L'ordre pour la liberté : approche militaire de l'art méconnu du maintien de l'ordre : traité

L'ordre pour la liberté : approche militaire de l'art méconnu du maintien de l'ordre : traité

Quatrième de couverture

Le maintien de l'ordre est une fonction régalienne centrale, dont l'exercice garantit depuis toujours la stabilité des États et la cohésion des Nations. Jadis confié à des troupes prétoriennes, le maintien de l'ordre dont l'importance avait été progressivement perdue de vue, fut progressivement dévolu à des troupes non spécialisées dans cette matière, amateurisme aux conséquences néfastes, tant s'agissant de la pérennité des régimes en place, qu'en ce qui concernait l'intégrité physique des manifestants d'alors. En France, ce n'est qu'au début du XXe siècle, que furent enfin mises sur pied des unités professionnelles spécialisées dans l'exercice du maintien de l'ordre. Ce domaine constitue depuis lors un véritable métier, que les exigences modernes rendent chaque jour plus dense. De fait, l'expertise du maintien de l'ordre est complexe, puisque cette fonction transverse d'essence civile, se pratique à la fois en temps de paix ou de crise sur le territoire national, mais également en temps de crise voire de guerre en opérations extérieures. Il comporte donc deux champs d'application, civil et militaire. En effet, l'approche globale des conflits armés conduit désormais les responsables d'opérations militaires d'envergure, à souvent doter leur dispositif de puissance, d'une composante dédiée au seul maintien de l'ordre. Sur fond de mondialisation, l'émergence et l'universalité progressive de l'État de droit, rend plus importante aujourd'hui encore cette fonction dont l'exercice conditionne directement la liberté de s'exprimer et d'entreprendre de l'individu moderne. Or, très paradoxalement, cette matière est encore peu étudiée, sinon parfois sous les seuls angles par trop réducteurs du juridisme et de la technicité. Dans ce contexte, l'ouvrage de Philippe Cholous trouve ainsi toute sa place. Il nous apporte ici une première réflexion de fond, qui combinant approche philosophique du maintien de l'ordre, expertises militaire et policière croisées des opérations, analyses a posteriori de nombreux engagements vécus, envisage l'art du maintien de l'ordre dans toute sa globalité et sa complexité. Ouvrant un champ de réflexion nouveau, son traité fera sans nul doute référence.

L'AUTEUR

Philippe Cholous est né à Ploërmel dans le Morbihan en 1963. Il est marié et père de cinq enfants. Après des études de lettres supérieures suivies au Prytanée National Militaire de La Flèche, Il s'est engagé pour servir comme chef de section de combat d'infanterie dans les Troupes De Marine. Il o ensuite effectué une carrière en Gendarmerie, essentiellement opérationnelle, tant en métropole qu'outre-mer. Spécialiste de l'intervention et de la contre insurrection de haute intensité, il a servi à plusieurs reprises en opérations extérieures. Il a été instructeur au Centre National d'Entrainement des Forces de Gendarmerie de Saint-Astier (CNEFG), professeur de planification au Cours Supérieur Interarmées de Défense de Yaoundé au Cameroun (CSID), examinateur au concours d'entrée à l'école de guerre (EDG), responsable de la gestion civile des crises à le Représentation Militaire de la France auprès de l'Union européenne (RMF-UE) et a enseigné pendant plusieurs années le rétablissement de l'ordre public au Collège Européen de Police (CEPOL). Ancien chef de corps du 2e groupement de la 6e légion de Gendarmerie Mobile, il a servi de 2013 à 20/5, comme conseiller permanent en Afghanistan, du général Zamaraï Païkan, commandant la police nationale afghane d'ordre public (ANCOP). Il sert actuellement au Groupement Blindé de la Gendarmerie Mobile.

Extrait de L'ordre pour la liberté : approche militaire de l'art méconnu du maintien de l'ordre : traité

Chapitre I

Du maintien de l'ordre
«L'ordre et l'ordre seul fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude.»
Charles Péguy.

«De quoi s'agit-il ?», avait coutume de demander le Maréchal Foch aux officiers d'état-major avant toute planification. Cette question préalable mérite également d'être posée ici s'agissant de la notion de maintien de l'ordre. Comment véritablement la définir, afin de savoir ce dont on parle.
Il convient donc avant toute chose de définir ce que l'on entend par la notion de maintien de l'ordre. Elle est entendue ici au sens générique, c'est à dire comme le domaine d'activité qui va des missions de service d'ordre pouvant connaître des troubles à l'ordre public, à celle de maintien de l'ordre public stricto sensu, puis de rétablissement de l'ordre public en cas de troubles graves, jusqu'à celle d'intervention en situation insurrectionnelle. Cette approche peut être résumée par le tableau qui suit :

(...)

A ce stade, il importe de tordre le cou à certaines approximations sémantiques, conceptuelles et doctrinales qui nuisent d'emblée à la réflexion sur le sujet.
En premier lieu, l'anglicisme malheureux de «contrôle de foule», souvent utilisé par les Armées, est un non-sens. Tout d'abord la notion de contrôle est impropre, puisqu'elle est entendue dans cette expression au sens anglo-saxon de «maîtrise». D'un point de vue légal, le contrôle s'apparente en effet plus au contrôle des identités ou des allées et venues, qu'à une notion tactique. Ceci étant posé, on ne maîtrise pas une foule. En effet, contrairement à une zone, puisque les forces armées parlent à raison cette fois de «contrôle de zone», une foule se définit justement en grande partie par le fait qu'il est difficile voire impossible de la maîtriser. C'est ce qui la différencie du simple groupe.
En second lieu, pire encore, la notion oxymorique de «gestion démocratique des foules» complaisamment colportée par les experts autoproclamés de l'Union européenne, contribue à obscurcir la réflexion. Déjà, l'adjectif «démocratique» ressort de l'incantation politique et n'apporte rien à la réflexion. De fait, bien gérés ou non, les problèmes de maintien de l'ordre surviennent dans toutes les formes de régimes et sous toutes les latitudes. C'est une réalité des sociétés qui excède de loin les cadres idéologiques et qui mérite mieux qu'une approche inutilement réductrice. De plus, sur le fond, il n'y a de toute façon rien de moins démocratique que de s'efforcer de gérer une foule venue manifester librement. De fait, de même qu'on ne peut contrôler une foule, on ne la gère pas. C'est là une réalité et c'est également là où réside à la fois la difficulté, et partant l'intérêt, de l'art du maintien de l'ordre.
Ces deux écueils évités, qu'est-ce donc que le maintien de l'ordre ?
À ce stade, le lecteur a droit à une définition et je me risque à en proposer une, discutable et perfectible sans nul doute.
Le maintien de l'ordre est une notion résolument positive, comme le pose l'approche traditionnelle qui prévalait tant que la Gendarmerie ressortait du ministère de la Défense : «le maintien de l'ordre a pour objet de prévenir les troubles afin de n'avoir pas à les réprimer. Il comporte avant tout des mesures préventives dont l'importance ne doit jamais être perdue de vue. Il comporte également, si l'ordre est cependant troublé, les mesures destinées à le rétablir». Le code de la sécurité intérieure emploie quant à lui la notion élargie de «maintien de la paix et de l'ordre public». Cette formulation n'est pas très heureuse, puisqu'elle n'apporte aucune plus-value sur le plan du sens, raison pour laquelle elle ne sera pas employée dans ce traité. En revanche, cette notion de «paix publique» est isolément et malgré tout intéressante, en ce qu'elle suppose que forces de l'ordre et manifestants n'ont a priori pas de raisons de s'affronter.
(...)