement thérapeutique, que Myriam Beaugendre adapte à chacun.
Là est l'originalité de sa démarche, stimulante et rayonnante, où l'intelligence féminine et subtile du chamanisme peut inviter chacun à faire une place à son intuition et inspirer les thérapeutes.

Myriam Beaugendre est psychologue clinicienne et psychothérapeute, formée auprès de praticiens de renom. Elle a travaillé quinze ans en institution et en cabinet tout en expérimentant pour elle-même les bienfaits du chamanisme amazonien. Prendre soin de l'âme est son premier livre.

Extrait de Prendre soin de l'âme : la psychothérapeute qui est devenue chamane

Extrait de l'introduction

Le thérapeute ne guérit pas, il «prend soin», c'est le Vivant qui soigne et qui guérit. Le thérapeute n'est là que pour mettre le patient dans les meilleures conditions possibles pour que le Vivant agisse et que la guérison advienne.
Jean-Yves Leloup

Sept ans se sont écoulés entre le moment où Mony Elkaïm m'a demandé d'écrire sur mon travail en Amazonie et celui où je rédige ces lignes. Sa proposition m'a semblé incongrue de prime abord, mais j'ai rapidement accepté le magnifique cadeau qu'il me faisait : sans sa traduction en mots, ma pratique basée sur l'expérience chamanique de la transe, qui est une expérience avant tout sensorielle, n'était pas partageable.
Pendant très longtemps, mes expérimentations chamaniques sont restées soigneusement circonscrites à mon jardin secret; j'avais l'impression que mon intérêt pour ces rituels ne pourrait susciter que désapprobation et incompréhension. La psychologue clinicienne formée de manière rigoureuse à la psychothérapie et à la psychopathologie, exerçant à l'hôpital, cohabitait discrètement avec la chercheuse qui s'initiait avec détermination à différentes pratiques chamaniques. Jusqu'à ce que des problèmes de santé graves me mènent en Amazonie et me fassent découvrir ce que les chamanes nomment la medicina, une tradition millénaire qui utilise des plantes sacrées, dont l'ayahuasca. Cette décoction de liane et de plantes a pour particularité de créer une transe forte qui modifie la conscience et permet d'entrer en contact avec les zones blessées de son être en vue de les soigner. Je me suis rendue fréquemment en Amazonie péruvienne et m'y suis familiarisée avec l'utilisation de ces plantes qui m'ont soignée et initiée. En 2010, j'ai hérité d'une terre en plein coeur de cette région, que j'ai nommée El Jardin de Lola et où j'ai commencé à accompagner des Occidentaux. C'est Pierre Sabourin, mon analyste, qui le premier a montré une écoute bienveillante et enthousiaste pour ce travail. Je lui ai parlé de ma pratique de la transe et il m'a invitée à la penser avec de grands psychanalystes tels Freud, Ferenczi ou Winnicott. J'étais moins seule sur ce chemin d'exploration hors des sentiers battus de la psychothérapie conventionnelle...
Mais il m'a fallu beaucoup de courage pour oser parler publiquement de ce travail avec l'ayahuasca. D'une part, parce qu'elle est illégale dans certains pays, dont la France ; d'autre part, parce qu'elle peut malheureusement, si elle est mal utilisée et mal encadrée, entraîner des décompensations psychiques chez des personnes très fragiles, voire, dans des cas extrêmes et rares, provoquer la mort lorsqu'elle est ingérée en même temps que certains traitements allopathiques. Néanmoins, le soutien de Mony Elkaïm, de Pierre Sabourin, de mon éditeur, et les résultats enthousiasmants de mon travail m'ont convaincue d'écrire ce livre. Je suis persuadée que la familiarisation avec cette tradition de soin est une réponse à nombre de nos impasses thérapeutiques actuelles, à condition que cela se fasse dans un cadre strict et réfléchi. Ce livre témoigne à la fois d'une pratique singulière et innovante, et d'une proposition de cadre qui permette d'utiliser la médecine chamanique sans risques.
Les personnes que j'accueille au Jardin de Lola viennent pour soigner des souffrances qui n'ont pas pu être suffisamment apaisées par des thérapies classiques, ou mues par une quête de sens. Je leur propose, accompagnée d'un chamane péruvien, de vivre une diète, isolés dans la forêt, qui combine un régime alimentaire et des plantes curatives. L'ayahuasca, administrée dans ce cadre traditionnel, est centrale dans le processus de soin. Mais les expériences générées par cette décoction sont parfois si puissantes ou si incompréhensibles qu'elles peuvent être difficiles à intégrer. Afin qu'elles s'élaborent et s'articulent avec l'histoire de chacun, il m'est apparu nécessaire de proposer un accompagnement de type psychothérapeutique. Cette combinaison des plantes psychoactives dans un contexte traditionnel et de techniques thérapeutiques occidentales se révèle extrêmement puissante.