Charlie Mills : le cocher des dieux

Charlie Mills : le cocher des dieux

Quatrième de couverture

Figure mythique du trot mondial, Charlie Mills, mort il y a plus de quarante ans, n'a jamais fait l'objet de la moindre biographie.
L'oubli est réparé grâce à cet ouvrage. L'auteur nous conte ici la vie extraordinaire de cet homme d'origine irlandaise qui trouva la fortune, puis la ruine en Allemagne, avant de s'établir dans notre pays où il fit faire un bond considérable au trot français. Beaucoup de professionnels le considèrent comme le Maître, sinon l'Esprit éclairé. Doté d'un courage exceptionnel, travaillant sans relâche, le «gentleman du Trot» aurait probablement réussi une aussi belle carrière dans n'importe quel autre domaine.

Journaliste, écrivain et historien, Jean-Pierre Reynaldo est bien connu dans le domaine du livre sur le sport hippique. Avec sa verve habituelle il retrace la vie captivante d'un très grand professionnel des courses au trot.

Extrait de Charlie Mills : le cocher des dieux

Origines irlandaises

Si l'on est sûr que Charlie Mills est irlandais, on connaît moins par contre ses origines. Lui-même en parlait peu, même s'il vouait une admiration incontestable à son père Anthony et à son grand-père Richard.
On ne sait pas la date de naissance de Richard Mills, mais tout laisse à supposer qu'il est né dans les années 1810/1820, vraisemblablement dans une famille bourgeoise de la région de Dublin. Il a en effet exercé la profession de vétérinaire dans cette ville et seuls les enfants de classe aisée pouvaient en Irlande, pays extrêmement pauvre, accéder à une telle profession.
En 1841, l'Irlande compte 8,2 millions d'habitants. L'effroyable famine de 1846-1848, en partie créée par l'inflexible Angleterre qui voulait faire plier les turbulents habitants de l'Ile verte, va provoquer le départ de deux millions d'Irlandais en cinq ans. L'île va continuer ainsi à se dépeupler jusqu'à la fin du XIXe siècle pour ne plus atteindre que les quatre millions d'habitants...
Richard Mills appartient sans doute à cette première vague d'émigrés irlandais partis pour les États-Unis dans les années 1848-1853. Il emmène avec lui toute sa famille dont sa femme et au moins un enfant, le jeune Anthony Mills né en 1846.
On ne sait pas très bien de quoi ont vécu Richard et sa famille, mais on peut supposer qu'il a repris ses fonctions de vétérinaire, profession qui manque alors cruellement aux États-Unis.
Si l'on en juge pour son goût pour les gravures américaines représentant des courses de trotteurs attelés, on est porté à penser qu'il s'est intéressé de très près aux courses au trot, sport totalement inconnu en Irlande, mais pratiqué par contre en Angleterre.
C'est pendant la guerre de Sécession (1861-1865) que Richard Mills décède. Il fait partie des centaines de milliers de morts que cette guerre civile va faire. Il semble avoir trouvé une fin tragique dans les rangs nordistes. Étant donné son âge (entre quarante et cinquante ans), on s'autorise à supposer qu'il n'a pas pris directement part aux combats mais plutôt exercé sa profession de vétérinaire à titre militaire ou peut-être simplement civil.
Après la mort de Richard, sa veuve, à bout de ressources, a décidé de retourner en Irlande dans la famille qui lui reste. Son fils Anthony devait alors avoir entre quinze et vingt ans.

Anthony Mills

Lorsqu'elle arrive en Irlande, la famille Mills n'a plus un sou. Anthony qui n'a guère de goût pour les études mais qui aime le cheval passionnément décide d'en faire son métier. Comme il dispose de peu de moyens, il choisi de devenir courtier. Il parcourt alors toute l'Irlande à la recherche de chevaux de selle, de chasse ou d'attelage pour la bourgeoisie locale. Peu à peu, il commence à se faire même un petit nom et s'enhardit.
Mais cette profession de courtier ne le satisfait pas vraiment. Son contact avec le cheval consiste surtout à servir d'intermédiaire entre l'acheteur et le vendeur. Il voudrait prendre une part plus active. Il se souvient alors des courses au trot aux États-Unis. Contrairement aux courses au galop, c'est un sport assez nouveau en Europe et Anthony Mills pense qu'il peut y réussir sans investir de gros moyens ce qui ne serait pas le cas au galop. Lors d'un voyage à Paris, il a assisté à des courses au trot monté. Les chevaux qu'il a vus ressemblent un peu à ces solides hunters qu'il a montés en Irlande. Il pense qu'il ne devrait pas connaître de difficultés avec les trotteurs qui ne sont finalement que des demi-sang.
Lors de sa brève carrière de courtier, Anthony Mills a noué de nombreux contacts sur le Continent, notamment en Allemagne, en Hollande et en Russie. Il connaît bien les trotteurs, surtout américains, non seulement pour les avoir vu évoluer aux États-Unis mais parce qu'un grand nombre d'entre eux viennent ensuite en Angleterre servir d'attelage à la riche bourgeoisie anglaise. De là beaucoup repartent en Belgique, puis sont ventilés vers la Hollande, l'Allemagne, l'Autriche et même l'Italie.
Poussé par des nécessités professionnelles, mais aussi par sa femme, Anthony Mills décide de s'établir sur le Continent.
(...)